Quand on recommande (ou non) la lecture des livres, quels sont les critères qui gouvernent notre choix? Le fait simple d'avoir aimé le bouqin en question ne suffit pas pour le rendre potable aux autres lecteurs.
Un récent fil sur 'Voyage' de Céline montre l'incapacité de ses fans à rendre sa lecture attractive ou expliquer leur plaisir de le lire.....
Si on me disait qu'il trouve la musique de Bach ennuyeuse, je saurais lui donner des pistes d'écoute qui pourraient changer son avis, ou au moins élargir ses horizons. 
Oui, ça dépend des auteurs ... Céline ne convient pas à tout le monde... il y a des livres qui ne peuvent plaire qu'à ceux qui en ont les clés parce que leur beauté ou leur utilité dépend de critères précis... Peut être faudrait il fournir ces clés à ceux à qui on conseille les livres qu'on a aimé ?
Perséphone a écrit :
ça dépend des auteurs ...
je ne suis pas sûre que ça dépende des auteurs, mais plutôt des lecteurs !!
après c'est vrai que tout le monde ne peut pas lire certains auteurs...
je ne sais pas si vous connaissez les théories de l'intertextualité et de la réception ?... où l'on dit que finalement une oeuvre n'est que le mélange d'oeuvres écrites antérieurement et ces références ne sont décelables par le lecteur que grâce à ses autres lectures (intertextualité) et qu'une oeuvre est vue par le lecteur en fonction de son vécu et de son expérience personnelle (réception).
du coup, la critique (littéraire, artistique,...) en tant qu'appréciation objective d'une oeuvre, n'est finalement pas si objective que cela et ne convient qu'à l'auteur de cette critique, car, puisque nous n'avons pas son vécu et son expérience, nous voyons l'oeuvre sous un autre angle.
Dernière modification par louclé (20/02/2008 14:49)
JSC a écrit :
Un récent fil sur 'Voyage' de Céline montre l'incapacité de ses fans à rendre sa lecture attractive ou expliquer leur plaisir de le lire.....
Bonsoir JSC,
Ce n'est peut-être pas, comme vous le pensez, une incapacité. C'est peut-être un choix.
Si on m'avait dit, quand j'étais petite fille, (et que j'allais fouiller dans le grenier) que je trouverai dans la malle verte — celle cachée par la grosse poutre — la robe de "princesse" que portait mon arrière-grand-mère quand elle a rencontré son amoureux : où aurait été la magie ?
Je suis assez d'accord avec le contenu du message de "Louclé". Chaque lecteur a un rapport très intime avec la littérature, qui lui est unique (le rapport).
J'ai un ami qui voue une passion à Céline, depuis le choc de sa première lecture du Voyage au bout de la nuit qui a bouleversé sa vision de la vie. Près d'une décennie plus tard, s'ennuyant sur une plage, il l'a relu : plus rien... le livre était vide !
Alors ? Est-ce dépendant des circonstances ? Est-ce qu'un texte ne se donne brutalement qu'une fois ? ou jamais ?
Laissons les fleurs s'épanouir et les parfums s'exhaler ; et laissons-les aussi s'étioler.
Muriel
Bonsoir, Muriel.
Je te remercie pour le plus bel écrit que j'ai vu jusqu'à présent de ta "plume".
Il n'y se trouve rien a refuter.
Je n'ai qu'à ajouter que dans les mots COM-PRENDRE et AP-PRENDRE, la partie PRENDRE est pour moi très consciente, très active.
C'est ainsi un choix de vouloir apprendre, vouloir comprendre.
Il existe peut-être -mais c'est une hypothèse à manier avec précaution- des types d'humanité tout à fait différents. Et s'il y a des types d'humanité différents, il va de soi qu'il y a également une ou plusieurs beautés qui leur sont relatives. La difficulté est que ces beautés différentes et relatives, ou ces différentes intuitions du beau, peuvent rester hermétiques les unes par rapport aux autres et se rejeter mutuellement dans une indifférence glacée, un mépris railleur ou une haine craillant. Elles ne seraient alors communicables à autrui que par la persuasion et le discours, c'est-à-dire que l'homme qui relève d'un type humain différent du mien ne pourrait me faire partager la beauté qu'il trouve dans certaines oeuvres que d'une façon artificielle, si l'on peut dire par une campagne de prévention: en me forçant à m'y intéresser, à reconnaître qu'il y a dans celles-ci quelque chose de fort et d'incompressible, sans pour autant me faire sentir, palper, humer cette beauté dont il sait se gorger mieux que moi. Et l'on se retrouverait comme face à un totem dont l'aspect vénérable aux yeux d'une secte ne susciterait chez nous rien de plus qu'un respect poli. Le rôle de la critique ne serait plus seulement de véhiculer l'émotion ressentie au contact d'une oeuvre, mais de trouver des frères anonymes, parmi la masse des lecteurs, de constituer une sorte de micro-société répondant aux mêmes valeurs, partageant les mêmes rêves et les mêmes ennuis.
