Radiguet, Le Diable au corps, chapitre 32 - Lorsque je pénétrai dans le petit salon...

Bonjour à tous,

Je passe mon oral de français dans une semaine jour pour jour, et j'attaque les derniers extraits que je dois réviser, notamment le chapitre 32 du Diable au corps.
Seul problème, j'ai du mal à trouver des axes de lecture cohérents dans ce passage.
J'ai déjà fait une analyse relativement détaillée, en particulier sur l'inquiétude apparente du narrateur, qui n'est pas  tempérée par les explications "absurdes" de Mme Grangier, sur l'égoisme conventionnel des parents de Marthe, qui n'ont pas parlé à cette dernière de la visite du narrateur, et également sur la progression dans l'annonce de la naissance de l'enfant : Neveu du petit Grangier ==> enfant de marthe ==> Enfant du narrateur, ainsi que le registre religieux qui se rattache à ce passage.

Je trouve cependant mon analyse très linéaire et j'ai du mal à dégager des axes de lecture précis et cohérents, pourriez-vous m'aider en cela ?

Merci d'avance

Cordialement.

Thomas.

Texte étudié :

Lorsque je pénétrai dans le petit salon, il me sembla revivre ma première visite. Cette visite signifiait alors que je ne reverrais peut-être plus Marthe.
Mme Grangier entra. Je souffris pour elle de sa petite taille, car elle s'efforçait d'être hautaine. Elle s'excusa de m'avoir dérangé pour rien. Elle prétendit qu'elle m'avait envoyé ce message pour obtenir un renseignement trop compliqué à demander par écrit, mais qu'entre temps, elle avait eu ce renseignement. Cet absurde mystère me tourmenta plus que n'importe quelle catastrophe. Près de la Marne, je rencontrai le petit Grangier, appuyé contre une grille. Il avait reçu une boule de neige en pleine figure. Il pleurnichait. Je le cajolai, je l'interrogeai sur Marthe. Sa sœur m'appelait, me dit-il. Leur mère ne voulait rien entendre, mais leur père avait dit : « Marthe est au plus mal, j'exige qu'on obéisse. ».
Je compris en une seconde la conduite si bourgeoise, si étrange, de Mme Grangier. Elle m'avait appelé, par respect pour son époux, et la volonté d'une mourante. Mais l'alerte passée, Marthe saine et sauve, on reprenait la consigne J'eusse dû me réjouir. Je regrettais que la crise n'eut pas duré le temps de me laisser voir la malade.
Deux jours après, Marthe m'écrivit. Elle ne faisait aucune allusion à ma visite. Sans doute la lui avait-on escamotée. Marthe parlait de notre avenir, sur un ton spécial, serein, céleste, qui me troublait un peu. Serait-il vrai que l'amour est la forme la plus violente de l'égoïsme, car, cherchant une raison à mon trouble, je me dis que j'étais jaloux de notre enfant, dont Marthe aujourd'hui m'entretenait plus que de moi-même.
Nous l'attendions pour mars. Un vendredi de janvier, mes frères, tout essoufflés, nous annoncèrent que le petit Grangier avait un neveu. Je ne compris pas leur air de triomphe, ni pourquoi ils avaient tant couru. Ils ne se doutaient certes pas de ce que la nouvelle pouvait avoir d'extraordinaire à mes yeux. Mais un oncle était pour mes frères une personne d'âge. Que le petit Grangier fût oncle tenait donc du prodige, et ils étaient accourus pour nous faire partager leur émerveillement.
C'est l'objet que nous avons constamment sous les yeux que nous reconnaissons avec le plus de difficulté, si on le change un peu de place. Dans le neveu du petit Grangier, je ne reconnus pas tout de suite l'enfant de Marthe - mon enfant.