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Les plus beaux textes de la littérature française

Un de mes poèmes préférés : Parfum exotique de Beaudelaire :

Quand les deux yeux fermés en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone

Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux
Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne

Guidé par ton odeur vers de charmants climats
Je vois un port rempli de voiles et de mats
Encore tot fatigués par la vague marine

Pendant que le parfum des verts tamariniers
Qui circule dans l'air et m'enfle la narine
Se même dans mon âme au chant des mariniers.

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Les plus beaux textes de la littérature française

Pour moi, le monologue de Lorenzo dans le "Lorenzaccio" de Musset a été un de mes coups de foudre  big_smile

Acte III scène 3

Tu me demandes pourquoi je tue Alexandre ? Veux tu donc que je m'empoisonne, ou que je saute dans l'Arno ? Veux tu donc que je sois un spectre, et qu'en frappant sur ce squelette, il n'en sorte aucun son ? Songes tu que ce meurtre, c'est tout ce qui me reste de ma vertu ? Songes tu que je glisse depuis deux ans sur un mur taillé à pic, et que ce meurtre est le seul brin d'herbe où j'aie pu cramponner mes ongles ? Crois-tu que je n'aie plus d'orgueil, parce que je n'ai plus de honte ? et veux tu que je laisse mourir en silence l'énigme de ma vie ? Oui, cela est certain, si je pouvais revenir à la vertu, si mon apprentissage de vice pouvait s'évanouir, j'épargnerais peut petre ce conducteur de boeufs. Mais j'aime le vin, le jeu et les filles, comprends tu cela ? Si tu honores en moi quelque chose, toi qui me parles, c'est mon meurtre que tu honores, peut-être  justement que tu ne le ferais pas. Voilà assez longtemps, vois tu, que les républicains me couvrent de boue et d'infamie ; voilà assez longtemps que les oreilles me tintent, et que l'exécration des hommes empoisonnent le pain que je mâche, j'en ai assez de me voir conspué par des lâches sans nom qui m'accablent d'injures pour se dispenser de m'assomer, comme ils le devraient. J'en ai assez d'entendre brailler en plein vent le bavardage humain, il faut que le monde sache un peu qui je suis, et qui il est. Dieu merci, c'est peut-être demain que je tue Alexandre, dans deux jours j'aurai fini. Ceux qui tournent autour de moi avec des yeux louches, comme autour d'une curiosité monstrueuse importée d'Amérique, pourront satisfaire leur gosier et vider leur sac à paroles. Que les hommes me comprennent ou non, qu'ils agissent ou n'agissent pas, j'aurai dit aussi ce que j'ai à dire, je leur ferai tailler leur plume si je ne leur fais pas nettoyer leurs piques, et l'humanité gardera sur sa joue le soufflet de mon épée marquée en traits de sang. Qu'ils m'appellent comme ils voudront, Brutus ou Erostrate, il ne me plaît pas qu'ils m'oublient. Ma vie entière est au bout de ma dague, et que la Providence retourne ou non la tête en m'entendant frapper, je jette la nature humaine à pile ou face sur la tombe d'Alexandre, dans deux jours, les hommes comparaîtront  devant le trubunal de ma volonté.

Voilà, je ne sais pas pourquoi ce texte me paraissait aussi frappant, peut-être l'amertume qu'il contient, la violence, et en même temps l'impatience qu'il a d'en finir ...
Je l'ai eu à l'oral de mon bac de français, et je n'ai jamais pris autant de plaisir ni mis autant de soin à lire un texte à voix haute  smile

PS : veuillez m'excuser pour les éventuelles fautes, je l'ai recopié de mon carnet et vu mon écriture, les erreurs sont plus que probables ... 

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Les plus beaux textes de la littérature française

Bonne idée de sujet , j'y ai vraiment trouvé de beaux textes. Pour ma part, la réplique que le personnage de Hoederer adresse à Hugo dans les Mains sales de J.P Sartre est celle qui m'a le plus marquée.

"Comme tu tiens à ta pureté, mon petit gars. Comme tu as peur de te salir les mains. Eh bien reste pur ! A quoi cela servira-t-il et pourquoi viens-tu parmi nous ? La pureté, c’est une idée de fakir et de moine. Vous autres, les intellectuels, les anarchistes bourgeois, vous en tirez prétexte pour ne rien faire. Ne rien faire, rester immobile, serrer les coudes contre le corps, porter des gants. Moi j’ai les mains sales. Jusqu’aux coudes. Je les ai plongées dans la merde et dans le sang. Et puis après ? Est-ce que tu t’imagines qu’on peut gouverner innocemment ? "

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Les plus beaux textes de la littérature française

Personnellement, tout comme Arebours, je reste très attaché aux Nuits de Musset, et particulièrement à la Nuit de Mai...

Et encore plus particulièrement, le célèbre passage du Pélican...

"Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots.
Lorsque le pélican, lassé d'un long voyage,
Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,
Ses petits affamés courent sur le rivage
En le voyant au loin s'abattre sur les eaux.
Déjà, croyant saisir et partager leur proie,
Ils courent à leur père avec des cris de joie
En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.
Lui, gagnant à pas lent une roche élevée,
De son aile pendante abritant sa couvée,
Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.
Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte;
En vain il a des mers fouillé la profondeur;
L'océan était vide et la plage déserte;
Pour toute nourriture il apporte son cœur.
Sombre et silencieux, étendu sur la pierre,
Partageant à ses fils ses entrailles de père,
Dans son amour sublime il berce sa douleur;
Et, regardant couler sa sanglante mamelle,
Sur son festin de mort il s'affaisse et chancelle,
Ivre de volupté, de tendresse et d'horreur.
Mais parfois, au milieu du divin sacrifice,
Fatigué de mourir dans un trop long supplice,
Il craint que ses enfants ne le laissent vivant;
Alors il se soulève, ouvre son aile au vent,
Et, se frappant le cœur avec un cri sauvage,
Il pousse dans la nuit un si funèbre adieu,
Que les oiseaux des mers désertent le rivage,
Et que le voyageur attardé sur la plage,
Sentant passer la mort se recommande à Dieu."

