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La concordance des temps

Bonjour,

alors voilà, à force d'y penser, je m'embrouille de plus en plus. Dans un texte à vocation littéraire, l'utilisation de l'imparfait, du passé simple et du passé composé me semble possible. Mais il s'avère difficile de savoir quand et pourquoi utiliser l'un ou l'autre... ou l'autre. Je suis un peu perdu, et plus j'écris, plus ça m'obsède, plus les choix me semblent multiples, en sachant pertinemment que les règles du bon sens et de la langue française ne permettent pas toutes les libertés en vue d'une cohérence et d'un bon langage.

En fait, au départ, j'utilisais simplement l'imparfait et le passé simple. Mais je sens qu'avec l'usage du passé composé, il est possible de donner un peu plus d'actualité à l'action, un peu plus d'immédiat et de spontanéité. Mais je ne sais pas bien si tout ça peut bien se cotoyer...

merci si vous pouvez m'éclairer avec l'appui de ce texte, où j'ai l'impression, à force de relecture, que quelque chose cloche au niveau des temps employés. Mais j'ai peut-être le nez dans le guidon et que rien n'est vraiment choquant. Parce que ça peut même m'arriver maintenant, dans mon obsession, de me perdre à la lecture de certains romanciers. Peut-être que j'écris et lis de manière trop rigide sans assez me détacher de ces considérations qui me turlupinent.

Jean, il n'avait pas appris à ne plus pleurer. C'était venu tout seul.
C'était venu comme ça, un beau matin. Il en avait fallu pas mal des soirées
à trainer, des filles à séduire et des rencontres sans lendemain, pour finir
par ne plus avoir d'enthousiasme. L'émerveillement s'en est allé avec les
larmes. Beaucoup d'événements mais en attendant, il n'avait pas beaucoup
vieilli. Ni évolué. C'est en se rendant compte de ça qu'il n'a plus vu grand
monde, Jean. Il a essayé d'écrire ce qu'il ressentait, mais c'était trop tard.
C'était comme essayer de pleurer encore un peu, juste une goutte, une
petite goutte, comme on dit. Allez, une lichette quoi, Jean, tu pourrais
verser ta petite larme. Le petit, l'insignifiant, même pas l'insignifiant, il n'y
parvenait pas.
Une vague sensation l'accaparait parfois, quand il avait enfilé son
blouson de cuir à la fermeture éclair cassée et qu'il sortait sous un soleil
qui lui brûlait les paupières. Ca lui faisait une sortie d'aller acheter ses
cigarettes, et il se permettait même de célébrer ça sur un banc. Alors il
s'asseyait là, devant le flot des voitures qui venaient de Vincennes. Des
voitures qui souriaient péniblement à l'aide des rayons du soleil, pour tirer
un peu de gaité des trottoirs qui n'en finissaient pas de s'élargir.
"Je vais vous dire, il n'y a pas une, mais deux...".
Jean n'avait pas levé la main, n'avait appuyé ses propos d'aucun geste.
Parce qu'il imaginait, il s'imaginait debout, un micro à la main, devant un
public anonyme.
"Je vais vous dire, il y a une bonne raison de pleurer, c'est de s'en
tenir aux mots ! C'est bien de la veine. La différence entre avoir..."
Il parlait et le son se perdait déjà tout près de sa bouche. Entre deux
phrases, il pouvait se mettre à sourire. Il souriait de s'entendre parler. Une
forme d'ironie, un constat d'illusion. La parole aisée, tant qu'il était seul,
tout était parfait. Après ça, il sortait une cigarette, la deuxième, pour se
taire et continuer à regarder les voitures. Mais la lumière ne le laissait pas
tranquille, elle était toujours insistante, alors il rentra en marmonnant "oui
monsieur, une casquette. Ca se met sur la tête, mais c'est pour les yeux.
Mettez m'en quatre. Quatre casquettes. Quat'casquettes, quat'casquettes,
quat'casquettes, quat'casquettes...". Il aimait répéter les mots jusqu'à ce
que le sens se perde, jusqu'à se rendre un peu ivre, un peu abruti, en plus
du soleil qui tapait. A défaut de larmes, il pouvait bien rigoler un peu.


voilà, merci pour ceux qui prendront le temps de s'interroger sur la concordance des temps. On pourrait en profiter pour faire un rappelle de l'usage des temps, en passant par toutes les étapes possibles d'une chronologie .

