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Oral de français - Me conseillez-vous une analyse linéaire pour ces deux textes ?

Bonsoir.

Ma prof nous a explicitement dit que l'analyse linéaire était autorisée pour l'Oral du Bac.
Seuls 2 de mes textes sont présentés en tant qu'AL :

- Rimbaud / Voyelles.
- Baudelaire / Correspondances.

Me conseillez-vous une analyse linéaire pour ces deux textes ? Doit-on amorcer une phrase du style " Ainsi, nous verrons strophe par strophe les Correspondances que fait Baudelaire, et nous les expliquerons " face à l'examinateur ?

Et enfin, est-ce qu'une Analyse Linéaire est moins souhaitée qu'un commentaire ?

Merci de vos réponses.

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Oral de français - Me conseillez-vous une analyse linéaire pour ces deux textes ?

Bonsoir,

L'analyse linéaire d'une oeuvre est toujours périlleuse, surtout au niveau bac, parce qu'elle expose au danger qui consiste à faire passer une interprétation personnelle d'un texte "obscur" pour la seule vraie (elle trouve du reste son origine dans l'éxégèse des textes bibliques). S'agissant d'un poème aussi complexe que "Voyelles", pour lequel les critiques hésitent entre l'ésotérisme, l'évocation d'un souvenir d'enfance et le jeu -voire la supercherie - littéraire, une analyse linéaire me semble plutôt hasardeuse, alors qu'elle pourrait se justifier à propos d'un texte argumentatif, par exemple.
Pourquoi ne pas tenter de classer toutes les impressions associées à la "couleur" de chaque voyelle, après avoir montré l'arbitraire de cette correspondance de départ, afin de faire remarquer que presque tous les éléments de l'univers sont requis : terre, mer, ciel, animaux, hommes; qu'il n'y a aucune relation logique entre les divers groupes nominaux; que l'on passe de l'image "poétique" à la vision "réaliste" sans transition, etc...? On peut alors en conclure que le poème renferme dans sa concision - c'est un sonnet - tout un microcosme qui offre matière, et c'est là le miracle de la poésie rimbaldienne, à des résonances personnelles si l'on poursuit notre rêverie à partir des "pistes" de l'auteur... Il est malaisé de dire cela dans une analyse linéaire, car il y aura beaucoup de répétitions! De plus, on évite l'écueil de l'explicitation.
Pour "Correspondances", en revanche, on peut tenter une telle analyse pour la bonne raison que le poème est assez "explicatif"; c'est une vision du monde en même temps qu'un "art poétique" que nous expose Baudelaire... Toutefois, attention : il ne faut jamais laisser entendre que l'objectif de l'explication va être l'analyse littéraire, comme vous semblez le faire dans l'exemple que vous proposez; il faut se donner un objectif de recherche, et l'analyse ne sera que le moyen d'y parvenir. Ici, par exemple, on peut se proposer de définir ce que Baudelaire entend par "Correspondances" (notez le pluriel). Cela vous paraîtra peut-être trop simple, mais sachez qu'il y a des thèses de 600 pages qui ont paru sur la question!!! (Bien sûr, elles ne s'appuyaient pas que sur ce poème!!!)

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Oral de français - Me conseillez-vous une analyse linéaire pour ces deux textes ?

Bonsoir, et merci de votre réponse très rapide.

Pour plus d'informations, l'analyse linéaire traite chaque voyelle une par une, en expliquant juste les différentes allusions aux couleurs et en expliquant les liens faits dans chaque couleur.
Je comprends néanmoins tout à fait votre point de vue, mais je suis déjà rassuré par Baudelaire wink

C'est tout de même un poème très compliqué à commenter, ce Voyelles, car, comme vous le dites, on ne sait pas trop de quoi il s'agit en réalité.

L'analyse faite sur mon cahier traite ainsi.

- Intro.
- Explication rapide sur l'arbitraire de Rimbaud.
- Lettre A, E, I, U, O avec leurs explications.
- Conclusion avec Baudelaire.

Qu'en pensez-vous ?

La question réélle sur Baudelaire était : " Nous essayerons d'établir les différentes Correspondances que fait Baudelaire au fur et à mesure du texte ".

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Oral de français - Me conseillez-vous une analyse linéaire pour ces deux textes ?

Ce plan peut être acceptable, mais il est trop sommaire pour que je donne un avis, surtout dans la partie "Voyelles A... et leur explication"
Au passage, notez l'ordre des deux dernières voyelles; on a dû vous dire en cours qu'en terminant par le O, Rimbaud avait peut-être fait allusion à l'omêga, dernière lettre de l'alphabet grec; le poème constituerait alors un "microcosme" puisqu'il renfermerait la création, de l'alpha (A) à l'omêga (O), suivant la citation biblique bien connue...
Je vais devoir interrompre la discussion pour aujourd'hui : mettez-moi un plan plus détaillé et nous verrons demain matin. Bonsoir et bonnes révisions!

