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JSC, il me semble que la notion de "beau" personnage renvoie à un personnage qui, de par sa construction riche de symboles et tout en profondeur, suscite chez le lecteur une admiration, fut-elle positive et négative.
En fait, il me semble que la notion de "beau" personnage en littérature française renvoie à cette idée d'un personnage riche, ouvert quant à la question du sens : un personnage qui provoque l'interrogation en somme. Rien à voir, donc, avec la beauté morale ou physique, ou même la perception positive que l'on s'en fait.
C'est presque une notion littéraire, mais je ne sais comment on appellerait cela en anglais...
En tout cas, pour bien répondre au sujet, je crois qu'il faut surtout ne pas se cantonner au sens littéral de beau, mais aussi au sens spécifiquement littéraire.
Me trompé-je ?
Bonsoir, Florent.
Qu'est ç'une admiration négative?
Notion littéraire en anglais = litarary notion. L'un comme l'autre plutôt vides de sens réel.
Si on ne peut pas se fier aux sens des mots, poourquoi s'en servir?
Je serais plutôt d'avis que "beau" n'est pas le mot approprié pour qualifier "personnage".
JSC, le problème ne tient pas vraiment à savoir si le mot est approprié ou non : on parle d'une notion, d'un concept.
Pour l'admiration négative, je veux dire qu'on peux trouver un personnage fascinant, intéressant, justement parce que dans sa négativité, il atteint une forme de perfection.
Dernière modification par Florent (10/02/2008 18:08)
Bien vu Florent !
Si je prends Don Juan (qui n'est pas un personnage de roman), il est à la fois repoussant et attirant. Mais c'est un "beau" personnage par sa complexité et son ambivalence. Nous ne voudrions pas nous identifier à son hypocrisie, à ses manquements de toutes sortes, mais nous pouvons admirer une certaine forme de courage ou rester ébahis devant sa virtuosité ou la radicalité de sa révolte...
La "beauté" est dans la justesse du point de vue (psychologique, esthétique, culturel...) et dans son caractère exemplaire au point d'accéder au mythe.
« C’est un beau personnage !» Que veut-on dire ?
En reprennant le sujet initial, j'oserais dire que la plupart des posts assument ce qui est le sens de "beau personnage". Pour moi, rien n'est plus incertain que l'on croie d'avoir créé un consensus sur ce point.
En effet, par les différentes interventions, on pourrait faire un cas pour appliquer l'épithète à n'importe quel personnage, ce qui banalise, sinon balaye, son sens, me semble-t-il.
Dans le "que veut-on dire?" je sousentends une nécessaire justification (ou non) de "beau" dans le syntagme.
Je ne crois pas que l'admiration et la fascination sont forcément des synonymes.
Pire, admirer qqchose de malsain, ne serait-il pas en soi.......pervers?
Le Diable: perfection du Mal; fascinant: admirons-le. 
JSC. Peut-être n'admets-tu pas cette analyse parce que tu restes du côté de la morale.
Et malheureusement, l'étude de la littérature serait impossible sans un minimum de concepts fixes, comme dans toute autre discipline d'ailleurs.
Florent a écrit :
on parle d'une notion, d'un concept.
Avec beaucoup d'imprécision, car parler d'un concept est presque contradictoire.
Nous avons les idées arrêtées dès que nous cessons de réfléchir.
Ernest Renan
Figer la littérature/une idée/un concepte? Quelle idée!
{Vous ne parlez tjrs pas du personnage, simplement de sa fabrication. De l'artisanat donc, pas de l'Art.}
JSC
Pourrait-on philosopher sans concepts ? Non ! C'est la même chose en littérature. Il ne s'agit pas de la figer : les concepts sont des moyens autour desquels naviguer : c'est en tout cas ce que j'apprends chaque jour en cours...
Un personnage est toujours fabriqué par son auteur : je ne vois pas en quoi cette idée est contradictoire avec l'Art !
Florent.
Tu fais en sorte que ceci n'est pas un dialogue (voir un autre fil à ce sujet). C'est-à-dire, tu ne me donnes pas l'impression de répondre à des points précis dans mes propos. Simplement avancer un point de vue sans exemple concret n'est pas raisonner et je suis bien "homme raisonnable", comme l'a dit Jean-Luc.
