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Mauriac, Thérèse Desqueyroux - Cette odeur de cuir moisi des anciennes voitures...

Bonjour, je suis élève de 1eS. J’ai un commentaire littéraire à faire et je n’arrive pas à trouver un plan convenable.
Le sujet est : Commentez le texte de François Mauriac, depuis « Cette odeur de cuir... » jusqu’ à : « ...l’affaire est arrangée.» (texte en violet)

Voici le texte :
Thérèse a tenté d’empoisonner son mari, Bernard Desqueyroux. Mais grâce à un faux
témoignage de ce dernier, elle a échappé à toute poursuite judiciaire et se retrouve libre.
Ayant quitté Bordeaux, elle rentre, durant la nuit, à Argelouse, où l’attend Bernard.

Cette odeur de cuir moisi des anciennes voitures, Thérèse l'aime... Elle se console
d'avoir oublié ses cigarettes, détestant de fumer dans le noir. Les lanternes éclairent les talus,
une frange de fougères, la base des pins géants. Les piles de cailloux détruisent l'ombre de
l'équipage. Parfois passe une charrette et les mules d'elles-mêmes prennent la droite sans que
bouge le muletier endormi. Il semble à Thérèse qu'elle n'atteindra jamais Argelouse ; elle
espère ne l'atteindre jamais ; plus d'une heure de voiture jusqu'à la gare de Nizan ; puis ce
petit train qui s'arrête indéfiniment à chaque gare. De Saint-Clair même où elle descendra
jusqu'à Argelouse, dix kilomètres à parcourir en carriole (telle est la route qu'aucune auto
n'oserait s'y engager la nuit). Le destin, à toutes les étapes, peut encore surgir, la délivrer ;
Thérèse cède à cette imagination qui l'eût possédée, la veille du jugement, si l'inculpation
avait été maintenue : l'attente du tremblement de terre. Elle enlève son chapeau, appuie contre
le cuir odorant sa petite tête blême et ballottée, livre son corps aux cahots. Elle avait vécu,
jusqu'à ce soir, d'être traquée ; maintenant que la voilà sauve, elle mesure son épuisement.
Joues creuses, pommettes, lèvres aspirées, et ce large front, magnifique, composent une figure
de condamnée oui, bien que les hommes ne l'aient pas reconnue coupable, condamnée à la
solitude éternelle. Son charme, que le monde naguère disait irrésistible, tous ces êtres le
possèdent dont le visage trahirait un tourment secret, l'élancement d'une plaie intérieure, s'ils
ne s'épuisaient à donner le change. Au fond de cette calèche cahotante, sur cette route frayée
dans l'épaisseur obscure des pins, une jeune femme démasquée caresse doucement avec la
main droite sa face de brûlée vive. Quelles seront les premières paroles de Bernard dont le
faux témoignage l'a sauvée ? Sans doute ne posera-t-il aucune question, ce soir... mais
demain ? Thérèse ferme les yeux, les rouvre et, comme les chevaux vont au pas, s'efforce de
reconnaître cette montée. Ah ! ne rien prévoir. Ce sera peut-être plus simple qu'elle n'imagine.
Ne rien prévoir. Dormir... Pourquoi n'est-elle plus dans la calèche ? Cet homme derrière un
tapis vert : le juge d'instruction... encore lui... Il sait bien pourtant que l'affaire est arrangée. Sa
tête remue de gauche à droite : l'ordonnance de non-lieu1 ne peut être rendue, il y a un fait
nouveau. Un fait nouveau ? Thérèse se détourne pour que l'ennemi ne voie pas sa figure
décomposée. « Rappelez vos souvenirs, madame. Dans la poche intérieure de cette vieille
pèlerine _ celle dont vous n'usez plus qu'en octobre, pour la chasse à la palombe, n'avez-vous
rien oublié, rien dissimulé ? » Impossible de protester ; elle étouffe. Sans perdre son gibier des
yeux, le juge dépose sur la table un paquet minuscule, cacheté de rouge. Thérèse pourrait
réciter la formule inscrite sur l'enveloppe et que l'homme déchiffre d'une voix coupante :
Chloroforme : 30 grammes.
Aconitine : granules n° 20.
Digitaline sol. : 20 grammes.
Le juge éclate de rire... Le frein grince contre la roue. Thérèse s'éveille ; sa poitrine
dilatée s'emplit de brouillard (ce doit être la descente du ruisseau blanc). Ainsi rêvait-elle,
adolescente, qu'une erreur l'obligeait à subir de nouveau les épreuves du Brevet simple. Elle
goûte, ce soir, la même allégeance2 qu'à ses réveils d'alors : à peine un peu de trouble parce
que le non-lieu n'était pas encore officiel : « Mais tu sais bien qu'il doit être d'abord notifié à
l'avocat... »
Libre... que souhaiter de plus ? Ce ne lui serait qu'un jeu de rendre possible sa vie
auprès de Bernard. Se livrer à lui jusqu'au fond, ne rien laisser dans l'ombre : voilà le salut.
Que tout ce qui était caché apparaisse dans la lumière, et dès ce soir. Cette résolution comble
Thérèse de joie.

