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Hugo, Le Dernier Jour d'un condamné - Elle est fraîche, elle est rose, elle a de grands yeux...

Bonjour,

J'ai une analyse de texte et j'éprouve beaucoup de problèmes à trouver une hypothèse de lecture ainsi que différents champ lexicaux et thèmes. Voici le texte. J'ai trouvé un lexique du regard dans le premier paragraphe et je pense que ce passage montre la vision engagée de l'ecrivain mais tout cela reste flou. Est-ce quelqu'un peut m'aider ? merci d'avance

Elle est fraîche, elle est rose, elle a de grands yeux, elle est belle !
      On lui a mis une petite robe qui lui va bien.
      Je l'ai prise, je l'ai enlevée dans mes bras, je l'ai assise sur mes genoux, je l'ai baisée sur ses cheveux.
      Pourquoi pas avec sa mère ? – Sa mère est malade, sa grand mère aussi. C'est bien.

      Elle me regardait d'un air étonné ; caressée, embrassée, dévorée de baisers et se laissant faire mais jetant de temps en temps un coup d'oeil inquiet sur sa bonne, qui pleurait dans le coin.

      Enfin j'ai pu parler.
      – Marie ! ai-je dit, ma petite Marie !
      Je la serrais violemment contre ma poitrine enflée de sanglots. Elle a poussé un petit cri.
      – Oh ! vous me faites du mal, monsieur m'a-t-elle dit.

      Monsieur ! il y a bientôt un an qu'elle ne m'a vu, la pauvre enfant. Elle m'a oublié, visage, parole, accent ; et puis, qui me reconnaîtrait avec cette barbe, ces habits et cette pâleur ? Quoi ! déjà effacé de cette mémoire, la seule où j'eusse voulu vivre ! Quoi ! déjà plus père ! être condamné à ne plus entendre ce mot, ce mot de la langue des enfants, si doux qu'il ne peut rester dans celle des hommes : papa !

      Et pourtant l'entendre de cette bouche, encore une fois, une seule fois, voilà tout ce que j'eusse demandé pour les quarante ans de vie qu'on me prend.
      – Écoute, Marie, lui ai-je dit en joignant ses deux petites mains dans les miennes, est-ce que tu ne me connais point ?
      Elle m'a regardé avec ses beaux yeux, et a répondu :
      – Ah bien non !
      – Regarde bien, ai-je répété. Comment, tu ne sais pas qui je suis ?
      – Si, a-t-elle dit. Un monsieur.

      Hélas ! n'aimer ardemment qu'un seul être au monde, l'aimer avec tout son amour, et l'avoir devant soi, qui vous voit et vous regarde, vous parle et vous répond, et ne vous connaît pas ! Ne vouloir de consolation que de lui, et qu'il soit le seul qui ne sache pas qu'il vous en faut parce que vous allez mourir !
 
         – Marie, ai-je repris, as-tu un papa ?
      – Oui, monsieur, a dit l'enfant.
      – Eh bien, où est-il ?
      Elle a levé ses grands yeux étonnés.
      – Ah ! vous ne savez donc pas ? il est mort.

      Puis elle a crié ; j'avais failli la laisser tomber.
      – Mort ! disais-je. Marie, sais-tu ce que c'est qu'être mort ?
      – Oui, monsieur, a-t-elle répondu. Il est dans la terre et dans le ciel.
      Elle a continué d'elle-même :
      – Je prie le bon Dieu pour lui matin et soir sur les genoux de maman.
      Je l'ai baisée au front.
      – Marie, dis-moi ta prière.
      – Je ne peux pas, monsieur. Une prière, cela ne se dit pas dans le jour. Venez ce soir dans ma maison ; je la dirai.
      C'était assez de cela. Je l'ai interrompue.

      – Marie, c'est moi qui suis ton papa.
      – Ah ! m'a-t-elle dit.
      J'ai ajouté :
      – Veux-tu que je sois ton papa ?
      L'enfant s'est détournée.
      – Non, mon papa était bien plus beau.
      Je l'ai couverte de baisers et de larmes. Elle a cherché à se dégager de mes bras en criant :
      – Vous me faites mal avec votre barbe.

