Mithrandir a écrit :C'est le débat du spiritualisme et du matérialisme que j'expose ici ( si je ne me trompe pas )
Je vous demande donc si selon vous, l'essence précède l'existence ou si vous pensez que c'est l'inverse qui est vrai.
La matière triomphe t-elle de l'esprit ou l'esprit triomphe t-il de la matière ?
Je trouve cela curieux que personne n'ait relevé, à part Spartacus, qui l'a dit sans qu'on l'entende : pour moi (mais je peux me tromper) il n'est absolument pas question d'une opposition corps/esprit et je ne vois pas bien ce que viens faire le débat spiritualisme/matérialisme lorsque l'on pose la question "l'essence précède-t-elle l'existence ou l'inverse ?"
De la manière dont je vois les choses, si l'essence précède l'existence, cela veut dire que ce que nous sommes est déjà établi à l'avance et que cela déterminera nos actes et nos pensées, notre existence.
En revanche, si l'existence précède l'essence, cela veut dire que rien n'est encore joué : c'est ce que nous ferons, nous penserons, la manière dont nous existerons qui fera de nous ce que nous sommes.
C'est donc la question du déterminisme qui est ici posée.
Si l'existencialisme a eu beaucoup de succès au début du siècle, c'est entre autres parce qu'il permettait de faire souffler un vent de liberté. Nos actes étaient libres de toute entrave puisque rien ne les prédéterminait à l'avance, le libre-arbitre était sauf.
Le conflit de Sartre contre Freud s'expliquait justement parce que Freud affirmait que toute notre vie, nos actes, nos pensées, nos sentiments, étaient déterminés par ce que nous avions vécu dans notre enfance, voire dans le ventre de notre mère. Freud était d'une certaine manière un essentialiste.
Mais la question reste posée : quand nous savons aujourd'hui par la science que notre ADN, qui se forme dès l'embryon, programme une partie de notre identité à l'avance, la question de l'essentialisme revient en force. De même que l'on sait qu'un enfant qui connaît des mauvais traitements répétés pendant son enfance risque de se conduire de manière violente voire délictueuse à l'âge adulte.
Il n'y aurait donc pas les bons existencialistes d'un côté qui prône la liberté et les mauvais essentialistes, adeptes du tout est joué, tout est foutu de l'autre ; mais un vrai débat qui pourrait déboucher sur des questions de prévention, de santé publique, de science et de médecine pour l'essentialisme d'une part, et sur des questions de tempérance, d'acceptation, et de liberté d'autre part. Le racisme par exemple, consiste à envisager l'existence (au sens philosophique du terme) de certaines populations de manière négative de par une partie de leur identité, leur essence (leur origine ethnique). C'est l'aspect sombre de l'essentialisme. Remettre en liberté un prisonnier fait également surgir ces questions de déterminisme. Un homme est-il un monstre pour toujours ou est-il libre d'être encore autre chose désormais ?
Comme vous le voyez, ce sont des questions très actuelles qui méritent que l'on ne s'arrête pas à la conception sartrienne du bon existencialisme d'un côté et du mauvais essentialisme de l'autre.
(Désolé de faire des messages toujours trop longs à chaque fois.)