Je pensais faire :

I Description
  A] de la calèche
  B] de la femme
  C] du paysage

II Etude d’une psychologie (ses sentiments)
  A] ses regrets
  B] ses doutes

III ?


Voilà le I je ne suis pas sur et je ne trouve pas pour le III. Merci d’avance.

Mauriac, Thérèse Desqueyroux - Cette odeur de cuir moisi des anciennes voitures...

Je ne peux pas t'aider autant que tu le souhaiterais car ma lecture de ce roman date trop. Mais je peux rectifier ton premier travail pour t'éviter des erreurs importantes : tu ne peux faire un I comme cela, avec une liste de descriptions. C'est sans intérêt.

Penche-toi beaucoup plus sur le point de vue interne dans de nombreux passges de ce texte, qui permet de nous plonger "dans la peau" du personnage. Etudie comment l'auteur procède pour cela (ce qu'elle voit, les questions qu'elle se pose, verbe de pensée, de sentiments...). mais surtout tout un passage raconte son rêve sans que l'auteur ne nous le signale, comme si c'était une réalité. C'est à étudier dans une sous-partie. Les points de suspension sont abondants car tout est un peu décousu, un peu flou dans ce passage. Rêve et réalité se mêlent

Dans ce texte, il y a un mélange constant entre le moment présent ( le moment où elle est dans le train), et le passé (le procés), même par moment le futur quand elle pense à l'accueil de Bernard.

D'autre part, il faut t'interroger sur la place de cet extrait dans l'oeuvre. En quoi est-il important ? Qu'apporte-t-il ? Quelle question plane pour la suite (je ne sais plus si ça finit ainsi ou si elle retrouve Bernard)

Tu as aussi l'écart entre le portrait de Thérèse avant et après. cela montre l'impact de cet épisode dans sa vie. Travaille aussi sur l'ambiance (bruits, couleurs, lumières...)

Enfin c'est un passage très riche, il y a beaucoup de choses à dire ! A toi de voir après comment les organiser. Mais ne fais pas description/psychologie, ce serait une erreur. C'est un extrait de roman, il faut voir ce qu'il apporte dans l'histoire et comment il est écrit pour cela.

Mauriac, Thérèse Desqueyroux - Cette odeur de cuir moisi des anciennes voitures...

Bonjour j'ai un commentaire à faire sur un extrait du roman de François Mauriac  : Thérèse Desqueyroux

Voici l'extrait :

Thérèse a tenté d’empoisonner son mari, Bernard Desqueyroux. Mais grâce à un faux
témoignage de ce dernier, elle a échappé à toute poursuite judiciaire et se retrouve libre.
Ayant quitté Bordeaux, elle rentre, durant la nuit, à Argelouse, où l’attend Bernard.

