Bonjour Sondusilence !
Joli pseudonyme, qui me fait penser au "silence assourdissant" de Claudel, dans son Journal.
Je note que, selon vous, c'est une question de niveau de langue.
Bon travail dans vos études ! N'hésitez pas à apporter ici votre contribution : nous n'avons pas assez de grammairiens.
Bon dimanche !
Bien à vous,
Edy
Mes cher(e)s ami(e)s de l'ortho !
Je m'accrochais à de savoureuses lectures ce week-end et voilà que je suis tombé sur des phrases en apparence indignes (tenez, j'hésite : en apparence indigne" ou "en apparence indignes" ?) de tels chefs-d'oeuvre. Ces phrases, qu'en pensez-vous ?
"Les conditions de vie devinrent infiniment plus agréables, même pour moi, malgré que je fusse (sic !) toujours reclus dans mon petit appentis" (Frankenstein de Mary Shelley, p. 387, collection "Bouquins"
"Bien que je n'ai jamais vu l'Angleterre" (Carmilla de Sheridan Joseph Le Fanu, traduction Jacques Papy, collections "Bouquins", P.487)
Merci d'avance !
Édité par Jérémy (vendredi 03 novembre 2006 à 15 h 11)
Bonsoir, Jérémy !
1 Pour vous : Je m'accrochais (imparfait de décor)... lorsque je suis tombé (passé composé ponctuel).
2 Des phrases en apparence indignes. Ou : indignes en apparence.
Ou alors : d'apparence indigne.
3 Malgré que a donc de l'avenir, également chez les traducteurs.
Il est vrai, je l'ai dit, que Grevisse recense "malgré que" au moins chez vingt écrivains, et non des moindres. J'ai même recopié une référence juridique du XVIIe siècle.
Mais je continuerai à l'éviter ; Jean-Luc aussi d'ailleurs.
4 Que je fusse : subjonctif normal dans les subordonnées de concession. Et la concordance des temps a été respectée, par rapport à devinrent (passé simple -> subjonctif imparfait).
5 Bien que je n'aie : même raison d'emploi du mode subjonctif.
Mais l'indicatif peut se justifier par le contexte, si la subordination n'est qu'apparente : si "bien que" signifie malgré cela, cependant.
* Quoique [...] elle n'AVAIT pas mérité d'être flattée. (Bossuet)
Je ne vois pas pour ma part ce qu'on peut grammaticalement reprocher à malgré que,
Nombre de prépositions s'adjoignent un que pour former des locutions conjonctives de subordination :
avant / avant que
après / après que
pour / pour que
sans / sans que
dès / dès que
depuis / depuis que
etc.
Il y a belle lurette qu'on ne perçoit plus vraiment d'allusion à un gré, bon ou mauvais, dans l'usage de la préposition : Il sort malgré la pluie...
Je ne vois pas pourquoi il n'en serait pas de même avec malgré que.
Et qu'on n'aille pas prétendre qu'il y ait de grands risques d'ambiguïté du fait de la tournure archaïque et recherchée malgré que j'en aie...
Édité par Jehan (lundi 10 août 2009 à 23 h 07)
Jehan a écrit :
Et qu'on n'aille pas prétendre qu'il y ait de grands risques d'ambiguïté du fait de la tournure archaïque et recherchée malgré que j'en aie...
Ce pourrait bien être la raison, cependant. Car pour le reste, je suis on ne peut plus d'accord.
Ce n'est pas parce que la formation d'un mot ou d'une locution est correcte, que le mot ainsi formé est juste. Ou alors, il n'y a aucune raison de se moquer de la "bravitude" de Madame Royal. "Malgré que" n'est pas une impossibilité grammaticale ; c'est simplement une locution considérée comme barbare, de la même manière qu "ennuyant", qui est parfaitement possible grammaticalement, mais ne fait pas partie du vocabulaire admis. "Malgré que" n'est donc pas une faute de grammaire, mais une faute de lexique. Comme ce barbarisme a tendance à se répandre, il finira bien par ne plus être considéré tel. En attendant, je me refuse à l'employer.