La concordance des temps

Bonjour.
En attendant une réponse technique, je vous donne mon impression.
À la première lecture, je ne trouve rien de choquant dans votre texte; cependant, il serait peut-être intéressant de voir ce qui se passerait si on changeait le temps des verbes.
En principe, tout ce qui est au plus que parfait reste tel quel. C'est simplement le choix entre passé simple, passé composé et imparfait qui est pertinent, si j'ai bien compris.

Ce qui suit n'est pas à prendre comme un cours de grammaire, ce sont des impressions d'oreille, mais en attendant un expert j'espère que cela peut vous être utile.

laurent83 a écrit :

Jean, il n'avait pas appris à ne plus pleurer. C'était venu tout seul.
C'était venu comme ça, un beau matin. Il en avait fallu pas mal des soirées
à trainer, des filles à séduire et des rencontres sans lendemain, pour finir
par ne plus avoir d'enthousiasme. L'émerveillement s'en est allé
[s'en allait  ou s'en alla : les deux sont possibles, mais changent le point de vue de la narration; l'imparfait nous place dans le temps où l'émerveillement est en train de s'en aller, le passé simple nous place dans un temps ultérieur; le passé composé implique que les effets de ce départ se font encore sentir : ce qui est le cas. Je laisserais le passé composé.    avec les
larmes. Beaucoup d'événements mais en attendant, il n'avait pas beaucoup
vieilli. Ni évolué. C'est en se rendant compte de ça qu'il n'a plus vu ne voyait plus ou ne vit plus sont possibles; à mon avis, le passé composé peut rester, car c'est une tournure littéraire qui peut exprimer l'aspect itératif (p.ex. le célèbre passé composé de Proust : Longtemps je me suis couché de bonne heure. grand
monde, Jean. Il a essayé il essaya ou il essayait : ici, c'est plus douteux; personnellement je pencherais pour un passé simple, mais je peux difficilement expliquer pourquoi! d'écrire ce qu'il ressentait il a ressenti ou il ressentit sont tous les deux impossibles ici, à mon avis, mais c'était cela a été certainement pas; ce fut : possible, sans changer le sens trop tard.
C'était pas d'autre possibilité comme essayer de pleurer encore un peu, juste une goutte, une
petite goutte, comme on dit. Allez, une lichette quoi, Jean, tu pourrais
verser ta petite larme. Le petit, l'insignifiant, même pas l'insignifiant, il n'y
parvenait pas il n'y parvint pas ou il n'y est pas parvenu : nous placent dans un temps où il a définitivement renoncé à essayer; c'est une question d'aspect.
Une vague sensation l'accaparait oui, action habituelle parfois, quand il avait enfilé son
blouson de cuir à la fermeture éclair cassée et qu'il sortait action habituelle sous un soleil
qui lui brûlait idem les paupières. Ca lui faisait idem une sortie d'aller acheter ses
cigarettes, et il se permettait idem même de célébrer ça sur un banc. Alors il
s'asseyait idem là, devant le flot des voitures qui venaient idem de Vincennes. Des
voitures qui souriaient idem péniblement à l'aide des rayons du soleil, pour tirer
un peu de gaité des trottoirs qui n'en finissaient pas idem de s'élargir.
"Je vais vous dire, il n'y a pas une, mais deux...".
Jean n'avait pas levé la main, n'avait appuyé ses propos d'aucun geste.
Parce qu'il imaginait action présentée dans son déroulement, il s'imaginait idem debout, un micro à la main, devant un
public anonyme.
"Je vais vous dire, il y a une bonne raison de pleurer, c'est de s'en
tenir aux mots ! C'est bien de la veine. La différence entre avoir..."
Il parlait idem et le son se perdait idem déjà tout près de sa bouche. Entre deux
phrases, il pouvait idem se mettre à sourire. Il souriait idem de s'entendre parler. Une
forme d'ironie, un constat d'illusion. La parole aisée, tant qu'il était seul,
tout était parfait. Après ça, il sortait ici c'est plus problématique: il sortit serait possible, j'ai l'impression qu'il s'agit ici d'un imparfait de narration (technique utilisée par Proust, entre autres, pour rendre la narration plus immédiate, un peu comme si on regardait un film) une cigarette, la deuxième, pour se
taire et continuer à regarder les voitures. Mais la lumière ne le laissait action présentée dans son déroulement pas
tranquille, elle était état toujours insistante, alors il rentra action ponctuelle en marmonnant "oui
monsieur, une casquette. Ca se met sur la tête, mais c'est pour les yeux.
Mettez m'en quatre. Quatre casquettes. Quat'casquettes, quat'casquettes,
quat'casquettes, quat'casquettes...". Il aimait état (?) répéter les mots jusqu'à ce
que le sens se perde, jusqu'à se rendre un peu ivre, un peu abruti, en plus
du soleil qui tapait état (?). A défaut de larmes, il pouvait état (?)bien rigoler un peu.

