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Pascal, Pensées, Les dangers de l'imagination, fragment 78

Bonjour à tous, je suis élève en première Es et en pleine révision pour le BAC qui se profile à l'horizon (trop vite...)
J'aurai besoin d'un peu d'aide concernant une lecture analytique que l'on a faite en classe, qui relève un peu trop à mon goût de la philo ( j'ai donc quelques difficultés...) Ce texte est celui de Blaise Pascal, tiré de Pensées. Il s'agit du fragment 78, qui traite des dérives de l'imagination. Ma problématique est la suivant : Comment l'imagination blâmable peut elle être mise au service de la vérité. Mes deux axes sont : I le procès de l'imagination
II Quand l'imagination se met au service de la vérité
La première partie me donne du fil à retordre. Il s'agit d'un commentaire que l'on a fait en classe en début d'année et lorsque je relis mes notes j'ai du mal à les rattacher au texte.
Est ce que je peux vous donner le plan détaillé de mon commentaire tel quel et avoir vos avis, votre aide, que vous m'éclairiez un peu ?
I Le procès de l'imagination
1) L'imagination plonge les hommes dans l'erreur
- Plusieurs mots se réfèrent à cette tromperie
champ lexical erreur " maîtresse d'erreur", "fausseté", "fourbe" => Personnification
Opposition vrai/faux => Aucune possibilité de vérifier en amont
=> Raisonnement logique ( homme de sciences ) démonstration de mathématiques, théorèmes

2) Le "masque" = l'image que l'on présente
Elle peut être utilisée en toutes circonstances
Rivalité, opposition avec la raison
Accumulation => Qui prouve que toutes les personnes peuvent être touchées par la force de l'imagination (l 10)
L'imagination occupe une grande place chez l'homme => "seconde nature (l 10) "partie dominante" (l 1)
L'homme présente peut-être une mauvaise image de lui = enthousiasme collectif => erreur collective
En société on présente peut-être une fausse image de nous => Opposition habiles hommes = image positive VS hommes prudents = image négative
Exagération sur les personnages, caricatures
Autosatisfaction. Tout le monde se contente de l'image qu'il renvoie = ne pas vouloir perdre la face (l13 et 14)
Erreur collective (lignes 17 à 19)

Transition : Mise en garde contre les "faux-sages" (lignes 17 à 19) sages "imaginaires" => Sophistes

Merci à ceux qui auront le courage de lire jusqu'au bout smile Je prends toutes les infos, toutes les modifications que vous pourriez apporter

Pascal, Pensées, Les dangers de l'imagination, fragment 78

Pourrais-tu poster ou recopier le début du fragment ?

Je suis en terminale L, j'ai donc les Pensées au programme, mais ton commentaire semble se rapprocher davantage du Fragment 41 (édition de Michel Le Guern)...

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Pascal, Pensées, Les dangers de l'imagination, fragment 78

Merci beaucoup d'avoir jeté un coup d'oeil ! Voilà le texte

C’est cette partie dominante dans l’homme, cette maîtresse d’erreur et de fausseté, et d’autant plus fourbe qu’elle ne l’est pas toujours, car elle serait règle infaillible de vérité si elle l’était infaillible du mensonge. Mais étant le plus souvent fausse, elle ne donne aucune marque de sa qualité, marquant du même caractère le vrai et le faux. Je ne parle pas des fous, je parle des plus sages et c’est parmi eux que l’imagination a le grand droit de persuader les hommes. La raison a beau crier, elle ne peut mettre le prix aux choses.

Cette superbe puissance ennemie de la raison, qui se plaît à la contrôler et à la dominer, pour montrer combien elle peut en toutes choses, a établi dans l’homme une seconde nature. Elle a ses heureux, ses malheureux, ses sains, ses malades, ses riches, ses pauvres. Elle fait croire, douter, nier la raison. Elle suspend les sens, elle les fait sentir. Elle a ses fous et ses sages, et rien ne nous dépite davantage que de voir qu’elle remplit ses hôtes d’une satisfaction bien autrement pleine et entière que la raison. Les habiles par imagination se plaisent tout autrement à eux?mêmes que les prudents ne se peuvent raisonnablement plaire. Ils regardent les gens avec empire, ils disputent avec hardiesse et confiance, les autres avec crainte et défiance. Et cette gaieté de visage leur donne souvent l’avantage dans l’opinion des écoutants, tant les sages imaginaires ont de faveur auprès de leurs juges de même nature.

Elle ne peut rendre sages les fous, mais elle les rend heureux, à l’envi de la raison, qui ne peut rendre ses amis que misérables, l’une les couvrant de gloire, l’autre de honte.

Qui dispense la réputation, qui donne le respect et la vénération aux personnes, aux ouvrages, aux lois, aux grands, sinon cette faculté imaginante ? Combien toutes les richesses de la terre insuffisantes sans son consentement.

Ne diriez?vous pas que ce magistrat dont la vieillesse vénérable impose le respect à tout un peuple se gouverne par une raison pure et sublime et qu’il juge des choses par leur nature sans s’arrêter à ces vaines circonstances qui ne blessent que l’imagination des faibles ? Voyez?le entrer dans un sermon où il apporte un zèle tout dévot, renforçant la solidité de sa raison par l’ardeur de sa charité. Le voilà prêt à l’ouïr avec un respect exemplaire. Que le prédicateur vienne à paraître, si la nature lui a donné une voix enrouée et un tour de visage bizarre, que son barbier l’ait mal rasé, si le hasard l’a encore barbouillé de surcroît, quelques grandes vérités qu’il annonce, je parie la perte de la gravité de notre sénateur.

