11

Incompréhension d'un tercet de Sponde

Bonsoir,

oui je "comprends" désormais les vers 12 et 13 (jusqu'à la "coupe" : on ne disait pas "virgule" au XVI° -nous a dit notre prof !) et cela va m'aider.

*Si vous avez une "astuce" pour que je saisisse la fin du vers 13 et le vers 14, je suis preneur cher Jean-Luc (sens de "mériter", "repos", "redonne" et "vie") !

=> Pourquoi/comment le repos lui redonnerait-il une vie terne ? S'il n'aime plus ? Donc pour Sponde le repos est une sorte de mal ? (c'est cela que je comprends !  )

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Incompréhension d'un tercet de Sponde

Je ne vois pas de difficulté.

Peut-être est-ce parce que je ne vois ni éloge ni critique dans cet état d'âme qui, en s'étalant, crée une correspondance avec ce qu'il voit.
La peine est suivie de repos à condition de ne pas en mourir.
La seule leçon est de ne pas se décourager. Il faut tenir le coup.

Mais il ne faut pas couper la phrase (est-ce de cela que vient la difficulté ?) Cette peine est suivie de repos si on garde assez de sang froid pour ne pas mourir.

Mais si on parle de sang froid, on établit une analogie avec le fleuve, et il vaut mieux l'éviter en parlant d'esprit constant.

Le passage de "je" à "il" correspond au mouvement de la méditation qui progresse:
1 - Le "Je" projette son état d'âme
2 - Le "Je" regarde et observe
3 - Le "Je" se réfléchit, ce qui transforme "je" en "il" qui est un "je" vu de loin, et vu de l'esprit.

"Il", qui est d'abord le fleuve (vers 8), devient le "Je" vu de loin qu'annonce le possessif "son" dans "son esprit" (l'esprit de "il" qui n'est pas encore nommé, mais qui est en train de naitre en se détachant de la peine) Et cela condamne un autre"il" qui meurt à la peine, et qui est le "je" d'avant la méditation, maintenant vu de loin.

Pour résumer en un mot, on peut dire que la pensée passe du mode binaire (je, tu), au mode ternaire (je, tu, il). Et vous avez presque le même problème de distribution (je, tu, il) quand vous essayez de comprendre un texte comme celui-ci.

Car il faut aussi se méfier des idées suggérées par les critiques , les historiens de l'histoire littéraire, et même par les professeurs, car en les lisant et en les écoutant, on apprend ce qu'ils pensent, eux. C'est intéressant, mais ce n'est pas du tout la même chose que ce dit et pense l'auteur. Si vous avez en tête l'idée que le poète est précieux, vous allez chercher à reconnaitre ce trait, tout comme quand vous rencontrez quelqu'un dont on vous a dit du mal, vous n'écoutez plus vraiment ce qu'il vous dit parce que vous êtes prévenu contre lui. Il y a des auteurs comme Pascal ou Rousseau dont on dit des choses ahurissantes à force d'en rajouter sur des commentaires qui en engendrent d'autres. Et dans ce cas, si vous voulez plaire, vous êtes obligés de deviner ce qu'on veut vous faire dire.

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Incompréhension d'un tercet de Sponde

Bonsoir,

merci pour votre intervention.

Il y a bien difficulté puisque pour vous "repos" ne signifie pas "mort" (v11) et le "si" ne signifie pas la concession mais la condition !

=> Je comprends les vers 11 et 12 ainsi : On aura beau être constant, on ne pourra rien contre la mort.

=> Je comprends les vers 13 et 14 ainsi : ("meurt" comme l'a proposé Jean-Luc, au sens de "persévère, se consume") : "repos" ne signifie plus "mort" : mais de quel type de repos s'agit-il alors ? Et comment pourrait-il rendre la "vie" ? Quelle vie ?
Mais si "repos" signifie bien en fait "mort", alors cela m'est bien obcur : comment la mort redonnerait-elle une vie ?

Vous l'aurez compris, la clausule m'est totalement obscure et tout le sens du texte m'échappe alors.

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Incompréhension d'un tercet de Sponde

Mais pourquoi changer le sens des mots ?

Sponde écrit que la peine dont on souffre sera guérie par le repos si on a un esprit constant, mais que si on n'a pas cette constance et se laisse mourir, on ne profitera plus de la vie.

C'est tout de même simple.

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Incompréhension d'un tercet de Sponde

Bonsoir,

J'espère ne pas trop dérailler !

Je commencerai par quelques règles simples pour interpréter ce texte :
- les hypothèses de lecture doivent rendre compte de tout le texte,
- le texte doit être interprété dans le contexte culturel de son temps,
- le sonnet obéit à des règles dont celle de l'habileté qui oppose quatrains et tercets dans un retournement final appelé chute, voir ici.
Ce sonnet me paraît précieux en raison des thèmes traités (mer, passion, orage, souffrance) et de leur traitement qui consiste à jouer sur les mots pour faire naître des perspectives originales. Voir Marbeuf.

La compréhension de ce sonnet passe par des difficultés lexicales. Nous utiliserons le Littré pour tenter de les résoudre.
D'abord le terme « peine »

Littré a écrit :

En termes de galanterie, les souffrances des amants. ? ....Que sent-on [dans l'amour] ? Des peines près de qui le plaisir des monarques Est ennuyeux et fade : on s'oublie, on se plaît Toute seule en une forêt, LA FONT., Fabl. VIII, 13 ? ... J'ai couru partout où ma perte certaine Dégageait mes serments et finissait ma peine, RAC., Andr. II, 2

Le poète précieux fait de la souffrance passionnelle un signe d'élection et une source d'inspiration pour son art.