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La concordance des temps

Olbia, merci beaucoup !

Déjà d'avoir pris la peine de me lire vraiment, d'y avoir pris le temps et d'entrer dans mes questionnements. A lire votre réponse, je ne peux qu'être conforté dans l'idée que c'est finalement un unique problème d'appréciation, de trouver une justesse par rapport à ce qu'on veut exprimer, plus qu'une question technique de concordance des temps. Comme quoi, la langue française nous laisse beaucoup de libertés, à nous d'essayer d'en faire le meilleur usage.

Ces choix de temps sont un point de travail, parmi tant d'autres !

Je n'ai pas parlé du plus que parfait, d'ailleurs. C'est peut-être ça aussi la question.

Je me dis qu'au niveau des concordances, techniquement, ça doit donner :
à une application du passé composé en partant d'une action au présent
correspond une application du plus que parfait en partant d'une action à l'imparfait.

En résumé, avec un angle d'attaque au présent, un temps va s'utiliser de la même manière qu'un autre temps sous le règne d'un angle d'attaque au passé. Dans la concordance ci-dessus, passé composé et plus que parfait auront le même usage, en se référent à un temps référence différent. Comme les gammes en musique, finalement...

Ca me semble être le schéma classique, qu'on peut décliner avec les autres temps. C'est pourquoi je m'interrogeais sur un passé composé qui survient dans une action à l'imparfait. Est-ce académique ? Qu'elle est sa viabilité, et dans quelles conditions ?

Schéma classique : imparfait - passé simple - plus que parfait
Schéma "oral" : imparfait - passé composé - plus que parfait

Il faut donc faire attention à ce que le passé composé dans un texte avec l'imparfait comme référence ne vienne pas faire office de plus que parfait (ce qui ne serait alors pas français, pour le coup), car il a plutôt vocation à ne remplacer que le passé simple.

Et autre interrogation, si on se met à utiliser le passé composé en lieu et place du passé simple, devons nous nous y tenir, ou pouvons nous nous permettre d'utiliser ça et là du passé simple ?

en tout cas, merci encore Olbia !

La concordance des temps

Schéma classique : imparfait - passé simple - plus que parfait
Schéma "oral" : imparfait - passé composé - plus que parfait

Il faut donc faire attention à ce que le passé composé dans un texte avec l'imparfait comme référence ne vienne pas faire office de plus que parfait (ce qui ne serait alors pas français, pour le coup), car il a plutôt vocation à ne remplacer que le passé simple.

Et autre interrogation, si on se met à utiliser le passé composé en lieu et place du passé simple, devons nous nous y tenir, ou pouvons nous nous permettre d'utiliser ça et là du passé simple ?

Dans le registre formel, il y a une différence entre le passé simple et le passé composé. On peut très bien utiliser les deux dans le même texte - à bon escient!

Olbia

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La concordance des temps

Bonjour,

J'utilise cette règle pour bien montrer la postériorité au passé :


Présent -------- Passé composé
Imparfait ------- Plus-que-parfait
Passé simple ----- Passé antérieur
Passé composé---Passé sur composé
Futur simple----- Futur antérieur.

Exercice que j'ai résolu :


1- Il lui a interdit de bouger tant que son plâte " n'a pas eu été " sec.

2- Maintenant que " je l 'ai connu"
je le trouve très sympa.

3- Une fois que" tu auras compris "ce texte, tu pourras le résumer.

4- En attendant que tu reviennes, je vais occuper de tes affaires.

5- Dès qu'on  "eût ouvert" les portes du cinéma, les fans se précipitèrent.

6- Toutes les fois qu'il " touche " un ordinateur, celui-ci s'est détraqué.