      Alors, je l'ai replacée sur mes genoux, en la couvant des yeux, et puis je l'ai questionnée.
      – Marie, sais-tu lire ?
      – Oui, a-t-elle répondu. Je sais bien lire. Maman me fait lire mes lettres.
      – Voyons, lis un peu, lui ai-je dit en lui montrant un papier qu'elle tenait chiffonné dans une de ses petites mains.
      Elle a hoché sa jolie tête.
      – Ah bien ! je ne sais lire que des fables.
      – Essaie toujours. Voyons, lis.

      Elle a déployé le papier, et s'est mise à épeler avec son doigt :
      – A, R, ar R, E, T, rêt, ARRÊT...

Hugo, Le Dernier Jour d'un condamné - Elle est fraîche, elle est rose, elle a de grands yeux...

Est-ce que toute l'émotion contenue dans ce texte t'échapperait ?

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Hugo, Le Dernier Jour d'un condamné - Elle est fraîche, elle est rose, elle a de grands yeux...

justement la fille n'éprouve rien si ce n'est du dégout et de l'inquiétude. Plus aucun sentiment digne d'une fille envers son père.

Hugo, Le Dernier Jour d'un condamné - Elle est fraîche, elle est rose, elle a de grands yeux...

Bonsoir Théodoras et Léah,

Extrais le mot "fable" de l'avant-dernière phrase de la fillette... Ensuite, relis ce texte TROIS fois en te concentrant... laisse-toi pénétrer...
Ce n'est pas une fillette indigne... elle n'est tout simplement pas assise sur les genoux de...
Adopte un "point de vue" différent...
(Léah, je comprends ta stupeur...).

Muriel

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Hugo, Le Dernier Jour d'un condamné - Elle est fraîche, elle est rose, elle a de grands yeux...

je suis infiniment désolé de provoquer la stupeur en vous. Pourtant on ne peut pas être tous doués en analyse. Ceci dit je comprends bien que la fille ne reconnait plus son père. Si c'est dans cet optique que vous trouvez toute cette émotion alors je vous comprends mais si ce n'est pas le cas je ne vois pas du tout ou vous voulez en venir.

Hugo, Le Dernier Jour d'un condamné - Elle est fraîche, elle est rose, elle a de grands yeux...

"Stupeur"... bon... j'y suis peut-être allée un peu fort...et je n'avais qu'à parler en mon propre nom... C'est une erreur...
Relis le début de l'extrait : il y a la mère... la grand-mère... qu'ont-elles bien pu dire à la fillette ?...  Pense à la "fable"...
Ce serait dommage que tu passes à côté de ce texte...
C'est quand même Hugo...

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Hugo, Le Dernier Jour d'un condamné - Elle est fraîche, elle est rose, elle a de grands yeux...

elles ont du lui dire qu'il était mort pour qu'elle ne veuille pas voir son "mauvais" père qui est condamné à mort. En d'autres termes elles lui ont dit qu'il était mort pour la protéger. Mais je suis vraiment désolé je sais que je ne suis pas très doué mais je ne vois pas le lien avec la fameuse fable. Serait-ce parce qu' on cache la violence dans les fables?parce que l'on cache le sort de quelqu'un? merci beaucoup pour votre aide

Hugo, Le Dernier Jour d'un condamné - Elle est fraîche, elle est rose, elle a de grands yeux...

Tu comprends beaucoup plus de choses que tu ne le supposes... Les "fables", c'est ce qu' "on" raconte... Quand une mère, ou une grand-mère, vous dit quelquechose... on le croit... Travaille sur l'art d'Hugo qui met dans la bouche de la petite qu' "elle ne sait lire que les fables" alors qu'elle aurait dû prendre cela comme une "vérité"... Double cela de l'absence de sens quand elle lit "abruptement" le mot ARRËT sur le papier qu'elle tenait dans sa main...

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Hugo, Le Dernier Jour d'un condamné - Elle est fraîche, elle est rose, elle a de grands yeux...

ah je vois enfin la signification de la fable. Mais je viens d'apercevoir que tout au long du passage des mots en rapport avec les yeux et le regard. Avez une interprétation pour cela? Ces regards montrent peut être une certaine innocence et même une crainte. Qu'en penses tu?

Hugo, Le Dernier Jour d'un condamné - Elle est fraîche, elle est rose, elle a de grands yeux...

Les regards s'épousent mais les corps se repoussent... Quel sens à donner à cela ? Cherche !