Ahlalala.. *soupir* Qu'est-ce que c'est beau...

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Les plus beaux textes de la littérature française

J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant et de baiser
sur cette bouche la naissance de la voix qui m'est chère?
J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués en étreignant ton ombre, à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute.
O balances sentimentales.
J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps sans doute que je m'éveille. Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l'amour et toi, la seule qui compte aujourd'hui pour moi, je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venus.
J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme qu'il ne me reste plus peut-être, et pourtant, qu'à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois que l'ombre qui se promène et se promènera allégrement sur le cadran solaire de ta vie.

Et puis encore...

Comme une main à l'instant de la mort et du naufrage se dresse comme les rayons du soleil couchant, ainsi de toutes parts jaillissent tes regards.
Il n'est plus temps, il n'est plus temps peut-être de me voir,
Mais la feuille qui tombe et la roue qui tourne te diront que rien n'est perpétuel sur terre,
Sauf l'amour,
Et je veux m'en persuader.
Des bateaux de sauvetage peints de rougeâtres couleurs,
Des orages qui s'enfuient,
Une valse surannée qu'emportent le temps et le vent durant les longs espaces du ciel.
Paysages.
Moi, je n'en veux pas d'autres que l'étreinte à laquelle j'aspire,
Et meure le chant du coq,
Comme une main à l'instant de la mort se crispe, mon coeur se serre.
Je n'ai jamais pleuré depuis que je te connais.
J'aime trop mon amour pour pleurer.
Tu pleureras sur mon tombeau,
Ou moi sur le tien.
Il ne sera pas trop tard.
Je mentirai. Je dirai que tu fus ma maîtresse
Et puis vraiment c'est tellement inutile,
Toi et moi, nous mourrons bientôt.

                                    Robert Desnos, A la mystérieuse.

Et puis encore... Cette fois, c'est fini, je vous le promets!

Les faux beaux jours ont lui tout le jour, ma pauvre âme,
Et les voici vibrer aux cuivres du couchant,
Ferme les yeux, pauvre âme, et rentre sur-le-champ :
Une tentation des pires. Fuis l'infâme.

Ils ont lui tout le jour en longs grêlons de flamme,
Battant toute vendange aux collines, couchant
Toute moisson de la vallée, et ravageant
Le ciel tout bleu, le ciel chanteur qui te réclame.

Ô pâlis, et va-t-en, lente et joignant les mains.
Si ces hiers allaient manger nos beaux demains?
Si la vieille folie était encore en route?

Ces souvenirs, va-t-il falloir les retuer?
Un assaut furieux, le suprême, sans doute!
Ô, va prier contre l'orage, va prier.

                            Paul Verlaine, Sagesse.

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Les plus beaux textes de la littérature française

Entièrement d'accord avec J'ai tant rêvé de toi de Desnos.

Mais par contre, désolée de chipoter, mais j'en ai deux exemplaires sous les yeux, je me demande donc pourquoi ne pas avoir respecté la mise en page ?

C'est :

J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité

et non :

J'ai tant rêvé de toi
que tu perds ta réalité.

etc.

De même il n'y a pas de saut de ligne, pas de strophe.

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Deux extraits des Souffrances du jeune Werther de Goethe que je lis en ce moment m'ont percuté :

Charlotte était appuyée sur son coude ; elle promena ses regards sur la campagne, elle les porta vers le ciel, elle les ramena sur moi, et je vis ses yeux remplis de larmes. Elle posa sa main sur la mienne, et dit : " O Klopstock ! " Je me rappelai aussitôt l'ode sublime qui occupait sa pensée, et je me sentis abîmé dans le torrent de sentiments qu'elle versait sur moi en cet instant. Je ne pus le supporter : je me penchai sur sa main, que je baisai en la mouillant de larmes délicieuses ; et de nouveau je contemplai ses yeux...


Je la quittai en lui demandant la permission de la revoir le jour même ; elle y consentit, et je l'ai revue. Depuis ce temps, soleil, lune, étoiles, peuvent s'arranger à leur fantaisie ; je ne sais plus quand il est jour, quand il est nuit : l'univers autour de moi a disparu.

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Rococo japonais, extrait du Drageoir aux épices de Huysmans:

"O toi dont l'oeil est noir, les tresses noires, les chairs blondes, écoute-moi, ô ma folâtre louve!
J'aime tes yeux fantasques, tes yeux qui se retroussent sur les tempes; j'aime ta bouche rouge comme une baie de sorbier, tes joues rondes et jaunes; j'aime tes pieds tors, ta gorge roide, tes grands ongles lancéolés, brillants comme des valves de nacre.
J'aime, ô mignarde louve, ton énervant nonchaloir, ton sourire alangui, ton attitude indolente, tes gestes mièvres.
J'aime, ô louve câline, les miaulements de ta voix, j'aime ses tons ululants et rauques, mais j'aime par-dessus tout, j'aime à en mourir, ton nez, ton petit nez qui s'échappe des vagues de ta chevelkure, comme une rose jaune éclose dans un feuillage noir!"

FRISSON !  tongue

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Nine a écrit :

FRISSON !  tongue

Et comment !   tongue

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Ah ah, une amatrice  big_smile  tu connaissais, Euphémisme?