Expliquer et discuter la devise castigat ridendo mores

Bonjour à tous,

Je suis un nouveau venu smile attiré par l'entraide régnante sur ce forum, sur une matière qui n'est pa tellement mon point fort hmm

J'ai une dissertation a rendre dans une semaine ( un peu plus ) traitant sur la devise de la comédie italienne :

Castigat ridendo mores

Le sujet étant :

Vous expliquerez et vous discuterez cette devise en vous appuyant sur les textes du corpus et les comédies étudiées au collège et au lycée

J'ai effectué quelques recherches sur le sujet, en commençant par traduire la devise : La comédie corrige(guérit)  les moeurs par le rire.
Je pensais faire un plan thèse / antithèse et pourquoi pas synthèse... Mais apres lectures des textes de mon corpus

Caprices de Marianne, Acte I, Scène 1
L'école des femmes, Acte V, Scène 4
Le barbier de Séville, Acte I, Scène 3

Je n'arrive pas à trouver assez d'arguments pour mon plan, je sais qu'il va falloir parler des différents comiques, peut etre de l'origine et de la popularité de la comédie italienne, mais sinon je vois pas trop ... sad
Je sollicite donc une première fois votre aide smile

Merci d'avance.

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Expliquer et discuter la devise castigat ridendo mores

Attention, l'origine de "castigat ridendo mores" reste assez floue. Elle est devenue la devise des Comédiens Italiens, mais Molière y fait déjà référence dans son placet sur Tartuffe. On la dit aussi inventée par Jean Santeuil poète du XVIIe écrivant en latin. Cependant, si elle n'est pas citée mot pout mot chez Horace, on trouve déjà l'idée de plaire et d'instruire en même temps dans son "Art poétique".

Petite citation de Molière qui pourra servir :
Dans son premier placet sur Tartuffe, Molière a rappelé la devise latine du poète Jean-Baptiste Senteuil "Castigat ridendo mores" (elle châtie les mœurs en riant) pour définir le but de la comédie : « Les plus beaux traits d'une sérieuse morale sont moins puissants, le plus souvent, que  ceux de la satire; et rien ne reprend mieux la plupart des hommes que la peinture de leurs défauts. C'est une grande atteinte aux vices que de les exposer à la risée de tout le monde. On souffre aisément des répréhensions; mais on ne souffre point la raillerie. On veut bien être méchant; mais on ne veut point être ridicule.» (préface de Tartuffe).

Bon courage !

Marguerite

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Expliquer et discuter la devise castigat ridendo mores

Bonjour Titou,

En complément de Marguerite, je t'invite à réfléchir à quelques aspects complémentaires.

D'abord au XVIIe siècle, époque probable où (re)apparaît cette devise, quel est le statut de la comédie ?
Se rattachant aux fabliaux du moyen-âge, à la farce, elle est considérée comme un genre mineur. Le succès de la commedia dell'arte et de ses lazzi a ancré dans l'esprit du public qu'elle est un divertissement populaire sur des thèmes stéréotypés.
Tout se passe donc comme si les auteurs comiques, voulant trouver une place au soleil, cherchaient à justifier leur art en trouvant de nouvelles voies, en particulier en recourant à une utilité sociale.
De fait, la comédie se distingue du genre tragique noble par l'emploi de personnages communs et d'une fin heureuse. La trame privilégiée est celle des amours contrariées... A partir de cette approche historique, peux-tu définir les Caprices de Marianne comme une comédie ? Tu vas sans doute déboucher sur celle du drame romantique (qui mêle les genres grotesque et tragique). De même le Barbier de Séville doit quelque traits au drame bourgeois du XVIIIe siècle...

Pour te remettre dans le climat littéraire de l'époque, je te joins la fin de la 1re partie de Psyché, où La Fontaine nous rapporte les propos de deux des quatre amis, qui ont engagé un débat sur les mérites respectifs de la comédie et de la tragédie.
Ariste affirme que "la comédie touche moins les esprits que la tragédie", Gélaste finit par répondre : "comme la tragédie ne nous représente que des aventures extraordinaires et qui, vraisemblablement, ne nous arriveront jamais, nous n'y prenons point de part et nous sommes froids, à moins que l'ouvrage ne soit excellent... La comédie, n'employant que des aventures ordinaires, et qui peuvent nous arriver, nous touche toujours, plus ou moins, selon son degré de perfection."
À l'époque de La Fontaine et de Molière, le siècle classique, les genres théâtraux sont bien codifiés.

