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Diderot, incipit de Jacques le Fataliste

Bonjour à tous,
je présente cet incipit de diderot à mon oral de français jeudi et il y a certaines choses que je ne comprends pas. Cet incipit est-il une critique du fatalisme? J'ai lu que Diderot étant un matérialiste, il était de ce fait un fataliste et que, d'après lui, tout était programmé par le destin du fait par exemple d'un déterminisme social. Cependant dès le début de l'incipit il introduit la notion de hasard, notion qui me semble contradictoire avec un fatalisme où tout serait écrit à l'avance. D'un autre côté j'ai aussi lu que Diderot faisait dans son incipit une critique du fatalisme et que Le Maitre était ainsi son porte-parole dans l'histoire puisqu'il prend du recul par rapport aux idées fatalistes de Jacques ( "c'est un grand mot que cela", "ce n'est pas très chrétien"...)

Je ne sais pas si ce que je dis est bien clair... Merci d'avance

Comment s’étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde. Comment s’appelaient-ils ? Que vous importe ? D’où venaient-ils ? Du lieu le plus prochain. Où allaient-ils ? Est-ce que l’on sait où l’on va ? Que disaient-ils ? Le maître ne disait rien ; et Jacques disait que son capitaine disait que tout ce qui nous arrive de bien et de mal ici-bas était écrit là-haut.
le maître.
C’est un grand mot que cela.
jacques.
Mon capitaine ajoutait que chaque balle qui partait d’un fusil avait son billet.
le maître.
Et il avait raison…

Après une courte pause, Jacques s’écria : Que le diable emporte le cabaretier et son cabaret !
le maître.
Pourquoi donner au diable son prochain ? Cela n’est pas chrétien.
jacques.
C’est que, tandis que je m’enivre de son mauvais vin, j’oublie de mener nos chevaux à l’abreuvoir. Mon père s’en aperçoit ; il se fâche. Je hoche de la tête ; il prend un bâton et m’en frotte un peu durement les épaules. Un régiment passait pour aller au camp devant Fontenoy ; de dépit je m’enrôle. Nous arrivons ; la bataille se donne.
le maître.
Et tu reçois la balle à ton adresse.
jacques.
Vous l’avez deviné ; un coup de feu au genou ; et Dieu sait les bonnes et mauvaises aventures amenées par ce coup de feu. Elles se tiennent ni plus ni moins que les chaînons d’une gourmette. Sans ce coup de feu, par exemple, je crois que je n’aurais été amoureux de ma vie, ni boiteux.
le maître.
Tu as donc été amoureux ?
jacques.
Si je l’ai été !
le maître.
Et cela par un coup de feu ?
jacques.
Par un coup de feu.
le maître.
Tu ne m’en as jamais dit un mot.
jacques.
Je le crois bien.
le maître.
Et pourquoi cela ?
jacques.
C’est que cela ne pouvait être dit ni plus tôt ni plus tard.
le maître.
Et le moment d’apprendre ces amours est-il venu ?
jacques.
Qui le sait ?
le maître.
À tout hasard, commence toujours…

Jacques commença l’histoire de ses amours. C’était l’après-dîner : il faisait un temps lourd ; son maître s’endormit. La nuit les surprit au milieu des champs ; les voilà fourvoyés. Voilà le maître dans une colère terrible et tombant à grands coups de fouet sur son valet, et le pauvre diable disant à chaque coup : « Celui-là était apparemment encore écrit là-haut… »
Vous voyez, lecteur, que je suis en beau chemin, et qu’il ne tiendrait qu’à moi de vous faire attendre un an, deux ans, trois ans, le récit des amours de Jacques, en le séparant de son maître et en leur faisant courir à chacun tous les hasards qu’il me plairait. Qu’est-ce qui m’empêcherait de marier le maître et de le faire cocu ? d’embarquer Jacques pour les îles ? d’y conduire son maître ? de les ramener tous les deux en France sur le même vaisseau ? Qu’il est facile de faire des contes ! Mais ils en seront quittes l’un et l’autre pour une mauvaise nuit, et vous pour ce délai.
L’aube du jour parut. Les voilà remontés sur leurs bêtes et poursuivant leur chemin. Et où allaient-ils ? Voilà la seconde fois que vous me faites cette question, et la seconde fois que je vous réponds : Qu’est-ce que cela vous fait ? Si j’entame le sujet de leur voyage, adieu les amours de Jacques… Ils allèrent quelque temps en silence. Lorsque chacun fut un peu remis de son chagrin, le maître dit à son valet : Eh bien, Jacques, où en étions-nous de tes amours ?

