Molière, Le Misanthrope, acte III, scène 4

Bonjour, j'aurais besoin d'un petit coup de pouce sur mon commentaire composé. Je n'en n'ai jamais fais alors je me sens un peu perdu. J'ai du mal a trouver les enjeux de la scene 4 acte 3 a part le fait que le texte vise à montrer que Célimène et Arsinoé abandonnent progressivement le voile de la mondalité. S'il vous plait, pouvez vous m'aider? =/
Merci d'avance!! smile


PS: La nature de cette scène , j'ai pensé qu'elle était descriptive et explicative, qu'en pensez vous ?


Voici l'extrait


Scène 4
ARSINOÉ, CÉLIMÈNE.

CÉLIMÈNE}}
  Ah ! quel heureux sort, en ce lieu, vous amène ?
Madame, sans mentir, j’étais de vous, en peine.

ARSINOÉ
875    Je viens, pour quelque avis que j’ai cru vous devoir.

CÉLIMÈNE
Ah ! mon Dieu, que je suis contente de vous voir !

ARSINOÉ
Leur départ ne pouvait, plus à propos, se faire.

CÉLIMÈNE
Voulons-nous nous asseoir ?

ARSINOÉ
  Il n’est pas nécessaire,
Madame ; l’amitié doit surtout éclater
880    Aux choses, qui le plus, nous peuvent importer ;
Et comme il n’en est point de plus grande importance
Que celles de l’honneur, et de la bienséance,
Je viens, par un avis qui touche votre honneur,
Témoigner l’amitié que, pour vous, a mon cœur.
885    Hier, j’étais chez des gens, de vertu singulière,
Où, sur vous, du discours, on tourna la matière ;
Et là, votre conduite, avec ses grands éclats,
Madame, eut le malheur, qu’on ne la loua pas.
Cette foule de gens, dont vous souffrez visite,
890    Votre galanterie, et les bruits qu’elle excite,
Trouvèrent des censeurs plus qu’il n’aurait fallu,
Et bien plus rigoureux que je n’eusse voulu.
Vous pouvez bien penser quel parti je sus prendre ;
Je fis ce que je pus, pour vous pouvoir défendre,
895    Je vous excusai fort sur votre intention,
Et voulus, de votre âme, être la caution.
Mais vous savez qu’il est des choses dans la vie,
Qu’on ne peut excuser, quoiqu’on en ait envie ;
Et je me vis contrainte à demeurer d’accord,
900    Que l’air dont vous viviez*, vous faisait un peu tort.
Qu’il prenait, dans le monde, une méchante face,
Qu’il n’est conte fâcheux que partout on n’en fasse ;
Et que, si vous vouliez, tous vos déportements*
Pourraient moins donner prise aux mauvais jugements.
905    Non que j’y croie, au fond, l’honnêteté blessée,
Me préserve le Ciel d’en avoir la pensée ;
Mais, aux ombres du crime, on prête aisément foi,
Et ce n’est pas assez, de bien vivre pour soi.
Madame, je vous crois l’âme trop raisonnable,
910    Pour ne pas prendre bien, cet avis profitable ;
Et pour l’attribuer qu’aux mouvements secrets*
D’un zèle qui m’attache à tous vos intérêts.

CÉLIMÈNE
Madame, j’ai beaucoup de grâces à vous rendre,
Un tel avis m’oblige, et loin de le mal prendre,
915    J’en prétends reconnaître, à l’instant, la faveur,
Par un avis, aussi, qui touche votre honneur :
Et, comme je vous vois vous montrer mon amie,
En m’apprenant les bruits que de moi l’on publie,
Je veux suivre, à mon tour, un exemple si doux,
920    En vous avertissant, de ce qu’on dit de vous.
En un lieu, l’autre jour, où je faisais visite,
Je trouvai quelques gens, d’un très rare mérite,
Qui parlant des vrais soins d’une âme qui vit bien,
Firent tomber, sur vous, Madame, l’entretien.
925    Là, votre pruderie, et vos éclats de zèle,
Ne furent pas cités comme un fort bon modèle :
Cette affectation d’un grave extérieur,
Vos discours éternels de sagesse, et d’honneur,
Vos mines, et vos cris, aux ombres d’indécence,
930    Que d’un mot ambigu, peut avoir l’innocence ;
Cette hauteur d’estime où vous êtes de vous,
Et ces yeux de pitié, que vous jetez sur tous ;
Vos fréquentes leçons, et vos aigres censures,
Sur des choses qui sont innocentes, et pures ;
935    Tout cela, si je puis vous parler franchement,
Madame, fut blâmé, d’un commun sentiment.
À quoi bon, disaient-ils, cette mine modeste,
Et ce sage dehors, que dément tout le reste ?
Elle est, à bien prier, exacte au dernier point,
940    Mais elle bat ses gens, et ne les paye point.
Dans tous les lieux dévots, elle étale un grand zèle,
Mais elle met du blanc, et veut paraître belle ;
Elle fait des tableaux couvrir les nudités,
Mais elle a de l’amour pour les réalités.
945    Pour moi, contre chacun, je pris votre défense,
Et leur assurai fort, que c’était médisance ;
Mais tous les sentiments combattirent le mien,
Et leur conclusion fut, que vous feriez bien,
De prendre moins de soin des actions des autres,
950    Et de vous mettre, un peu, plus en peine des vôtres.
Qu’on doit se regarder soi-même, un fort long temps,
Avant que de songer à condamner les gens ;
Qu’il faut mettre le poids d’une vie exemplaire,
Dans les corrections qu’aux autres, on veut faire ;
955    Et qu’encor, vaut-il mieux s’en remettre au besoin,
À ceux à qui le Ciel en a commis le soin.
Madame, je vous crois, aussi, trop raisonnable,
Pour ne pas prendre bien, cet avis profitable,
Et pour l’attribuer qu’aux mouvements secrets,
960    D’un zèle qui m’attache à tous vos intérêts.