Qu'est-ce que la «reprise des mœurs» ?  La Fontaine fait justement allusion à la devise classique de la comédie "castigat ridendo mores", ce qui peut se traduire par elle châtie les mœurs en faisant rire, en les rendant ridicules. Bien entendu la tragédie ne fait pas rire mais elle a toutes les capacités pour dénoncer les dérives morales : Racine a peint les ravages de la passion. Finalement le projet reste le même, ce sont les moyens qui diffèrent : pour la comédie il s'agit d'instruire en plaisant; pour la tragédie, d'émouvoir le spectateur en excitant « la terreur et la pitié ». La Fontaine fait allusion aussi implicitement à un genre réputé difficile par opposition à un genre plus facile.

Molière a choisi une voie qu'il va magnifier par son art de dramaturge en assimilant et en intégrant plusieurs traditions, mais surtout en donnant à des situations convenues une autre épaisseur humaine.
Il va ainsi passer de la moquerie d'un hurluberlu (je peux rire d'un individu qui en aucun cas ne saurait être moi) à la satire d'un type social à la fois contemporain et universel (il devient alors plus difficile d'échapper à l'identification avec ce type qui peut être ma propre personne ou un de mes proches). Les réactions et les cabales montrent combien Molière avait visé juste en passant de l'Avare ou de l'Ecole des femmes à Tartuffe ou Dom Juan...

C'est que Molière est passé insensiblement d'un statut d'auteur comique à celui de moraliste : Un vice n'est jamais innocent, le ridiculiser peut conduire à une prise de conscience salvatrice. Son art rejoint celui de La Bruyère par des procédés différents : Tartuffe et Onuphre sont comme frères.

Ton sujet t'invite donc à vérifier si le comique n'est jamais gratuit, s'il a toujours une visée morale, s'il veut être plus qu'un simple divertissement facile pour atteindre la critique des travers psychologiques : l'avarice, l'entêtement, l'orgueil… et des comportements sociaux : préciosité, hypocrisie, refus de la loi… Le comique devient alors grinçant. Le ridicule sert  à la prise de conscience et cherche à désolidariser le public de "vices" à la mode…

Mais après Molière, la comédie va parfois réintégrer des larmes avec le drame bourgeois, puis le drame romantique. Au XIXe siècle, elle épuisera, avec le vaudeville, le triangle femme, époux et amant, avant de s'engager parfois au XXe siècle dans les voies surprenantes de l'absurde... S'agit-il encore de comédie ? Il existe donc une tradition constante de la comédie qui tourne autour de la stratégie amoureuse et des échappées en des voies novatrices...

Aujourd'hui encore le cinéma utilise le genre comique pour provoquer la prise de conscience de nos contemporains devant des situations inacceptables. Si tu as vu un film comme « La vie est belle » demande-toi pourquoi le rire (même jaune) peut être plus efficace qu'une dénonciation immédiate et indignée... Pense au Dictateur, aux Temps modernes de Chaplin, au Docteur Folamour de Kubrick...

Expliquer et discuter la devise castigat ridendo mores

Merci pour vos réponses, elles m'ont aidées à trouver quelques pistes, il faut maintenant que je  trouve le rapport avec les textes de mon corpus.

Je pourrais donc m'orienter vers un plan comme celui là :

- L'utilité et la popularité de la comédie à travers les âges
- Un genre pas toujours apprécié
- Les limites de la comédie

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Expliquer et discuter la devise castigat ridendo mores

Non Titou,

Relis ton sujet.
Tu dois dans une première partie expliquer.
Puis dans deux autres discuter ce que tu as compris : d'accord, pas d'accord (ou reformulation d'un accord corrigé).