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Diderot, incipit de Jacques le Fataliste

L'incipit de "Jacques le Fataliste" est avant tout une manière de démystifier - et de démythifier - la création littéraire!!!

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Diderot, incipit de Jacques le Fataliste

Une critique du roman traditionnel c'est ça?Je me demande simplement, puisque la question du fatalisme est abordée dans cet incipit si Diderot défend cette idée ou si au contraire il la critique

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Diderot, incipit de Jacques le Fataliste

Cette oeuvre met évidemment l'accent sur les problèmes moraux posés par le déterminisme. Peut-on en effet être responsable de ses actes si l'on n'est pas libre? Si Jacques affirme constamment que le cours des choses est fixé d'avance, il semble cependant agir avec une certaine autonomie. Tout en croyant fermement que "tout est écrit là-haut", il ne cesse de réagir devant les événements. Une telle attitude met à jour le conflit existant entre le sentiment de la fatalité et le besoin de liberté inhérent à l'homme. "Jacques le Fataliste" est une interrogation sur la liberté de l'homme autant que celle du romancier... (Ne jamais perdre de vue que Diderot est athée et matérialiste...)

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Diderot, incipit de Jacques le Fataliste

Ainsi Diderot est-il fataliste ou au contraire critique-t-il cette fatalité?

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Diderot, incipit de Jacques le Fataliste

Si vous entendez "fatalité" au sens tragique du terme, c'est à dire volonté souveraine de quelque dieu caché, oui, Diderot est contre, puisqu'il affirme la liberté de l'homme, non sa liberté absolue, au sens de l'existentialiste sartrien, mais une liberté au sein de la non-liberté physique du monde!

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Diderot, incipit de Jacques le Fataliste

Donc cet incipit est en fait une critique du fatalisme, de ceux qui pensent que tout est écrit d'avance, le fatum, Diderot est ainsi contre les propos de Jacques et le maitre est donc son porte-parole dans l'oeuvre?

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Diderot, incipit de Jacques le Fataliste

Ce n'est pas si simple; on n'a pas là un dialogue "philosophique", dont un des personnages représenterait l'auteur... Il semblerait que Diderot refuse ici toute idée de système (ce qu'il n'a pas toujours fait...), et que la mouvance de son oeuvre soit le reflet de la mouvance même de la vie, où les événements arrivent - apparemment - de manière contingente : pour nous résumer, Diderot n'est pas fataliste, il est si l'on veut déterministe, dans la mesure où notre être fini nous "condamne" à telle ou telle représentation, et donc à telle ou telle idée.

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Diderot, incipit de Jacques le Fataliste

D'accord merci beaucoup smile

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Diderot, incipit de Jacques le Fataliste

Bonjour tout le monde ,

Je suis un élève de 1er S et je n'arrive pas à répondre a ces questions pouvez-vous m'aider :

voila le texte :

http://img210.imageshack.us/img210/5645/650141fr001jpg.png

et les questions sont :

- A travers les anecdotes qu'il raconte etle ton de son récit , quelle image le lecteur se fait-il de Jacques ?
- Que signifie selon vous le titre du roman ? comment le fatalisme de Jacques s'exprime-t-il ?
- Quel est le rôledes interventions du maître dans le dialogue ?
- Montrez comment Diderot déroute le lecteur en bouleversant les principes habituels du début de roman ?

voila !! en vous remerciant d'avance pour vos réponse

Rappel : pas de travail personnel = pas d’aide.
Seuls les élèves ayant effectué un travail personnel préalable sur leur sujet peuvent obtenir une aide ponctuelle. Vous devez donc indiquer vos pistes de recherches personnelles.