Bonsoir, je trouve le sujet de cette discussion très intéressant et même si je n'ai pas une belle argumentation à vous proposer, il me reste quand même ma "petite expérience" littéraire.
Je crois que le plus important pour donner envie à quelqu'un de lire un livre, est que la personne se place dans une position d'ouverture à la littérature et au livre en question. Il faut que d'elle même, elle fasse l'élan qui lui permettra de lire la première page, la deuxième et ainsi de suite.
Alors certes cela peut demander une dose de courage non négligeable (surtout quand on a pratiquement jamais lu de sa vie) mais le gain obtenu est bien plus grand.
Pour faire un crochet avec un autre sujet où il est demandé "comment intéresser les élèves de collège à la lecture?".
Je pense que la démarche du lecteur voulant faire profiter sa passion, ses émotions, et son intérêt pour le livre, est d'amener l'autre à prendre du recul, et petit à petit l'amener à comprendre que la littérature s'avère être un bien, et qu'il soit probable que le livre en question lui apporte un plus d'une manière ou d'une autre.
Ma pensée est sans doute brouillonne (et je m'en excuse) mais je me souviens qu'étant petit je détestais lire (je n'arrivais même pas à lire un oui-oui s'en soupirer au moins une fois). Il est possible que je n'aimais pas cela car l'action de lire me sembler être un ordre, une obligation qui n'émanait pas de ma volonté propre.
Puis je suis arrivé en seconde, c'est là qu'est apparu le déclic ( Pierre et Jean de Maupassant).
Le professeur de français a su me transmettre un je ne sais quoi qui m'a totalement fait basculé.
Depuis ce jour, chaque lecture est un plaisir et je n'arrête pas de me dire à quel point j'ai pu être ignorant pendant tant d'années.
Dernière modification par wayatt (20/02/2008 23:55)
Alph a écrit :
Il existe peut-être des types d'humanité tout à fait différents.
J'aimerais savoir ce que tu veux dire par un type d'humanité, Alph.
Et s'il y a des types d'humanité différents, il va de soi qu'il y a également une ou plusieurs beautés qui leur sont relatives.
"Il va de soi" et "si vous ne voyez pas, ce n'est pas la peine que je l'explique" sont souvent les syntagmes de gens qui ne peuvent pas démonter ce qui devrait ête démontré. 
Elles ne seraient alors communicables à autrui que par la persuasion et le discours, c'est-à-dire que l'homme qui relève d'un type humain différent du mien ne pourrait me faire partager la beauté qu'il trouve dans certaines oeuvres que d'une façon artificielle, si l'on peut dire par une campagne de prévention: en me forçant à m'y intéresser, à reconnaître qu'il y a dans celles-ci quelque chose de fort et d'incompressible, sans pour autant me faire sentir, palper, humer cette beauté dont il sait se gorger mieux que moi.
Euh, ai-je perdu le fil? Quelle est le lien ente "persuasion" et "forçant"?
Dis-tu que la critique ne sert qu'à révéler la beauté d'une œuvre?
Wayatt, je ne trouve rien de très 'critiquable' dans ton propos. 
Il est très intéressant de savoir par quels moyens on peut persuader les (jeunes) gens à prendre plaisir dans la lecture.
Mais parles-tu de la fonction critique, le sujet de ce fil?
Hier, dans un autre fil, j'avais affiché le programme du Ministère pour le Français en Première et Terminale L. Il prévoit un développement de l'esprit critique des élèves. Dans ce contexte, je voudrais toujours que l'on dépasse ses 'émotions' pour parler d'un livre (ou autre œuvre d'Art).
Dernière modification par JSC (25/02/2008 14:52)