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Le trait d’union et l’impératif

Je lis, dans une ancienne édition de la grammaire "Le Bon Usage" de Maurice Grévisse, dans la rubrique intitulée "Emploi du trait d'union" :

On met un trait d'union :
... ...
Entre le verbe à l'impératif et le pronom personnel postposé : Crois-moi, dites-lui, prends-le, ...

Remarque : Quand l'impératif est suivi de deux pronoms compléments, on met aussi un trait d'union entre les deux pronoms : Rends-le-moi, allez-vous-en, ...
Cependant on ne met pas de trait d'union quand les pronoms sont compléments d'un infinitif qui suit : Voulez-vous le lui dire ? Veuillez me suivre.

Le trait d’union et l’impératif

Bonjour.

Dois-je comprendre que les grammairiens n’ont pas su choisir entre deux logiques inconciliables ?

La première serait celle suivie par Anne345, selon qui on devrait écrire « Faites le vous expliquer », car « le » et « vous » sont compléments de « expliquer ».

Pour autant que je comprenne la seconde, il faudrait écrire « Faites-le-vous expliquer », car, dans « vous vous le faites expliquer » le deuxième « vous » et le « le » sont avant le verbe conjugué.

Le fait est que sur Wikipedia, à l’article « trait d’union », il est dit que « laisse-nous en parler » et « laisse-nous-en parler » (correspondant à « tu nous en laisses parler) sont tous deux acceptables.

Mais, à ce moment-là, on pourrait écrire « entendez-les la chanter », aussi bien que « entendez-les-la chanter » (correspondant à « vous les l’entendez chanter », comme on dirait « vous me l’entendez chanter »).   Wikipedia mentionne la seule forme « entendez-les-la chanter »).

Devra-t-on écrire « entendez-moi le lui dire » ou « entendez-moi-le-lui dire » (correspondant à « vous me le lui entendez dire ») ?

Dans ces conditions, Muriel, pourquoi la forme « Faites le prendre » ou « Faites les frire » serait-elle à proscrire ?

Enfin que penser de formes comme « laisse-le-moi lire ».   Doit-il nécessairement y avoir des traits d’union, car le « moi » est séparé du verbe conjugué ?

Bref, il me semble qu’on est en pleine incohérence.

Cordialement et respectueusement.

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Le trait d’union et l’impératif

La règle donnée par le BOF pour identifier les compléments de l'infintif est très élémentaire. Elle ne tient pas compte des cas particuliers : voir, entendre, écouter, laisser, faire, regarder, envoyer. Enfin si l'agent de l’infinitif qui peut être considéré aussi comme objet direct du verbe support on a le choix de la place du complément, donc de mettre ou non deux traits d'union à l'impératif.
Consultez à ce propos Grevisse, § 683 et 684 dans la dernière édition, plutôt que Wikipédia.

Le trait d’union et l’impératif

Bonjour Michel,

Vous avez écrit :

[…] Le fait est que sur Wikipedia, à l’article « trait d’union », il est dit que « laisse-nous en parler » et « laisse-nous-en parler » (correspondant à « tu nous en laisses parler) sont tous deux acceptables.[…]

Cela ne me semble pas juste. L'un, « laisse-nous-en parler », correspond bien à tu nous en laisses parler (les deux pronoms antéposés au verbe conjugué) ; l'autre,  « laisse-nous en parler », correspond à mon sens à tu nous laisses en parler (un seul pronom antéposé au verbe conjugué).

Muriel

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Le trait d’union et l’impératif

Excusez-moi pour cette question.
Je suis de très près vos débats sur ce sujet qui m'est très important.
J'aimerais savoir la signification de BOF
MerciUne autre question rapide me vient à l'esprit:
écrit-on Donne -moi-en  ou Donne-m'en?
Merci

Le trait d’union et l’impératif

B.O.F. = Bréviaire d'Orthographe Française. Voir ici.

On doit écrire : "Donne-m'en."
Voir ta grammaire Riegel p. 204.

Le trait d’union et l’impératif

Chers intervenants, bonjour.

Je vous remercie pour vos réponses.

Je ne possède pas le "Bon Usage", pour diverses raisons que je ne vais pas détailler ici.
Je connais seulement le passage où il examine la phrase "Faites-le prendre".

Je crains, chère Muriel, que vous ne m'ayez imparfaitement compris.   Je sais bien que "laisse-nous en parler" correspond à "tu nous laisses en parler", tandis que "laisse-nous-en parler" correspond à "tu nous en laisses parler".

J'ai simplement demandé pourquoi une formulation telle que "entendez-moi le lui dire", correspondant à "vous m'entendez le lui dire" ne serait pas aussi valable que "entendez-moi-le-lui dire", correspondant, elle, à "vous me le lui entendez dire".

