Il n'y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid...

En seconde, j'avais choisi ce sujet pour un oral, devant la classe. J'ai défendu, quasi sans nuances, la thèse de Gautier. ça a soulevé beaucoup d'interrogations. Personne ne semblait d'accord. Le prof lui-même tendait à me faire comprendre que je défendais quelque chose de très difficilement défendable. Mais le sujet est ambigu. Quand Gautier dit ensuite que le superflu lui est nécessaire, il brouille les pistes. S'il est nécessaire, il est donc utile, il répond à un besoin. Le besoin auquel il répond n'est pas matériel et physique (les latrines), mais imaginaire et spirituel (musique, peinture). Il y a quelque chose de très dualiste dans sa thèse. Il faut schématiser sa pensée assez sèchement, pour montrer comme elle est binaire. Ensuite, tu peux essayer de créer des liens complexes entre utilité et beauté.
La moutarde blanche n'a pas l'heur de lui plaire, non plus que les patates. Mais pour un gourmet, se nourrir est un plaisir suave et pas une corvée.

Il n'y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid...

Voilà le sujet: il n'y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien

Nous sommes actuellement dans la séquence de la poésie, c'est pourquoi je pensais faire un plan comme celui-ci:
I. Pour certains poètes, la forme passe avant le fond.
II. Le combat des poètes à travers leur poésie.
(Rimaud & cie)

Mais après avoir lu des idées postées ici. Cela me semble restreint?
J'ai déjà trouvé la sitation entière ainsi que sa source, mais ne sais pas exactement sur quels points partir.
merci d'avance.

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Il n'y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid...

Bonjour,

Ce sujet t'invite à réfléchir à l'origine du mouvement qui te porte vers un objet.
Si tu es mû par le désir de possession, de captation, tu ne pourras pas l'apprécier correctement.
Ta faim ne te permettra pas de prendre le recul nécessaire pour contempler et apprécier.
La notion d'utilité est ici dévalorisante, elle renvoie à la technique qui produit des objets en vue d'une seule fin immédiate. Lorsque la finalité est atteinte, l'objet perd son intérêt.

Je te laisse continuer à creuser ce début de réflexion en l'appliquant à la poésie.
Pense à Baudelaire qui dans l’Art romantique écrivait : « Il est une autre hérésie... Je veux parler de l'hérésie de l'enseignement, laquelle comprend comme corollaires inévitables, les hérésies de la passion, de la vérité et de la morale. Une foule de gens se figurent que le but de la poésie est un enseignement quelconque, qu'elle doit tantôt fortifier la conscience, tantôt perfectionner les mœurs, tantôt enfin démontrer quoi que ce soit d’utile... La poésie (...) n'a pas d'autre but qu'elle-même ».

Baudelaire est en quelque sorte un des fondateurs de ce que l'on a appelé l'autotélisme.

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Il n'y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid...

roimed a écrit :

...Je pensais faire un plan comme celui-ci:
I. Pour certains poètes, la forme passe avant le fond.
II. Le combat des poètes à travers leur poésie.
(Rimaud & cie)

Le I est trop restrictif: dire que la poésie est inutile ne signifie pas forcément privilégier la forme!
Le II est obscur: quel combat vois-tu chez Rimbaud? Et à qui penses-tu en disant "et cie"?

Il n'y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid...

Merci pour vos réponses.
J'ai parlé avec ma prof, et elle m'a dit de restreindre à la poésie dans le développement, mais que je pourrais faire l'élargissement (comme Jean Luc le commence je pense) dans la conclusion.
Pour la problématique, est-il possible de la tourner comme ceci?
La poésie peut-elle servir tout de même à quelque chose ? Quel est le rôle de la poésie ?

Pour le plan, ce serait du coup plus facile, je pourrais faire une première partie:
I. La poésie est art esthétique, mais inutile (meilleure formulation?)

II. L'utilité de la poésie ( meilleure formulation?)

Si vous voyes des points a glisser dans ces parties, je suis preneur.

Après je ne pense pas avoir assez de matière pour me lancer dans une troisième partie nuançant les deux, si?
Il vaudrait mieux le faire en conclusion pour garder des parties équilibrées non?

Après si comme dans les messages précédents vous trouvez que certaines citations sont appropriées, je veux bien.
Merci.Et désolé, je n'ai pas répondu entièrement.
Nous avons vu en classe le combat de Rimbaud dans les premiers pas de la modernité, qu'il défendait le fait que le poète devait être en avance sur son temps.
Et dans les auteurs engagés, je pensait notamment à Victor Hugo.

