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Éluard, Notre vie

Bonjour,

Je dois faire une lecture analytique sur le texte suivant. Je vous propose mon travail et j'aimerais savoir ce qu'il vaut. Tous les commentaires et conseils sont donc les bienvenus !

           

Notre vie

Notre vie tu l'as faite elle est ensevelie
Aurore d'une ville un beau matin de mai
Sur laquelle la terre a refermé son poing
Aurore en moi dix-sept années toujours plus claires
Et la mort entre en moi comme dans un moulin

Notre vie disais-tu si contente de vivre
Et de donner la vie à ceux que nous aimions
Mais la mort a rompu l'équilibre du temps
La mort qui vient la mort qui va la mort vécue
La mort visible boit et mange à mes dépens

Morte visible Nusch invisible et plus dure
Que la soif et la faim à mon corps épuisé
Masque de neige sur la terre et sous la terre
Source des larmes dans la nuit masque d'aveugle
Mon passé se dissout je fais place au silence.

Problématique : Comment le poète parvient-il à exprimer sa douleur, due à la perte de se femme ?

I.Expression d'une rupture, d'une séparation amoureuse (basculement)   
a) La femme est source de vie, de bonheur, d'échange
La femme produit la vie : “tu l'as faite” ; “de donner la vie”
Elle est lumineuse : inspiratrice. “Aurore” : métaphore de la vie qui commence.
Titre repris de manière anaphorique
Mais victoire de la mort, malgré annonce par le titre de quelque chose de “vivant”et malgré l'alternance entre notion de vie et de mort qui “balance” le poème.
    b) Enonciation : exprime la progressive séparation.
La solitude : le “Nous” devient “Je”
Au début, adresse directe : “tu”. Puis il parles d'elle à la P3 : elle s'est éloignée “visible Nusch”.
Rupture dans le poème : “Mais”, vers central, pivot. La vie est interrompue. Répartition des mots “vie” et “mort”.
    c) La femme appartient au passé : opposition temporelle
Utilisation du passé pour parler de Nusch. Passé composé : un temps révolu (action résolue), irrémédiable. Discordance avec le titre du poème.
Passé heureux : imparfait.
Présent pour parler de la solitude : représente l'actualité + durée sans limites. “Mais la mort a rompu l'équilibre du temps”
Les temps utilisés participent à la construction du sens parce qu'il est clair que la vie appartient au passé alors que la mort appartient au présent.
Prise de conscience de la fuite du temps.

Mort de Nusch : rupture dans la composition du poème et dans la vie de l'auteur.
Opposition entre la vie et la mort visible dès le premier vers (sur 2 hémistiches)

II.Présence omniprésente et obsessionnelle de la mort
    a) Mort : source de souffrance
Pas clairement présente dans le poème, et pourtant le lecteur ressent le désespoir du poète.
Essais quasiment désespéré pour faire réapparaître Nusch, nommée au vers 11 entre les adj “visible” et “invisible”
Alternance présence / absence : façon pour le poète de dire le déchirement de la dispartion avant de reconnaître sa propre impuissance.
Affaiblissement physique “mon corps épuisé”.
       b) Le thème de l'ensevelissement, rappel enterrement
“elle est ensevelie” ; “masque de neige sur la terre et sous la terre”. “la terre a refermé son poing”
Envahissement / étouffement
    c) Mort du poète
La mort de Nusch est aussi celle du poète.
“La mort entre en moi comme dans un moulin”. Mort spirituelle. Apparition du populaire, ce qui rappelle l'aspect banal et quatidien de la mort, alors qu'elle est une tragédie pour le poète.
Deuxième partie du poème : syntaxe qui se désorganise.
Ponctuation. Dit en un seul souffle. Accentuation de la densité. Effets d'accumulation, de juxtaposition. Point final.
Dernier mot : Silence.

+ La mort est personnifiée.
+ avancée inéluctable de la mort : vers 9, rythme ternaire.Personne n'a de critique à me proposer ?

Éluard, Notre vie

Notre vie

Notre vie¹ tu l'as faite elle est ensevelie
Aurore d'une ville un beau matin de mai
Sur laquelle la terre a refermé son poing
Aurore en moi dix-sept années toujours plus claires
Et la mort entre en moi comme dans un moulin

Notre vie¹ disais-tu si contente de vivre¹
Et de donner la vie¹ à ceux que nous aimions
Mais la mort a rompu l'équilibre du temps
La mort qui vient  la mort qui va    [u]la mort vécue[/u]
La mort visible* boit et mange** à mes dépens

Morte visible* Nusch invisible et plus dure
Que la soif et la faim** à mon corps épuisé
Masque*** de neige sur la terre et sous la terre
Source des larmes dans la nuit masque*** d'aveugle
Mon passé se dissout je fais place au silence.

Éluard, Notre vie

Une critique à proposer ?
Le commentaire me parait bon. Je ne vois rien à redire. Par contre le poème ne me parait pas excellent (Eluard n'est pas ma tasse de thé). Il y a quelque chose de spécifiquement éluardesque (de l'ordre du relâchement) que je dirais en conclusion.

Éluard, Notre vie

Ton commentaire me semble vraiment très bien. smile

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Éluard, Notre vie

Merci pour les encouragements !

Je ne sais pas trop ce que tu as voulu me dire JSC ; Je dois remarquer qu'il y a aussi une opposition entre la vie et la mort de part les sonorités ?
Pour les mots "larmes" et "nuit", je pense que je peux les intégrer dans ma partie sur la mort comme source de souffrance, vus qu'ils évoquent la tristesse.

Éluard, Notre vie

Figures de style.
Rythme de la poésie.
Quelles sont les effets quand on le lit à haute voix?

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Éluard, Notre vie

anaphore, rythme ternaire 4/4/4 pour le vers 9.
Quand on le lit, effet de répétition ? ou de confusion... "mort véce" : confusion entre la vie et la mort, l'un empiète sur l'autre

Éluard, Notre vie

Et les charactères en gras? (Pas exhaustifs)

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Éluard, Notre vie

Larmes et nuit ?

La solitude, la tristesse... Je ne vois pas plus loin que ça. C'est l'expression de la souffrance causée par la mort de Nusch...

Peut-être deux sonorités qui s'opposent, avec [a] en voyelle ouverte et [i] en voyelle fermée

Éluard, Notre vie

Je pense que tu as vu beaucoup de choses. smile