Et surtout, pourquoi la formulation "Faites le prendre", dans laquelle "le" est complément de "prendre", devrait être proscrite.   En somme, pourquoi; dans cette phrase, devrait-on privilégier une logique, plutôt que l'autre?

Relisez mon message dans cet esprit, et je vous serais reconnaissant de me dire ce que vous en pensez.

Pour moi, la logique d'Anne, de ne pas mettre de trait d'union quand le complément se rapporte à l'infinitif, est beaucoup plus claire.

Il semble y avoir un effort persévérant de complication de la langue, qui condut à mettre des traits d'union là où ils ne s'imposent pas.   Si l'on revient à la base, pourquoi écrire "au-dessus" plutôt que "au dessus", et maintenant "au-dehors" plutôt que "au dehors"; ne parlons pas du grotesque de "la basilique des Saints-Apôtres-Pierre-et-Paul" au lieu de la basilique des saints apôtres Pierre et Paul.   On aura beau m'expliquer que de telles graphies sont conformes aux recommandations de l'imprimerie nationale, je n'en penserai pas moins!

Cordialement et respectueusement.

Le trait d’union et l’impératif

Bonjour, Michel.

J'ai simplement demandé pourquoi une formulation telle que "entendez-moi le lui dire", correspondant à "vous m'entendez le lui dire" ne serait pas aussi valable que "entendez-moi-le-lui dire".

Eh bien, il se trouve que la graphie "Entendez-moi le lui dire" est précisément la graphie correcte et recommandée. Le pronom moi, pronom complément conjoint, est le seul qui soit directement complément de l'impératif "Entendez". D'où le trait d'union qui le précède.
En revanche, les pronoms le et lui, compléments de l'infinitif "dire", n'ont aucune raison de s'adorner de traits d'union.

Surtout, pourquoi la formulation "Faites le prendre", dans laquelle "le" est complément de "prendre", devrait être proscrite.

Il se trouve que le pronom le n'est pas le COD de prendre, mais de la locution verbale à sens factitif "faire prendre", dont l'auxiliaire "faire" est le noyau conjugué.  Ainsi, dans "Faites-le prendre cette route", le COD de l'infinitif, c'est "cette route", pas "le". Ce n'est pas lui qui est pris, c'est la route...

Ne parlons pas du grotesque de "la basilique des Saints-Apôtres-Pierre-et-Paul" au lieu de la basilique des saints apôtres Pierre et Paul.

Je ne trouve pas grotesque de distinguer ainsi typographiquement la dénomination officielle d'un lieu. Sans traits d'union ni majuscules, cela peut simplement signifier que la basilique appartient à ces personnes, ou qu'elles y ont résidé. Cela n'impliquerait pas qu'il s'agisse de la dénomination officielle de l'édifice.

Le trait d’union et l’impératif

Ce que j'admire chez vous, Jehan, immédiatement après vos connaissances grammaticales encyclopédiques, c'est, jour après jour, votre courtoisie, votre patience, votre équanimité jamais démenties. D'autres sur ce forum peuvent vous égaler, mais à coup sûr personne ne vous surpasse. Et c'est un vieux de la vieille qui vous le dit.

Le trait d’union et l’impératif

Cher Jehan.

Je vous remercie vivement pour votre message.   J’ai besoin de comprendre vos explications, point par point ; plusieurs échanges seront peut-être nécessaires, et je sollicite donc votre indulgence.

Dans le fragment du « Bon Usage » que j’ai sous les yeux, Grevisse examine successivement les phrases « Ce paquet, je le ferai prendre », « Ne le laissez pas prendre » et, deux lignes plus loin, « Faites-le prendre ».   Il n’étudie pas la phrase "Faites(-) lui prendre cette route ».

Dans « Faites(-)le prendre » (sous-entendu, ce paquet), y a-t-il un trait d’union ?   Doit-on considérer que « le » est un COD de « prendre » ou un COD de la locution « faire prendre » ?
Je suppose qu’on écrirait « Faites le prendre » dans le premier cas, et « Faites-le prendre » dans le second.

Si l’on admet que « le » est un COD de « faire prendre », pourquoi dans la citation à l’origine de cette discussion, à savoir « Faites les vous expliquer », ne devrait-on pas aussi considérer que « les » est un COD de la locution verbale « faire expliquer », et donc écrire « Faites-les vous expliquer », contrairement aux dires d’Anne?

De même dans la phrase « venez le lui dire », pourquoi ne considérerait-on pas que « le » est le COD d’une locution verbale « venir dire » ?

Je me vois mal expliquer à mes enfants qu’il y a une différence fondamentale entre les locutions « faire prendre » et « venir dire ».

Cordialement et respectueusement