Cette odeur de cuir moisi des anciennes voitures, Thérèse l'aime... Elle se console
d'avoir oublié ses cigarettes, détestant de fumer dans le noir. Les lanternes éclairent les talus,
une frange de fougères, la base des pins géants. Les piles de cailloux détruisent l'ombre de
l'équipage. Parfois passe une charrette et les mules d'elles-mêmes prennent la droite sans que
bouge le muletier endormi. Il semble à Thérèse qu'elle n'atteindra jamais Argelouse ; elle
espère ne l'atteindre jamais ; plus d'une heure de voiture jusqu'à la gare de Nizan ; puis ce
petit train qui s'arrête indéfiniment à chaque gare. De Saint-Clair même où elle descendra
jusqu'à Argelouse, dix kilomètres à parcourir en carriole (telle est la route qu'aucune auto
n'oserait s'y engager la nuit). Le destin, à toutes les étapes, peut encore surgir, la délivrer ;
Thérèse cède à cette imagination qui l'eût possédée, la veille du jugement, si l'inculpation
avait été maintenue : l'attente du tremblement de terre. Elle enlève son chapeau, appuie contre
le cuir odorant sa petite tête blême et ballottée, livre son corps aux cahots. Elle avait vécu,
jusqu'à ce soir, d'être traquée ; maintenant que la voilà sauve, elle mesure son épuisement.
Joues creuses, pommettes, lèvres aspirées, et ce large front, magnifique, composent une figure
de condamnée oui, bien que les hommes ne l'aient pas reconnue coupable, condamnée à la
solitude éternelle. Son charme, que le monde naguère disait irrésistible, tous ces êtres le
possèdent dont le visage trahirait un tourment secret, l'élancement d'une plaie intérieure, s'ils
ne s'épuisaient à donner le change. Au fond de cette calèche cahotante, sur cette route frayée
dans l'épaisseur obscure des pins, une jeune femme démasquée caresse doucement avec la
main droite sa face de brûlée vive. Quelles seront les premières paroles de Bernard dont le
faux témoignage l'a sauvée ? Sans doute ne posera-t-il aucune question, ce soir... mais
demain ? Thérèse ferme les yeux, les rouvre et, comme les chevaux vont au pas, s'efforce de
reconnaître cette montée. Ah ! ne rien prévoir. Ce sera peut-être plus simple qu'elle n'imagine.
Ne rien prévoir. Dormir... Pourquoi n'est-elle plus dans la calèche ? Cet homme derrière un
tapis vert : le juge d'instruction... encore lui... Il sait bien pourtant que l'affaire est arrangée.

Cependant comme à mon habitude j'ai toujours du mal à trouver un plan bien distinct .

Je sais qu'il faudrait parler du point de vue Omniscient ( interne ? ) je ne sais pas trop .
d'autre part le mélange du passé et du présent .
Établir un bilan psychologique de Thérèse ( son évolution )
Mais idées s'arrêtent là . Pourriez vous m'aider à les " trier " de façon logique car je ne vois pas vraiment comment aborder les choses .

4 (Édité par Delia 19/05/2012 à 20:08)

Mauriac, Thérèse Desqueyroux - Cette odeur de cuir moisi des anciennes voitures...

Commencez par votre lecture analytique, et n'oubliez pas qu'il s'agit d'un chapitre de roman, qui a donc une fonction narrative.
Travaillez sur la fonction narrative, et le reste vous sera donné de surcroît.

Mauriac, Thérèse Desqueyroux - Cette odeur de cuir moisi des anciennes voitures...

Je ne comprends pas exactement où vous voulez en venir ...

6 (Édité par Delia 19/05/2012 à 21:02)

Mauriac, Thérèse Desqueyroux - Cette odeur de cuir moisi des anciennes voitures...

C'est très simple : vous avez à expliquez un extrait de roman.
Un roman est une construction narrative (vous devez bien connaitre les fameux schémas, le schéma dramatique, ou schéma quinaire, et le schéma actanciel).
Etudier un passage de roman c'est dire à quel stade de la narration il se place, et à quel stade de la fiction, et quelle est sa fonction, c'est-à-dire en quoi il fait ou ne fait pas) avancer l'action. La fiction étant les évènements narrés, la narration le texte qui les ... narre. L'ordre de la narration ne suit pas forcément l'ordre de la fiction, comme dans l'Odyssée. Autant qu'il m'en souvienne, Thérèse Desqueyroux est bâtie sur une analepse, le monologue intérieur de Thérèse lors de son retour à Argelouse.

