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Recherche de textes littéraires écrits au conditionnel

volubilis a écrit :

J'essaye d'enseigner le français à des adultes dont certains ont déjà un assez bon niveau. (français courant)
Le conditionnel est ardu pour eux, notamment en ce qui concerne son utilisation.

Dans quel pays?
C'est sûr que les anglais et les allemands ont une difficulté de reconnaître et utiliser la structure de la forme conditionnelle, par rapport à la pratique en langue maternelle.

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Recherche de textes littéraires écrits au conditionnel

A Ninon  I


Si je vous le disais pourtant, que je vous aime,
Qui sait, brune aux yeux bleus, ce que vous en diriez ?
L'amour, vous le savez, cause une peine extrême ;
C'est un mal sans pitié que vous plaignez vous-même ;
Peut-être cependant que vous m'en puniriez.

Si je vous le disais, que six mois de silence
Cachent de longs tourments et des voeux insensés :
Ninon, vous êtes fine, et votre insouciance
Se plaît, comme une fée, à deviner d'avance ;
Vous me répondriez peut-être : Je le sais.

Si je vous le disais, qu'une douce folie
A fait de moi votre ombre, et m'attache à vos pas :
Un petit air de doute et de mélancolie,
Vous le savez, Ninon, vous rend bien plus jolie;
Peut-être diriez-vous que vous n'y croyez pas.

Si je vous le disais, que j'emporte dans l'âme
Jusques aux moindres mots de nos propos du soir :
Un regard offensé, vous le savez, madame,
Change deux yeux d'azur en deux éclairs de flamme ;
Vous me défendriez peut-être de vous voir.

Si je vous le disais, que chaque nuit je veille,
Que chaque jour je pleure et je prie à genoux ;
Ninon, quand vous riez, vous savez qu'une abeille
Prendrait pour une fleur votre bouche vermeille ;
Si je vous le disais, peut-être en ririez-vous.

Mais vous n'en saurez rien. Je viens, sans rien en dire,
M'asseoir sous votre lampe et causer avec vous ;
Votre voix, je l'entends ; votre air, je le respire ;
Et vous pouvez douter, deviner et sourire,
Vos yeux ne verront pas de quoi m'être moins doux.

Je récolte en secret des fleurs mystérieuses :
Le soir, derrière vous, j'écoute au piano
Chanter sur le clavier vos mains harmonieuses,
Et, dans les tourbillons de nos valses joyeuses,
Je vous sens, dans mes bras, plier comme un roseau.

La nuit, quand de si loin le monde nous sépare,
Quand je rentre chez moi pour tirer mes verrous,
De mille souvenirs en jaloux je m'empare ;
Et là, seul devant Dieu, plein d'une joie avare,
J'ouvre, comme un trésor, mon coeur tout plein de vous.

J'aime, et je sais répondre avec indifférence ;
J'aime, et rien ne le dit ; j'aime, et seul je le sais ;
Et mon secret m'est cher, et chère ma souffrance ;
Et j'ai fait le serment d'aimer sans espérance,
Mais non pas sans bonheur ; je vous vois, c'est assez.

Non, je n'étais pas né pour ce bonheur suprême,
De mourir dans vos bras et de vivre à vos pieds.
Tout me le prouve, hélas ! jusqu'à ma douleur même...
Si je vous le disais pourtant, que je vous aime,
Qui sait, brune aux yeux bleus, ce que vous en diriez ?

Alfred de Musset

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merci Cerisia pour ce beau poème d'Alfred de Musset...
Je vais l'utiliser...
J'ai également trouver bon nombre de citations d'auteurs ou de personnalités, commençant par "si j'étais Dieu..."
C'est moins fin mais c'est aussi au conditionnel...

Si j'étais Dieu, je recommencerais tout, sauf... la femme"
(René Barjavel / 1911-1985)

"Il y a une chose que je ne comprends pas, c'est pourquoi Dieu a fait le monde. Moi, si j'avais été Dieu et si j'avais vu que l'existence du monde avait pour conséquence l'existence d'un seul damné, c'est-à-dire l'existence d'un seul personnage condamné à la mort éternelle, jamais je n'aurais rien fait. Je me serais contenté de dormir toute une éternité."
(Henri Bergson / 1859-1941 / oeuvres)

"Les bigotes
Elles vieillissent d'autant plus vite
Qu'elles confondent l'amour avec l'eau bénite […]
Si j'étais Dieu en les voyant prier
Je crois que je perdrais la foi..."
(Jacques Brel / 1929-1978 / Les Bigotes)

