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Plaire dans la tradition classique

Bonjour à tous et à toutes,

Je relisais mon Lagarde et Michard et je dois avouer mon étonnement devant la conception classique du rapport au public. Racine comme Boileau s'accordent à dire que le public seul juge si une pièce est bonne.
Qu'en penser ?

Quelqu'un pourrait-il apporter des nuances ? La grande règle de toutes les règles est-elle de plaire comme le disait Dorante ?

Parce que si je vais jusqu'au bout du raisonnement, cela signifie qu'un écrivain doit répondre à une demande, à des horizons d'attente, et James Bond est un sommet de la littérature. 

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Plaire dans la tradition classique

Certes, mais au 17e siècle, le public littéraire était homogène et sociologiquement limité (pour faire vite) aux classes supérieures. Il n'y avait donc pas de débats du genre "Harry Potter, est-ce de la littérature", ou "Est-ce que le Rap vaut Mozart".

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Plaire dans la tradition classique

Merci pour ce trait d'esprit et cette lucidité smile

En réalité, je trouve cet angle résolument optimiste : ils croyaient en l'honnête homme.

J'ai remarqué que les démocraties ont tendance à annihiler ce sens de l'honneur, ce sens de la responsabilité, ce sens du goût aussi, du cultivé sans être pédant, distingué sans être précieux, réfléchi, mesuré, discret, galant sans fadeur, brave sans forfanterie, l'honnête homme se caractérise par une élégance à la fois extérieure et morale qui ne conçoit que dans une société très civilisée et très disciplinée. Jamais parvenu, il a la noblesse du coeur et ne montre aucune morgue et il sait distinguer le mérite personnel.

L'écrivain classique est un honnête homme qui écrit pour les honnêtes gens.

Il a l'élégance de ne pas étaler son orgueil, la pudeur de ne pas étaler son moi. Ouvert à toutes les questions qui peuvent intéresser un esprit distingué, il ne veut point passer pour un spécialiste ; en revanche, il ne se donne pas pour un prophète ou pour un mage.


Je cite Lagarde et Michard et constate que l'honnête homme se fait rare !

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Plaire dans la tradition classique

Bonsoir.
Une lecture complémentaire : le premier chapitre des Caractères de La Bruyère, "des ouvrages de l'esprit".

Plaire dans la tradition classique

Certes, mais au 17e siècle, le public littéraire était homogène et sociologiquement limité (pour faire vite) aux classes supérieures. Il n'y avait donc pas de débats du genre "Harry Potter, est-ce de la littérature", ou "Est-ce que le Rap vaut Mozart".

Pourtant, à la fin du XVIIe, il y a bien la querelle des Anciens et des Modernes. Les termes ne sont peut-être pas tout à fait ceux-là, mais je crois que c'est tout de même important.
Aussi, cette honnête société n'était pas dans l'ignorance de l'existence d'un art populaire : s'il n'y avait pas débat pour savoir lequel de Lully ou du violiste du coin faisait un vrai musicien, c'est que tout le monde s'accordait à dire que l'art populaire n'en était pas un, je suppose.

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Plaire dans la tradition classique

Oui, d'autant plus que Perrault s'exaltait en revendiquant une filiation populaire dans ses contes. Il y avait disons de la pureté dans ce terreau, ces traditions. Mais de là on a confondu honnêteté et sincérité (sincerus...)

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Plaire dans la tradition classique

Permettez-moi de revenir pour vous demander quelle est la différence entre le gentilhomme et l'honnête homme ?

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Plaire dans la tradition classique

"Gentilhomme" est synonyme de membre de l'aristocratie. "Honnête homme" correspond à un idéal de culture, d'équilibre et de modération dont tu trouveras facilement les détails dans toutes les bonnes quincailleries.

Sinon, Jérémy, il y a longtemps que je voulais te demander une chose: accepterais-tu de changer ton smiley personnel? Parce que la tête de clown que tu utilises donne toujours un peu le sentiment que tu es en train de ricaner ou de te moquer de ton interlocuteur. Ça m'agace!  smile

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Plaire dans la tradition classique

C'est demandé si gentiment smile

A un point tel que j'en suis à hésiter... Mais le problème, c'est qu'il est difficile de le remplacer par mieux pour me désigner... Je ne me moque pas, en plus... Jamais, tu le sais.

Honnête homme,

wink

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Il y avait même dans le public parisien et la cour des chicaneurs qui n'hésitaient pas à critiquer certaines "libertés" artistiques... Certaines "équivoques"... comme disait Racine qui était, par ailleurs, critiqué pour sa pièce des Plaideurs.
Alors, je ne sais pas si le fait de plaire à un "public", aussi restreint soit-il, soit preuve de raffinement dans le jugement critique. Ce qui est sûr est que "ce qui plaît globalement ne plaît pas profondément" comme le disait si bien Stendhal. Du moins, j'en suis persuadé.

Honnêtement, la question me préoccupe. Parce que quand les classiques disaient "il faut plaire au public", ils ne sont pas loin de partager le même sentiment que les auteurs à Best Seller d'aujourd'hui.

Et... ça me fait froid dans le dos.