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Expliquer et discuter la devise castigat ridendo mores

Bonjour Titou !
Jean Luc m'a enlevé les mots de la bouche... enfin du clavier. Ta première partie ne peut être formulée ainsi : le but d'une dissertation n'est pas de faire un "cours" sur la comédie, mais de proposer une réflexion personnelle qui intègre ces données historiques essentielles. De la même manière, ta deuxième partie est pratiquement hors sujet : elle ne correspond en rien au sujet donné. Pense, pour chacune de tes parties et sous-parties, à toujours te demander si elles correspondent parfaitement au sujet. Par contre, la troisième me semble plus intéressante : il faudrait sans doute, comme te le suggérait Jean-Luc, te demander si la comédie ne risque pas de se perdre en voulant être trop moralisatrice... Peut-être ta difficulté à trouver un plan alors que tu sembles avoir des idées vient-elle du fait que tu ne fais pas de problématique. Essaye peut-être de reformuler ton sujet, sous forme d'une question suffisamment large pour pouvoir englober toutes tes idées, mais suffisamment précise aussi pour bien correspondre au sujet. Ensuite, il te restera à voir comment tu peux répondre à cette question, en trois parties, et en vérifiant que chacune de ces parties offre bien un nouvel éclairage.
Bon courage !

Expliquer et discuter la devise castigat ridendo mores

D'accord, je parlerais alors plutôt de "l'origine" de la devise, c'est-à-dire qui l'a utilisé à travers les différents siècles, que veut elle dire... puis je dirais tout d'abord qu'elle est juste, popularité de la comédie ... (thèse), mais qu'elle à ses limites (antithèse).
Dites-moi si je suis sur la bonne voie parce que je dois absolument rattraper mon 9.5 de moyenne du second trimestre sad

Merci pour toutes ces réponses.

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Expliquer et discuter la devise castigat ridendo mores

Bonsoir Titou,

Tu t'écartes encore du sujet. Comme te l'a dit Cassandra, il te faut d'abord reformuler la problématique. Ce n'est qu'à ce moment-là que tu pourras argumenter en faveur ou à l'encontre de la thèse.
La problématique tourne exclusivement autour d'une fonction de la comédie, sa capacité à réformer les comportements individuels et sociaux. Est-ce que la comédie peut se définir exclusivement à partir de son utilité sociale de censeur ?

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Expliquer et discuter la devise castigat ridendo mores

Dans le sujet, il y a deux dimensions essentielles à traiter : rire et corriger. Rire, c'est l'essence de la comédie. Corriger, qu'est-ce que ça veut dire ? Rectifier, transformer, effacer, réparer... etc. Dans le "castigat" d'origine, il y a aussi la notion de réprimander. Dans quelle mesure un pièce châtie-t-elle ? Peut-être en se moquant. Dans cette acception, la plupart des comédies corrige. Mais si l'on considère la notion de rectifier, on risque de trouver beaucoup moins de pièces qui aient vraiment rectifier un travers de la société ou autre.
J'essaierais donc de voir dans quelle mesure la comédie "corrige" véritablement "les moeurs". Elle les critique, d'accord, mais la critique entraîne-t-elle forcément un changement ? Le Bourgeois Gentilhomme, par exemple, est toujours joué au XXIe siècle, ce qui veut dire que d'une certaine façon, il est toujours d'actualité. A l'inverse, "Hernani", qui a été la cause d'une révolution littéraire (cf. la bataille d'Hernani), n'est plus tellement joué aujourd'hui, d'une part, et a "corrigé" quelque chose dans la façon d'écrire le théâtre, d'autre part. Le drame romantique (bon d'accord, ce n'est pas une comédie pure, mais il y a des scènes comiques) a d'un certain point de vue corrigé les moeurs littéraires et la façon de voir les puissants. En gros : si une pièce fait son boulot (corriger les moeurs), cesse-t-elle d'être utile ? donc représentée ? Mais alors, est-ce qu'une comédie doit être utile ?

Il ne faut pas oublier la dimension propre au genre théâtrale qui est celle de la représentation, le fait que le texte est joué sur scène par des comédiens, dans une mise en scène et devant un public. Cela a certainement un impact plus fort lorsqu'il s'agit de corriger les moeurs, comme le cinéma a plus d'impact qu'un roman.

Bon, ce sont des idées en vrac. Fais-en ce que tu veux.

Bon courage !

Marguerite

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Expliquer et discuter la devise castigat ridendo mores

Bonjours à tous,

Je bosse pas mal sur le sujet, j'ai bien défini ma problématique smile qui serait :

"La comédie a-t-elle une fonction de censeur efficace ?"

Avec un plan qui, comme l'a suggéré Jean-luc (et les autres) serait :

- Dans quelle mesure, comment la comédie peut-elle guérir les mœurs ?
- La comédie a une fonction de censeur très efficace
- Les limites de la comédie

Voilà j'espère ne pas me tromper de route encore une fois hmm