"Et puis si j'étais le bon Dieu
Je crois que je serais pas fier
Je sais on fait ce qu'on peut
Mais il y a la manière."
(Jacques Brel / 1929-1978 / Fernand)

"Si j'étais Dieu et si je devais créer la terre, je m'y prendrais tout autrement. J'abolirai la mort et Tino Rossi."
(Pierre Desproges / 1939-1988 / Vivons heureux)

ou encore:
Si j'étais Dieu, la mort serait sans proie,
Les hommes seraient bons, j'abolirais l'adieu,
Et nous ne verserions que des larmes de joie,
                Si j'étais Dieu.

Si j'étais Dieu, de beaux fruits sans écorces
Mûriraient, le travail ne serait plus qu'un jeu,
Car nous n'agirions plus que pour sentir nos forces,
                Si j'étais Dieu.

Si j'étais Dieu, pour toi, celle que j'aime,
Je déploierais un ciel toujours frais, toujours bleu,
Mais je te laisserais, ô mon ange, la même,
                Si j'étais Dieu.

Sully Prud’homme

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Je savais bien que j'avais ça quelque part !

Yves seul avait conscience d'un changement, mais c'était pour se forger plus d'illusions que tous les autres. Il se voyait au seuil d'une vie brûlante d'inspiration, d'expériences dangereuses. Or, il entrait, à son insu, dans une ère morne ; pendant quatre années, les soucis d'examens le domineraient ; il glisserait aux compagnies les plus médiocres ; le trouble de l'âge, de pauvres curiosités le rendraient l'égal de  ses camarades et leur complice. Le temps était proche où le grand problème  à résoudre serait d'obtenir de sa mère la clé de l'endroit et le droit de rester dehors après minuit. Il ne serait pas malheureux. Parfois, à de longs intervalles, comme d'un être enseveli, un gémissement monterait du plus profond de lui même ; il laisserait s'éloigner les camarades ; et seul, à une table du Café de Bordeaux, parmi les chardons et les femmes mafflues des mosaïques modern style, il écrirait d'un jet, sur le papier à en-tête, sans prendre le temps de former ses lettres, de peur de perdre une seule de ces paroles qui ne nous sont soufflées qu'une  fois. Il s'agirait, déjà, d'entretenir la vie d’un autre lui-même qu’à Paris, déjà, quelques initiés portaient aux nues. Un si petit nombre, en vérité, qu’Yves mettrait biens des années à se rendre compte de son importance, à mesurer sa propre victoire. Provincial, respectueux des gloires établies, il ignorerait longtemps encore qu’il est une autre gloire : celle qui naît obscurément, qui fraie sa route comme une taupe, ne sort à la lumière qu’après un long cheminement souterrain.
     Mais une angoisse l’attendait, et comment Yves Frontenac en eût-il pressenti l’horreur, à la fenêtre de sa chambre, en cette nuit de septembre humide et douce ? Plus sa poésie rallierait de cœurs, et plus il se sentirait appauvri ; des êtres boiraient de cette eau dont il devait être le seul à voir la source se tarir. Ce serait la raison de cette méfiance de soi, de cette dérobade à l’appel de Paris, de la longue résistance opposée au directeur de la plus importante des revues d’avant-garde, et enfin de son hésitation à réunir ses poèmes en volume.
     Yves, à sa fenêtre, récitait sa prière du soir devant les cimes confuses de Bourideys et devant la lune errante. Il attendait tout, il appelait tout, et même la souffrance, mais non cette honte de survivre pendant des années à son inspiration ; d’entretenir par des subterfuges sa gloire. Et il ne prévoyait pas que ce drame, il l’exprimerait, au jour le jour, dans un journal qui  serait publié après une grande guerre ; il s’y résignerait, n’ayant plus rien écrit, depuis des années. Et ces pages atroces sauveraient la face ; elles feraient plus pour sa gloire que ses poèmes ; elles enchanteraient et troubleraient heureusement une génération de désespérés. Ainsi, dans cette nuit de septembre, peut-être Dieu voyait-il sortir de ce petit bonhomme rêveur, devant les pins endormis, un étrange enchaînement de conséquences ; et l’adolescent, qui se croyait orgueilleux, était bien loin de mesurer l’étendue de son pouvoir, et ne se doutait pas que le destin de beaucoup serait différent de ce qu’il eût été sur la terre et dans le ciel, si Yves de Frontenac n’était jamais né.