Il n'y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid...

En poètes engagés tu peux penser à Aragon, à Prévert parfois ("Barbara" par exemple).

Pour le III, tu peux montrer que la poésie qui se donne une fonction autre que l'esthétique vise "le beau" quand même, a toujours une dimension esthétique par les sonorités, les images, les rythmes, le langage en général. Sinon les poètes écriraient un discours en prose. Esthétique et "utilité " ne sont pas si incompatibles que l'affirme le Parnasse.

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Il n'y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid...

En complément d'Ammy, j'en arriverai à définir deux types de beauté :
- l'une liée à la force de l'expression qui confèrerait ainsi une certaine efficacité à la poésie, celle qui nous aide à retenir une leçon ou une cause alors même que les circonstances temporelles se sont estompées...
- l'autre liée à la fragilité, à l'évanescence, celle qui tente de donner une illusion d'éternité à ce qui va disparaître inéluctablement... Dans ce cas, il est difficile de parler d'utilité quand on est dans le chant intime d'une âme qui aspire au bonheur. Louange ou regret ne "servent" à rien, ces attitudes sont au service de ce qui constitue profondément la nature humaine, le désir d'échapper aux limites de sa condition...

Je te livre encore ces considérations de Baudelaire à propos d'Edgar Poe :

C'est cet admirable, cet immortel instinct du beau qui nous fait considérer la terre et ses spectacles comme un aperçu, comme une correspondance du Ciel. La soif insatiable de tout ce qui est au-delà, et que révèle la vie, est la preuve la plus vivante de notre immortalité. C'est à la fois par la poésie et à travers la poésie, par et à travers la musique, que l'âme entrevoit les splendeurs situées derrière le tombeau ; et, quand un poème exquis amène les larmes au bord des yeux, ces larmes ne sont pas la preuve d'un excès de jouissance, elles sont bien plutôt le témoignage d'une mélancolie irritée, d'une postulation des nerfs d'une nature exilée dans l'imparfait et qui voudrait s'emparer immédiatement, sur cette terre même, d'un paradis révélé.

Ainsi, le principe de la poésie est strictement et simplement l'aspiration humaine vers une beauté supérieure, et la manifestation de ce principe est dans un enthousiasme, une excitation de l'âme, – enthousiasme tout à fait indépendant de la passion qui est l'ivresse du cœur, et de la vérité qui est la pâture de la raison. Car la passion est naturelle, trop naturelle pour ne pas introduire un ton blessant, discordant, dans le domaine de la beauté pure, trop familière et trop violente pour ne pas scandaliser les purs désirs, les gracieuses mélancolies et les nobles désespoirs qui habitent les régions surnaturelles de la poésie.

Il n'y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid...

Bonjour.

Je dois réaliser une dissertation sur le thème "Il n'y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien." Le problème n'est pas vraiment le sujet, mais le fait que je n'ai pas d'idée d'arguments pour appuyer la thèse. Cela fait quelques jours  que je sèche littéralement. Pour l'antithèse et tout le reste, j'ai beaucoup d'idées, mais pas pour la thèse. Pouvez-vous m'aider ? Pouvez-vous me donner quelques idées ?

Merci. Seev.

Il n'y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid...

Souvent, lorsque nous envisageons un objet d'un point de vue esthétique, nous oublions sa fonction. Dans la contemplation d'un paysage de champs de blé, l'idée intervient peu que cela sert à enrichir la population locale par le commerce des céréales. Si le champ de blé est vraiment beau, alors, c'est parce qu'il peut ne servir à rien, être apprécié en tant que source de sensations, de sentiments, de pensées susceptibles d'engendrer l'envie de dire : "c'est beau."

On peut alors se demander si l'oeuvre d'art n'est pas un objet qui, plus que de pouvoir ne servir à rien, ne peut servir à quoi que ce soit sans être dénaturé. Un champ de blé reste un champ de blé si on s'en sert pour se nourrir, mais une oeuvre d'art n'est peut-être plus d'art si on s'en sert pour faire du feu, pour faire de l'argent, ou pour étudier une société, des moeurs, une histoire, etc. Mais ceci au sens précis où l'art chercherait nécessairement la beauté.

Il n'y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid...

Merci, mais j'ai assez de mal a comprendre ..
Dans ce cas, le champ de blé peut être considéré comme inutile étant donné que l'on ne l'admire que pour sa beauté. Donc, uniquement le regard que l'on porte peut rendre quelque chose de beau, et rien de plus ? Ai-je bien compris ou suis-je dans le vague ? smile