7- D'ici à ce que lui " interdise " l'utilisation de cette machine, il n'y a pas loin.

8- Tu partiras dès que tu " mangeras ".

9- Marie entra aussitôt qu'il " fût parti ".

10- Il s'est éloigné pendant que je ne le " surveillais ".

11- Tu ne partiras d'ici avant que tu " me rendrais " ce livre.

12- Je fermerais la porte quand tu " auras quitté " la salle.

La concordance des temps

1- Il lui a interdit de bouger tant que son plâtrn'a pas eu été   ne serait pas sec.
Principale au passé > futur du passé , donc conditionnel.
2- Maintenant que  je l 'ai connu, le connais, je le trouve très sympa.
Je le connais toujours. Simultanéité, même temps.
3- Une fois que  tu auras compris ce texte, tu pourras le résumer.
4- En attendant que tu reviennes, je vais m'occuper de tes affaires.
5- Dès qu'on  eût eut ouvert les portes du cinéma, les fans se précipitèrent.
Pas d'accent circonflexe à la 3e personne au passé antérieur : ce n'est pas le subjonctif.
6- Toutes les fois qu'il  touche a touché  un ordinateur, celui-ci s'est détraqué.
Simultanéité, même temps.
7- D'ici à ce que je lui interdise  l'utilisation de cette machine, il n'y a pas loin.
8- Tu partiras dès que tu  mangeras auras mangé .
Action future antérieure à une autre action future : futur antérieur.
9- Marie entra aussitôt qu'il  fût fut parti.
Pas d'accent circonflexe à la 3e personne au passé antérieur : ce n'est pas le subjonctif.
10- Il s'est éloigné pendant que je ne le  surveillais pas.
11- Tu ne partiras pas d'ici avant que tu me rendrais m'aies rendu ce livre.
"Avant que" est suivi du subjonctif. Et comme l'action est ici antérieure à celle de la principale, subjonctif passé.
12- Je fermerai la porte quand tu  auras quitté  la salle.

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La concordance des temps

hayakilnet a écrit :

Bonjour,

J'utilise cette règle pour bien montrer la postériorité au passé :


Présent -------- Passé composé
Imparfait ------- Plus-que-parfait
Passé simple ----- Passé antérieur
Passé composé---Passé sur composé
Futur simple----- Futur antérieur.

Exercice que j'ai résolu :


1- Il lui a interdit de bouger tant que son plâte " n'a pas eu été " sec.
... "n'est pas sec" ou "n'était pas sec", suivant contexte...

2- Maintenant que " je l 'ai connu"
je le trouve très sympa.
"Maintenant que je le connais ..."

3- Une fois que" tu auras compris "ce texte, tu pourras le résumer.

4- En attendant que tu reviennes, je vais m'occuper de tes affaires.

5- Dès qu'on  "eût ouvert" les portes du cinéma, les fans se précipitèrent.
"Dès qu'on eut ouvert ..." (simple problème de conjugaison).

6- Toutes les fois qu'il " touche " un ordinateur, celui-ci s'est détraqué.
"Toutes les fois qu'il a touché..."

7- D'ici à ce que lui " interdise " l'utilisation de cette machine, il n'y a pas loin.

8- Tu partiras dès que tu " mangeras ".
"... dès que tu auras mangé."

9- Marie entra aussitôt qu'il " fût parti ".
"... aussitôt qu'il fut parti." (conjugaison)

10- Il s'est éloigné pendant que je ne le " surveillais ".
"... pendant que je le surveillais" (un peu étrange...)

11- Tu ne partiras d'ici avant que tu " me rendrais " ce livre.
"... avant que tu ne m'aies rendu ce livre"

12- Je fermerais la porte quand tu " auras quitté " la salle.
"Je fermerai ..."

Tout n'est pas aussi simple... smile

La concordance des temps

Je vois que nous divergeons quant à la première phrase... Il faut dire que j'ai hésité.

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La concordance des temps

Présent -------- Passé composé
Imparfait ------- Plus-que-parfait
Passé simple ----- Passé antérieur
Passé composé---Passé sur composé
Futur simple----- Futur antérieur.

Cette règle est-elle fiable ?

La concordance des temps

Uniquement s'il y a antériorité dans une proposition par rapport à l'autre.... Et uniquement si le mode à employer est l'indicatif, bien sûr.