Tu veux philosopher maintenant? Soit! Sur le beau, alors!
Kant: Schön ist, das was ohne Begriff allgemein gefällt. (Critique de jugement I, 9)
Est beau, ce qui, sans concept, est l'objet d'une satisfaction de l'esprit (non pas procure du plaisir).
Florent a écrit :
Un personnage est toujours fabriqué par son auteur : je ne vois pas en quoi cette idée est contradictoire avec l'Art !
. Le mot contradictoire est de toi. Tu focalises sur l'auteur, automatiquement "artiste" à tes yeux. J'ai essayé sans succès de mettre en évidence l'aspect "fabrication". Depuis très longtemps , les deux côtés Art/Artisanat ont marché sur des chemins parallels.
Mes notes étymologiques donnent:
AR (indo-européen) => ARMUS (latin) = haut du bras => ARS (latin)
ARS +In =>inerte.
ARTIFICIUM = artifice (facio = je fais).
RTAM (sanskrit) => rite = ordre conforme à la religion.
RITUS (latin) = compte = ordre conforme à la logique.
L'ordre général dicté par les dieux (9 arts en Grèce ancienne) ou par les lois 'logiques'.
ARS (latin) substantif féminin = façon d'être, d'agir => habilité acquise par l'étude ou la pratique = TEKNE (grec) => technique.
Iners = inhabile => inerte.
Art poétique (1300).
Artisan.
Artiste.
Il me semble que ce n'est pas seul l'artisanat, même si on peut l'admirer, qui soit responsable de la réussite d'un personnage. Comme pour le personnage du théâtre qui a besoin d'un metteur en scène et un public, le personnage d'un roman prend vie uniquement 'sous les projecteurs' qu'un lecteur lui apporte. Son succès ou sa beauté existe seulement dans le regard que nous lui apportons, faisant suite de notre éducation, notre goût, nos sentiments, nos émotions.
P.-S.
Les exercices donnés aux élèves ne cessent pas de figer la littérature! J'ai compté plus de 200 figures de style et vocablaire littéraire sur une fiche de ce site et ne supporte plus de voir les classifications par registre, genre et autres tonalités. Comme si l'auteur concerné a pensé comme cela! Hah.
Un post récemment voulait savoir quel mouvement littéraire (française) débutait en 1852. D'autres croient que tous les mouvement littéraires furent nés en France.
Des idées bien arrêtées, non?
Pour la fin du message, tout à fait d'accord.
Mais pardonne-moi, JSC, quand je t'entends dire, "l'auteur n'a pas pensé comme cela", j'ai l'impression de réentendre certains propos que je tenais au lycée.
Quelqu'un qui s'intéresse vraiment à la littérature ne cherche pas à savoir ce que l'auteur a pensé, mais cherche à savoir ce qu'il peut bien penser de ce que l'auteur a fait.
Voilà pourquoi on peut faire une lecture psychanalytique du mythe d'Oedipe, par exemple. Crois-tu vraiment que les Grecs avaient dans la tête ce que Freud écrira bien plus tard ? Je ne pense pas.
Autre exemple : j'étudie cette année La Place Royale de Pierre Corneille. Certains critiques voient dans Alidor un impuissant : je ne crois pas que Corneille y ait pensé, mais peut importe. Ce qui est "beau" dans Alidor, c'est justement que ce personnage nous permet d'avancer mille et une interprétation à ce sujet. C'est ce que je veux dire quand je parle de profondeur.
Quant à tes étymologies, pardonne-moi, mais je n'y comprends rien.
Enfin, les profs de lettres ne me contrediront sûrement pas, on ne peut pas faire de littérature, sans se référer aux figures littéraires, aux genres ou aux registres. Ce qui ne veut pas dire qu'il faille à tout prix enfermer tel auteur dans tel courant littéraire : par exemple, cette année, j'étudie aussi La Chartreuse de Parme, et nous nous demandons en quoi cette oeuvre est romantique, mais aussi en quoi elle peut annoncer le naturalisme (ce qui est d'ailleurs très contestable).
Ainsi, ces concepts littéraires, s'ils sont bien maniés, n'enferment pas les oeuvres : au contraire, ils démultiplient les clés de lecture.
Voilà... Est-ce suffisamment argumenté cette fois ?
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