ARSINOÉ
À quoi, qu’en reprenant, on soit assujettie,
Je ne m’attendais pas à cette repartie,
Madame, et je vois bien, par ce qu’elle a d’aigreur,
Que mon sincère avis vous a blessée au cœur.

CÉLIMÈNE
965    Au contraire, Madame, et si l’on était sage,
Ces avis mutuels seraient mis en usage ;
On détruirait, par là, traitant de bonne foi*,
Ce grand aveuglement, où chacun est pour soi.
Il ne tiendra qu’à vous, qu’avec le même zèle,
970    Nous ne continuions cet office fidèle ;
Et ne prenions grand soin de nous dire, entre nous,
Ce que nous entendrons, vous de moi, moi de vous.

ARSINOÉ
Ah ! Madame, de vous, je ne puis rien entendre ;
C’est en moi que l’on peut trouver fort à reprendre.

CÉLIMÈNE
975    Madame, on peut, je crois, louer, et blâmer tout,
Et chacun a raison, suivant l’âge, ou le goût :
Il est une saison pour la galanterie,
Il en est une, aussi, propre à la pruderie ;
On peut, par politique, en prendre le parti,
980    Quand de nos jeunes ans, l’éclat est amorti ;
Cela sert à couvrir de fâcheuses disgrâces.
Je ne dis pas, qu’un jour, je ne suive vos traces,
L’âge amènera tout, et ce n’est pas le temps,
Madame, comme on sait, d’être prude à vingt ans.

ARSINOÉ
985    Certes, vous vous targuez d’un bien faible avantage,
Et vous faites sonner, terriblement, votre âge :
Ce que, de plus que vous, on en pourrait avoir,
N’est pas un si grand cas, pour s’en tant prévaloir ;
Et je ne sais pourquoi, votre âme, ainsi, s’emporte,
990    Madame, à me pousser de cette étrange sorte* ?

CÉLIMÈNE
Et moi, je ne sais pas, Madame, aussi, pourquoi,
On vous voit, en tous lieux, vous déchaîner sur moi ?
Faut-il de vos chagrins, sans cesse, à moi vous prendre ?
Et puis-je mais des soins qu’on ne va pas vous rendre ?
995    Si ma personne, aux gens, inspire de l’amour,
Et si l’on continue à m’offrir, chaque jour,
Des vœux que votre cœur peut souhaiter qu’on m’ôte,
Je n’y saurais que faire, et ce n’est pas ma faute ;
Vous avez le champ libre, et je n’empêche pas,
1000    Que pour les attirer, vous n’ayez des appas.

ARSINOÉ
Hélas ! et croyez-vous que l’on se mette en peine
De ce nombre d’amants dont vous faites la vaine :
Et qu’il ne nous soit pas fort aisé de juger,
À quel prix, aujourd’hui, l’on peut les engager ?
1005    Pensez-vous faire croire, à voir comme tout roule,
Que votre seul mérite attire cette foule ?
Qu’ils ne brûlent, pour vous, que d’un honnête amour,
Et que, pour vos vertus, ils vous font tous la cour ?
On ne s’aveugle point par de vaines défaites,
1010    Le monde n’est point dupe, et j’en vois qui sont faites
À pouvoir inspirer de tendres sentiments,
Qui, chez elles, pourtant, ne fixent point d’amants ;
Et de là, nous pouvons tirer des conséquences
Qu’on n’acquiert point leurs cœurs, sans de grandes avances ;
1015    Qu’aucun, pour nos beaux yeux, n’est notre soupirant,
Et qu’il faut acheter tous les soins qu’on nous rend.
Ne vous enflez, donc, point d’une si grande gloire,
Pour les petits brillants d’une faible victoire ;
Et corrigez, un peu, l’orgueil de vos appas,
1020    De traiter, pour cela, les gens de haut en bas*.
Si nos yeux enviaient les conquêtes des vôtres,
Je pense qu’on pourrait faire comme les autres,
Ne se point ménager, et vous faire bien voir,
Que l’on a des amants, quand on en veut avoir.

CÉLIMÈNE
1025    Ayez-en donc, Madame, et voyons cette affaire,
Par ce rare secret, efforcez-vous de plaire :
Et sans...

ARSINOÉ
  Brisons, Madame, un pareil entretien,
Il pousserait trop loin votre esprit, et le mien :
Et j’aurais pris, déjà, le congé qu’il faut prendre,
1030    Si mon carrosse, encor, ne m’obligeait d’attendre.

CÉLIMÈNE
Autant qu’il vous plaira, vous pouvez arrêter,
Madame, et là-dessus, rien ne doit vous hâter :
Mais, sans vous fatiguer de ma cérémonie,
Je m’en vais vous donner meilleure compagnie ;
1035    Et Monsieur, qu’à propos, le hasard fait venir,
Remplira mieux ma place à vous entretenir.
Alceste, il faut que j’aille écrire un mot de lettre,
Que, sans me faire tort, je ne saurais remettre ;
Soyez avec Madame, elle aura la bonté
1040    D’excuser, aisément, mon incivilité.