      (F. Mauriac, Le mystère Frontenac, chap. XII, 1933, Livre de Poche, pp. 99-100, éd. 1984)

Le texte est intéressant, car il commence un peu sur le mode "conditionnel d'imagination", et il finit clairement comme un futur dans le passé.

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Vieux post mais bon, sait-on jamais cela pourrait servir à quelqu'un.


Ils auraient aimé être riches. Ils croyaient qu’ils auraient su l’être. Ils auraient su s’habiller, regarder, sourire comme des gens riches. Ils auraient eu le tact, la discrétion nécessaires. Ils auraient oublié leur richesse, auraient su ne pas l’étaler. Ils ne s’en seraient pas glorifiés. Ils l’auraient respirée. Leurs plaisirs auraient été intenses. Ils auraient aimé marcher, flâner, choisir, apprécier. Ils auraient aimé vivre. Leur vie aurait été un art de vivre.
    La vie, là, serait facile, serait simple. Toutes les obligations, tous les problèmes qu’implique la vie matérielle trouveraient une solution naturelle. Une femme de ménage serait là chaque matin. On viendrait livrer, chaque quinzaine, le vin, l’huile, le sucre. /…/ Il y aurait une cuisine vaste et claire, une belle table en bois blanc au centre, des tabourets, des bancs. Il serait agréable de venir s’y asseoir, chaque matin, après une douche, à peine habillé. Il serait tôt. Ce serait le début d’une longue journée de mai.
    Leur appartement serait rarement en ordre, mais son désordre serait son plus grand charme. Ils s’en occuperaient à peine : ils y vivraient. /…/ Ils travailleraient longtemps, sans fébrilité et sans hâte, sans aigreur. Puis ils dîneraient ou sortiraient dîner, ils retrouveraient leurs amis ; ils se promèneraient ensemble.
    Ils appelleraient cet équilibre bonheur et sauraient, par leur liberté, par leur sagesse, par leur culture, le préserver, le découvrir à chaque instant de leur vie commune.
    Ces choses-là ne sont pas faciles, au contraire. Pour ce jeune couple, qui n’était pas riche, mais qui désirait l’être.

Georges Pérec
Les choses (1965)

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Pareil, vieux post, mais peut-être que ça aidera quelqu'un! Je cherchais également des textes au conditionnel et j'ai repensé à la chanson de Joe Dassin - Et si tu n'existais pas (à faire écouter en prime smile )


Et si tu n'existais pas
Dis-moi pourquoi j'existerais?
Pour traîner dans un monde sans toi
Sans espoir et sans regret
Et si tu n'existais pas
J'essayerais d'inventer l'amour
Comme un peintre qui voit sous ses doigts
Naître les couleurs du jour
Et qui n'en revient pas

Et si tu n'existais pas
Dis-moi pour qui j'existerais?
Des passantes endormies dans mes bras
Que je n'aimerais jamais
Et si tu n'existais pas
Je ne serais qu'un point de plus
Dans ce monde qui vient et qui va
Je me sentirais perdu
J'aurais besoin de toi

Et si tu n'existais pas
Dis-moi comment j'existerais?
Je pourrais faire semblant d'être moi
Mais je ne serais pas vrai
Et si tu n'existais pas
Je crois que je l'aurais trouvé
Le secret de la vie, le pourquoi
Simplement pour te créer
Et pour te regarder

Et si tu n'existais pas
Dis-moi pourquoi j'existerais?
Pour traîner dans un monde sans toi
Sans espoir et sans regret
Et si tu n'existais pas
J'essayerais d'inventer l'amour
Comme un peintre qui voit sous ses doigts
Naître les couleurs du jour
Et qui n'en revient pas

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Si quelqu'un cherche encore des textes classiques écrits au conditionnel, voyez le poème d'Apollinaire intitulé "Si je mourais là-bas..." (Poèmes à Lou, 30 janvier 1915).

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Il y a un texte très étrange et très amusant de Kafka : Devenir un indien (1912). Terrible en Allemand, mais utilisable pour to corpus en français. Il commence par :

Ah, si seulement on était un indien, prêt sur le champ, et sur son cheval au galop, incliné dans l'air, ...

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Bonjour ;

Comme on dit :" avec des si , on metterait paris dans une bouteil ".

Sincères Salutations .

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Bonjour.

Oui...
"Avec des si , on mettrait Paris dans une bouteille."