S'il le sentait si bien, il aurait plus de flots,
L'Amour est de la peine et non point du repos,
Mais cette peine enfin est du repos suivie,

Si son esprit constant la défend du trépas ;
Mais qui meurt en la peine il ne mérite pas
Que le repos jamais lui redonne la vie.

Dans l'avant-dernier vers, le mot "peine" a peut-être cet autre sens :

Littré a écrit :

Manque de disposition à, de volonté pour. ? On a peine à haïr ce qu'on a bien aimé, CORN., Sertor. I, 3 ? Si contre lui j'ai peine à croire ces témoins, CORN., Nicom. III, 8 ? Nous avons considéré, à l'égard des valets, la peine qu'ils ont, quand ils sont gens de conscience, à servir des maîtres débauchés, PASC., Prov. VI ? J'ai peine à contempler son grand coeur [de Charles Ier] dans ces dernières épreuves, BOSSUET, Reine d'Anglet. ? Il eut une peine extrême à m'aborder, FÉN., Tél. X ? Je n'aime point les gens qui renversent les lois de leur patrie : mais j'aurais de la peine à croire que César et Cromwell fussent de petits esprits, MONTESQ., Déf. Espr. lois, part. 1 ? On a de la peine à croire que le parlement, en 1621, défendit, sous peine de mort, de rien enseigner de contraire à Aristote, VOLT., Moeurs, 180

Ici peine serait l'antonyme de constant. Les deux mots sont à la fin de l'hémistiche d'ailleurs.

Le dernier vers est difficile à interpréter.
Se présentent deux hypothèses :
Meurt est à prendre au sens strict (décède) alors repos est un synonyme de mort,
ou au sens figuré (persévère), alors repos = convalescence.

Le dernier vers pour être une belle chute en antithèse concluante nécessite le premier sens.

Redonner vie peut être une allusion à l'autre vie du croyant. Mais l'expression peut signifier aussi :

Littré a écrit :

Fig. Donner, redonner, rendre la vie, se dit de ce qui rassure, ranime, réconforte. ? Par votre lettre qui me donne la vie, nous voyons votre triomphe quasi assuré, SÉV., 175 ? Pour cet hiver, l'espérance de vous avoir me donne la vie, SÉV., 28 mars 1676 ? Ah ! je respire, Arsace, et tu me rends la vie, RAC., Bérén. III, 2

On pourrait donc comprendre que celui qui persévère (ou meurt) dans son manque de volonté, de constance ne mérite pas que la mort l'apaise.

Quel est le bien véritable ? La paix, l'absence de passion ou la constance dans l'amour. Sponde répond la seconde en cette vie, la première dans l'autre. Rappelons que la prière des morts chrétienne est contenue dans l'invocation : "Qu'ils reposent en paix !"

Sponde passe insensiblement de l'amour galant à l'amour mystique, celui de la créature qui souffre d'être séparée de son Dieu et qui aspire à la paix de l'union extatique après la mort.

La difficulté d'interprétation tient justement à ce que les précieux jouent habilement sur tous les sens du mot. En plus, Sponde qui est un protestant convaincu cherche sans doute à conjurer par la rigueur morale l'inconstance de la vie, un thème éminemment baroque.

Je finirai cette tentative par d'autres poèmes du même Sponde qui me semblent évoquer la même thématique. Rien n'est plus éclairant que de tenter de comprendre un auteur par ses textes.

Sponde a écrit :

Il est vrai, mon amour était sujet au change,
Avant que j'eusse appris d'aimer solidement,
Mais si je n'eusse vu cet astre consumant,
Je n'aurais point encor acquis cette louange.

Ore je vois combien c'est une humeur étrange
De vivre, mais mourir, parmi le changement,
Et que l'amour lui-même en gronde tellement
Qu'il est certain qu'enfin, quoi qu'il tarde, il s'en venge.

Si tu prends un chemin après tant de détours,
Un bord après l'orage, et puis reprends ton cours,
Et l'orage aux détours, il survient le naufrage

Une erreur on dira que tu l'as mérité.
Si l'amour n'est point feint, il aura le courage
De ne changer non plus que fait la vérité.

Sponde a écrit :

Les vents grondaient en l'air, les plus sombres nuages
Nous dérobaient le jour pêle-mêle entassés,
Les abîmes d'enfer étaient au ciel poussés,
La mer s'enflait des monts, et le monde d'orages ;

Quand je vis qu'un oiseau délaissant nos rivages
S'envole au beau milieu de ces flots courroucés,
Y pose de son nid les fétus ramassés
Et rapaise soudain ces écumeuses rages.

L'amour m'en fit autant, et comme un Alcyon
L'autre jour se logea dedans ma passion
Et combla de bonheur mon âme infortunée.

Après le trouble, enfin, il me donna la paix :
Mais le calme de mer n'est qu'une fois l'année
Et celui de mon âme y sera pour jamais.

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Incompréhension d'un tercet de Sponde

Bonjour Jean-Luc,

un immense merci à vous qui ne pouviez pas mieux faire pour éclairer ma lanterne ! Merci d'y avoir passé semble-t-il un certain temps !

Forever-L,
désormais amoureux de Sponde  tongue