"Moi, j'ai besoin de cette analyse pour m'y faire. Elle pourrait vous intéresser pour une deuxième écoute, mais la musique est assez abordable sans mes commentaires."
C'est vrai que cette musique est abordable. J'imagine que le jeune lambda l'écoutera sans savoir qui l'a écrite. Peut-être qu'il ne souhaitera pas savoir comment et pourquoi cette musique a été écrite. Il s'imagine qu'elle n'a été écrite que pour l'émouvoir parce que parfois, l'Art sert à émouvoir.
Surtout
les relations entre la littérature et les autres arts, philosophie esthétique.
Qui ont malheureusement peu de choses à voir avec l'art minimaliste ... Bien que certains soient vraiment géniaux ...
J'ai juste survolé le dédale d'arguments mais je pense que les classifications qui sont utilisées en premier chef sont loin d'être pertinentes. Voilà tout simplement pourquoi on peut être et ne pas être d'accord avec cette oppisition entre Malher et Debussy, qui n'est qu'un exemple.
Effectivement on verrait chez Malher un romantisme structuré et chez debussy une certaine épure figurative. Mais d'abord leurs oeuvres ne s'établissent pas du tout sur le même rapport. Car comment voulez vous comparer quelqu'un qui écrit principalement pour orchestre de quelqu'un qui écrit le plus souvent pour un voire quelques instruments? C'est comme si vous compariez un roman de zola à la poésie de verlaine. D'ailleurs cet argument a été esquissé plus haut.
D'autre part le minimalisme, comme l a déjà été dit, n'est forcément facile à écouter. Même certaine pièce de Satie et de Mompou peuvent nécessiter une écoute attentive.
Il y a en revanche un rapport peut être avec l'importance qu'à pris le mathème dans la musique et le psychologisme qui a été dénoncé aussi voilà plus d'un siècle. Mais ce n'était pas chez des compositeurs minimalistes qu'il a été d'abord perçu. C'est bien Nietzsche en parlant de Wagner qui a fait surgir le premier cette critique envers la musique. Car c'est avec le romantisme et ses dérivations que le psychologisme, ou l'impression a fait son impression. Ce n'est pas parce qu'il y a plein de notes structurées que cela élèvent nos oreilles. L'intensité d'une ouvres ne résident en rien dans la surabondance, même structurée. Elle est avant tout lié au rythme. Et si Arvo Part peut être intense c'est justement par sa vision particulière du rythme, qui se répète sans se répéter tout à fait, la note, même ayant déjà été entendu, s'accapare, par sa répétition, une nouvelle valeur, un nouveau rythme. L'écart, la reprise, la ritournelle dont parle Deleuze, l'incantation de Césaire agissent par touche minimaliste afin de faire entendre le silence et un certain par-delà les mots, les notes qui ne peuvent tout signifier par leur seul matériau. L'intensité ne provient donc pas seulement d'une suite bien construite de notes. Mais également de leur rapport au silence et donc de leur anexactitude comme le dit encore deleuz dans Mille Plateaux. Et c'est bien tous les défis auxquels s'attèlent l'esthétique actuelle par rapport aux avancées de la science physique. La construction artistique ne s'établit pas uniquement sur la présence des notes mais également sur l'absence qu'elles peuvent appeler.
Il faut toujours se méfier des discours qui discréditent d'une manière étrange les oeuvres, comme il a été fait entre Malher et Debussy, qui était un faux problème qui me paraît révéler d'un étrange réactionnisme. D'ailleurs le minimalisme peut tout aussi bien en effet être savant que débile. Pour ma part je crois qu'aucun des deux ne doivent être prolongé, mais Malher non plus. Car si l'on oppose des constructions, c'est bien pour en créer de nouvelles et pas seulement discréditer le passé. Ainsi affirmer une opposition entre Debussy et Malher ne me paraît en rien pertinent pour penser le mouvement et l'intensité de l'oeuvre d'art. Ce n'est pas comme ca je pense que l'on peut penser de nouvelles formes musicales ou artistiques qui n'auraient pour but, ni de renfermer les esthètes entre eux, ni de satisfaire l'écoute populaire dans ce qu'elle connait déjà, ce qui finalement est la même chose dans deux sphères différentes. Comme le disait Nietzsche, au dessus du chemin il est écrit impossible, et il est temps désormais de marcher sur notre propre tête.
P.S. :J'aime tout autant Malher que Debussy, que Part, que Messiaen, que Bach, que rachmaninov, que De visée qui me paraissent tous révéler d'une même complexité, celle de la singularité et de l'immanence de l'expression artistique comme peut le faire également Hendrix ou Coltrane. Donner à voir, à sentir ce que l'on ne peut observer.