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Oral de français - Me conseillez-vous une analyse linéaire pour ces deux textes ?

Bonjour.
Voici le plan détaillé de notre commentaire.

Introduction :
Sonnet presque classique, déroutant et hermétique au premier abord. 2 sources d'inspirations : Correspondances de Baudelaire et Abécédaire (enfantin).

Paragraphe sur le choix des lettres :
Association arbitraire d'une lettre à une couleur. Aucun rapport apparent entre la couleur et la voyelle. Néanmoins, les couleurs vont du A au O, soit de l'alpha a l'oméga, ce qui permet de terminer sur la dernière voyelle et aussi la dernière lettre de l'alphabet grec. + Lettre O = symbole de cycle fini ce qui rejoint l'idée.

Lettre A : noir = néant = début de la création. Associée avec les "mouches" noires. Et le noir est associé à ce qui est fini, à ce qui est mort : "puanteurs cruelles", déchets. Néanmoins, il est aussi associé à ce qui est infini, le néant ( = forte opposition ).
Le programme de Baudelaire est bien respecté : on a bien une couleur, un parfum, un son.
On rejette la couleur "noir" sur le 2e quatrain "golfe d'ombre" => Contraste immédiat avec le blanc.

Lettre E : blanc qui contraste avec le noir. Blanc = candeur => Deux sens : innocence qui contraste  la sensualité du corset + pureté qui contraste avec la cruauté du noir.
On l'associe avec la "glace" et les "rois blancs" => Echecs + le froid qui est évoqué ( glace = froid = blanc ). + "ombrelle" qui est une fleur blanche => On a bien le monde du blanc.

Lettre I : rouge. Le sang est craché => Forme de violence. "Rire des lèvres" => Son i du mot rire + lèvres rouges. Colère évoquée (rouge de colère). "Ivresse" = vin rouge et rougissement avec "pénitentes".

Lettre U : = cycle. (le y français est le u grec) Allitération en v (et le v est aussi le u grec). Synonyme de vert : virides. Procédé aussi utilisé avec "candeurs" et "pourpre". U = forme de la vague et allusion à la mer. On peut aussi penser au diapason (en forme de u) qui produit un "vibrement".
Puis on a un contraste entre le vibrement et la paix. (Allitération en p qui insiste). Allusion à l'alchimie "savants" => "L'alchimie du Vers" de Rimbaud.

Lettre O : référence tardive. O = violet = ultra bleu. " Suprême clairon " = apocalypse : révélation et fin du monde. Le son "strident" contraste très fortement avec le "monde silencieux". Fin du poème = fin du monde fini, ( de l'alpha à l'oméga ), on accède à un monde supérieur avec "Monde et Ange" (symbolisme).
On peut penser aussi que O = forme des mondes.

Tout ce qui intéresse l'homme est évoqué. (monde, connaissance, savoir, envie) sauf l'amour. Peut-être est-elle évoquée avec "Yeux" qui sont ceux de la bien aimée ? Aussi O = forme de l'oeil.

Voilà toute notre analyse ! J'attends vos observations avec impatience, et merci encore smile

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Oral de français - Me conseillez-vous une analyse linéaire pour ces deux textes ?

Bonsoir,

Pardon pour le retard. Voici quelques remarques "en vrac" :
- Le commentaire me paraît assez riche et son "plan" possible, à condition de formuler les interprétations avec prudence, et de signaler qu'elles sont personnelles.
- Attention à ne pas laisser croire que Rimbaud écrit pour "respecter" le programme baudelairien des "correspondances"; certes il a connu des influences (on pense aujourd'hui que le Bateau ivre doit beaucoup à V. Hugo), mais il était trop indépendant pour s'inféoder à une quelconque "école" littéraire, ou à ce qui pouvait paraître comme tel.
- Ramener le référent de "Ses Yeux (notez les majuscules) à un hypothétique être aimé est possible, mais me semble trop étroit : il se peut que Rimbaud fasse ici allusion à une sorte d'être supérieur, créateur ou organisateur du cosmos; cette piste est plausible dans une strophe assez nettement teintée d'occultisme ou d'ésotérisme...
- Attention au sens premier des mots ombelles, pourpres, strideurs, etc... qu'il ne faut pas oublier dans le commentaire.
- Il faut commenter le v.2! Rimbaud fait ici la promesse d'une révélation (notez le futur); à partir de là, deux possibilités : ou ce poème réalise cette promesse, ou il n'en est qu'un avant-goût.
- Bien signaler qu'il n'y a aucun fil conducteur entre tous ces groupes nominaux (dont les seuls verbes, sauf au v. 2, appartiennent à des propositions relatives)
Voilà : bonnes révisions!