Votre passage est donc situé à la fin de la fiction (Thérèse est acquittée, fin de l'histoire) et au début de la narration. Cela fait longtemps que j'ai lu le roman, mais je me demande si  ce n'est pas là la première page, l'incipit, qui sert à créer l'atmosphère et  à susicter ce que l'on nomme pompeusement les horizons d'attente du lecteur. En ce cas, le lecteur ignore encore les faits que vous résumez dans votre chapeau de présentation, et vous n'avez donc pas à en tenir compte dans votre commentaire, puisque vous êtes censé l'ignorer.
C'est donc là-dessus que vous devez travailler : les caractéristiques de cet incipit.
Oubliez le bilan psychologique : Thérèse est un personnage fictif, un personnage de papier, les personnages de papier n'ont pas de psychologie. Ce qu'il faut étudier, ce sont les procédés dont use l'auteur pour nous faire croire à la réalité de ces personnages. Quant à l'évolution... Cela ne peut s'étudier que sur la totalité du texte pas sur vingt lignes.
Travaillez la focalisation, c'est impératif pour tout passage de roman.

Ne faites votre plan que lorsque vous aurez fait toutes les remarques utiles.

Mauriac, Thérèse Desqueyroux - Cette odeur de cuir moisi des anciennes voitures...

J'ai relu plusieurs fois ce que vous m'avez dis mais je ne suis pas sûr de tout comprendre je n'ai pas encore vu ça en première S je vais essayer tout de même .

Mauriac, Thérèse Desqueyroux - Cette odeur de cuir moisi des anciennes voitures...

Qu'est-ce que vous n'avez pas encore vu au mois  de mai ?
Le programme de première compte parmi les quatre objets d'étude communs à toutes les séries  : le personnage de roman du XVIIe siècle à nos jours. En seconde, vous aviez vu : le roman et la nouvelle au XIXe siècle, réalisme et naturalisme.
Dans un cas, l'accent est mis sur l'histoire littéraire, dans l'autre sur la construction du personnage, mais de toutes façons vous avez bien dû vous interroger sur la structure du récit :
état initial
perturbation
réparation
état final,
ainsi que sur le schéma actanciel : sujet/objet, destinateur/destinataire, adjuvant/opposant.
Pour étudier le personnage vous ne pouviez pas faire l'économie de ce schéma.

Je reprends lentement : vous devez commenter la première page d'un roman. Qu'est-ce que cette première page nous apprend, que nous fait-elle attendre ? Comment crée-t-elle l'atosphère ? Quelle est la focalisation ?

Mauriac, Thérèse Desqueyroux - Cette odeur de cuir moisi des anciennes voitures...

Tu devrais lire ce qui précède ton message.
Bien sûr le point de vue est interne, c'est même la base de tout... L'auteur nous plonge dans la tête du personnage (pour faire simple) et tu dois étudier comment et quel effet cela produit. D'autre part si c'est l'incipit, comme je le pense aussi, tu dois chercher en quoi il est surprenant par rapport à ce qu'on attend traditionnellement à la première page d'un livre. Et Delia a bien raison d'attirer ton attention sur un fait : est-ce que le schéma narratif normal (l'ordre normal du récit) est respecté ici ? Première S ou pas, l'incipit, le point de vue et le schéma narratif sont les bases que tu dois bien avoir apprises depuis longtemps...
Sinon pour l'instant il n'y a pas tellement d'idées à mettre en ordre car comme Delia l'a dit aussi il faut d'abord faire l'analyse du texte : champs lexicaux, types de phrase (interessant ici), temps verbaux, figures de style, construction du passage, ponctuation... Ensuite tu auras de quoi remplir les parties de ton commentaire.

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Mauriac, Thérèse Desqueyroux - Cette odeur de cuir moisi des anciennes voitures...

D'accord je commence à comprendre . je vais faire une liste de tout ce que l'on peut trouver . Cependant je n'ai pas vu schéma actanciel . Merci bien  smile  je vous recontacte une fois cela fait .