Édité par Lucretius (mardi 11 août 2009 à 10 h 40)
On peut penser que "bien que", et "quoique", d'usage courant, ont quelquechose de déplaisant ou de maladroit, si on pense à leur mode de construction, et on n'a pas forcément envie de les utiliser. Dans cette optique, "malgré que" parait mieux venu. Quant à "Ce, pendant, et nez en moins"....
Et je trouve de grands mérites au néologisme de la bravitude. On comprend tout de suite que c'est autre chose que la bravoure. C'est une véritable trouvaille et les gens qui s'en moquent me font l'effet d'être non seulement des benêts mais des roquets hargneux qui aboient en écho à toute méchanceté du plus mauvais aloi, postés comme des radars pour lancer des contraventions.
Édité par Putakli (mardi 11 août 2009 à 11 h 28)
Quel rapport entre une locution qui est dans les dictionnaires et un mot inventé. On peut aimer l'un et détester l'autre, mais du point de vue de la correcton de la langue, mieux vaut malgré que que bravitude.
"Malgré que" n'est pas une impossibilité grammaticale ; c'est simplement une locution considérée comme barbare.
Tout est dans le "considérée".
Considérée par qui, depuis quand, et pour combien de temps ?
Et sur quel critère autre que le sacro-saint argument d'autorité ?
Si c'est par la seule crainte d'une confusion avec le "malgré qu'il en ait", comme Jean-Luc Picard et moi le soupçonnons, c'est vraiment un interdit très peu opérationnel, vu la rareté d'emploi de cette autre locution.
Il y aurait sûrement beaucoup à dire sur la formation grammaticale de "malgré qu'il en ait", qui, elle se réfère carrément à une syntaxe désuète.
Quant à l'argument de la sonorité déplaisante de "malgré que", lu plus haut sur le fil, si ça se trouve, il vient d'une personne charmée en même temps par les sonorités délicieusement désuètes de "malgré qu'il en ait". Alors que ce sont les mêmes. Logique, quand tu nous tiens...
Pour ma part, même si elle n'est pas homologuée, elle, dans le dictionnaire, je ne me moque pas de la "bravitude".
Simple variante ludique.
Édité par Jehan (mardi 11 août 2009 à 13 h 58)
Si j'ai donné des exemple de mots correctement formés, mais pas forcément admis (que ce soit la merveilleuse invention lexicale de Ségolène Royal, dont je ne me moquerai pas, de peur de passer pour un "benêt", ou bien le tristement courant "ennuyant"), c'était surtout pour montrer qu'il était vain de poser la question en terme pseudo-scientifique de formation du mot, et de faire la liste des "dès que", "après que", "devant que", "derrière que", etc. Il s'agit essentiellement d'usage, rien de plus ; d'où les étripages inutiles. Pendant très longtemps on s'est servi de multiples locutions pour exprimer la concession "encore que", "bien que", "quoique", "même si". Le "malgré que", n'apporte pas grand chose (à part que son sens est plus évident). Comme il est d'apparition relativement moderne (par rapport aux autres), il choque encore. Mais il se répand, et ce qui était une faute de français devient simplement une faute de rédaction. Cette locution va s'ajouter à la liste déjà nombreuse, des termes qui se disent dans le langage courant, mais qui ne s'écrivent pas dans un style policé et scolaire.
Je trouve sinon que "malgré que" a une syllabe de trop, par rapport aux locutions concessives existantes, et j'ai horreur du "malgré qu'il en ait", quoiqu'il soit parfaitement admis. Pour moi, cette expression est trop figée, pas assez claire d'elle même. Qu'elle tombe en désuétude, j'en serai ravi. Pour en revenir à "malgré que", hors de ce cas malheureux, je trouve que l'usage n'a même pas pu fixer quel mode convenait à cette locution. Après "malgré que", on entend aussi bien de l'indicatif et du subjonctif, et aucun des deux ne va vraiment.
Édité par Lucretius (mardi 11 août 2009 à 16 h 19)
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