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Baudelaire, Correspondances : un art poétique idéaliste

Bonjour,

Une nouvelle étude de Jean-Luc est en ligne.
Elle porte sur le poème « Correspondances » de Baudelaire (Les Fleurs du mal).

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
— Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Baudelaire, Les Fleurs du mal, IV.

C’est ici : Baudelaire, Les Fleurs du mal, Correspondances : un art poétique idéaliste

Bonne lecture !

Et merci Jean-Luc.  smile

Baudelaire, Correspondances : un art poétique idéaliste

Joli commentaire. Il y a tellement de choses à dire sur ce sonnet, qu'il semble inépuisable.
Le premier quatrain joue également sur l'immensité. Il y a une nette opposition entre la Nature avec un N majuscule et l'homme, sans majuscule.
L'homme, comme vous le dites, est de passage, mais il est encore plus que cela. Il est une créature insignifiante incapable de comprendre le mystère de la Nature. Il me semble que l'on peut aller jusqu'à dire que les symboles sont animalisés et doués d'intelligence, alors que l'homme ignorant, passe son chemin sans pouvoir décrypter quoi que ce soit.
Dans le vers 4, l'aspect minuscule de l'homme, tel un insecte observé en pleine nature, est rendu par le pronom élidé " l' ", tout petit, perdu au milieu de cette forêt de symboles "qui l'observent avec des regards familiers.

Vous avez dit un tas de choses à côté desquelles je suis passé.

En plus de l'immensité de cette Nature, il y a aussi la profondeur qui est évoquée au deuxième quatrain, à un premier degré avec l'adjectif "profonde" et à un deuxième avec les deux comparants que sont "la nuit" et "la clarté". Les assonances en "on" rendent également bien cette idée de profondeur "longs, confondent, profonde, sons, répondent.
Vous avez parlé de l'hypallage qui crée aussi un effet d'emboîtement des sensations, qui devient vraiment spectaculaire au premier tercet.

etc...

Au plaisir de vous lire.

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Baudelaire, Correspondances : un art poétique idéaliste

Bonsoir,

Je partage ces impressions dont j'ai essayé de rendre compte aussi.

Un commentaire ne peut jamais épuiser toutes les significations d'un texte littéraire. Il s'agit seulement de faire ressortir l'essentiel ou ce qui paraît tel.

Concernant l'homme dont vous notez la disproportion dérisoire avec la Nature (ici plutôt panthéiste), je ne crois pas qu'il soit incapable de comprendre le mystère du monde, sinon le poète ne jouerait aucun rôle. Certes Baudelaire se montre très critique envers l'esprit bourgeois étriqué de son époque, mais en même temps il sait qu'il existe une caste, un petit nombre d'élus incompris qui peuvent accéder à la contemplation...
Il a déversé dans "Les foules" son mépris cinglant adressé aux puissants, réservant son admiration aux aventuriers de l'esprit auxquels appartient le poète :

Il est bon d'apprendre quelquefois aux heureux de ce monde, ne fût-ce que pour humilier un instant leur sot orgueil, qu'il est des bonheurs supérieurs au leur, plus vastes et plus raffinés. Les fondateurs de colonies, les pasteurs de peuples, les prêtres missionnaires exilés au bout du monde, connaissent sans doute quelque chose de ces mystérieuses ivresses ; et, au sein de la vaste famille que leur génie s'est faite, ils doivent rire quelquefois de ceux qui les plaignent pour leur fortune si agitée et pour leur vie si chaste.