Pascal, Pensées, Les dangers de l'imagination, fragment 78

Oui, c'est bien le fragment 41 de mon édition...
Alors, voici les idées importantes en vrac:

3 puissances trompeuses selon Pascal : l'amour propre, les coutumes et l'imagination: "cette maîtresse d'erreur et de fausseté"
Elle donne une mauvaise interprétation des choses.
On ne peut pas s'y fier, pas de véritable distinction du vrai et du faux.

Ce texte est donc essentiellement une série d'exemples qui ont une valeur démonstrative (pas de définition concrète)

Figures de style employées:
- personnification: l'imagination est personnifiée: "elle est fourbe" → elle est le sujet des actions
- champ sémantique de la domination
- champ lexical erreur/vérité, forme réseau d'antithèses
- parallélismes qui montrent les dangers de l'imagination
- questions rhétoriques: "Qui dispense la réputation, qui donne le respect et la vénération aux personnes, aux ouvrages, aux lois, aux grands, sinon cette faculté imaginante ?"
- hyperbole: "cette superbe puissance"
- accumulation, gradation: "elle fait croire, douter, nier"
- antithèses: fous/sages, heureux/malheureux, riches/pauvres
hypotypose: description précise, on peut se l'imaginer devant les yeux: "ce magistrat", "le voilà"

Voilà en qui concerne ton travail, les idées sont plutôt bonnes, mais je pense que tu peux encore approfondir ton plan. Tu peux par exemple t'orienter sur ces axes: l'universalité de l'imagination (fous, magistrats...), ses pouvoirs (la victoire sur la raison, avec la confusion et l'illusion qu'elle engendre) et donc dans la lignée, les dangers...

J'espère avoir pu t'aider un peu. Si tu as d'autres questions, n'hésite pas! wink

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Pascal, Pensées, Les dangers de l'imagination, fragment 78

Merci beaucoup d'avoir pris le temps. J'ai juste une dernière question.
Dans ma deuxième sous partie je parle de l'imagination comme masque. Ai je raison en disant que les hommes peuvent renvoyer une mauvaise image d'eux même et faire imaginer les autres ce qui entraîne une erreur collective
C'est vraiment cette partie qui me pose problème
L'homme présente peut-être une mauvaise image de lui = enthousiasme collectif => erreur collective
En société on présente peut-être une fausse image de nous => Opposition habiles hommes = image positive VS hommes prudents = image négative. Je n'arrive pas à raccrocher cela avec l'imagination...

Pascal, Pensées, Les dangers de l'imagination, fragment 78

Je ne parlerais pas d'erreur collective, ni d'enthousiasme collectif par rapport à l'imagination...
En fait, l'idée de masque se rattache davantage à l'idée d'illusion.
Axe plutôt cette partie sur l'imagination comme illusion.

C'est la "Reine" des illusions dans le sens où elle fait de la société une société d'apparence.
De plus, elle manipule tout. Par ex: les valeurs morales. Ce que nous voyons et qui agit sur nos sens mêmes décide de ce que nous pensons.
Dans le même sens, elle manipule aussi nos opinions.
Elle est donc masque par rapport à l'apparence. L'imagination introduit sa fantaisie dans la réalité. Elle mêle ainsi mensonge et vérité de manière ambigue. Bref, elle est illusion, c'est pourquoi elle fausse la raison.

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Pascal, Pensées, Les dangers de l'imagination, fragment 78

On peut donc dire que l'apparence, l'image que l'on présente de soi jouent sur l'imagination et brouillent l'esprit ainsi "les sages imaginaires ont des faveurs auprès de leurs juges". C'est ce qu'il y a d'agréable dans l'imagination. Elle est reine d'illusions ainsi les habiles par imagination renvoient une image positive d'eux mêmes, les prudents quant à eux une image négative. L'imagination devient donc masque
=>Les habiles par imagination se plaisent tout autrement à eux?mêmes que les prudents ne se peuvent raisonnablement plaire.

J'espère avoir compris, en tout cas merci pour le temps que tu y passes!

Pascal, Pensées, Les dangers de l'imagination, fragment 78

Oui, je pense que tu tiens le bon fil...
Pascal est un auteur qui est difficile à cerner, à cause de ses basculements permanents du pour ou contre. L'imagination n'est ni radicalement agréable, ni radicalement mauvaise. Elle varie selon les personnes (habiles, prudents...) mais oui, dans tous les cas, elle nous fait confondre la réalité avec l'illusion et donc par conséquence les masques de l'apparence. Elle joue sur la raison et donc sur la vérité.

De rien sinon, ça me fait réviser Pascal pour le bac en même temps... wink

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Pascal, Pensées, Les dangers de l'imagination, fragment 78

salut. n'oublie pas de remarquer que Pascal fait appel à l'imagination du libertin bien qu'elle soit source d'erreur. c'est que Pascal est bien conscient que par l'imagination on peut acceder à la verité. et là une grande contradiction puisque par la source d'erreur nous connaissons la verité.

Pascal, Pensées, Les dangers de l'imagination, fragment 78

J'ai également ce texte pour le bac. Et des difficultés à le comprendre. Dans ton premier messages tu évoques une seconde partie : "II Quand l'imagination se met au service de la vérité", comment la développes tu?