1
Connectez-vous pour écrire une réponse
Bonjour jai besoin d'aide pour decrypter un sujet
Les Reveries du Promeneur Solitaire de Rousseau peuvent selon la critique du XXe siècle se lire comme " le chant mélodieux d'une voix (celle de rousseau) qui defend l'âme contre sa destruction " montrez le
Svp aidez Moiii
Dernière modification par ladymael (24/01/2008 17:02)
Bonsoir,
Ce sujet t'invite à examiner la poésie ("chant mélodieux") du texte, essentiellement la célébration du bonheur de jouir de soi dans la solitude au contact de la nature.
Par ex. regarde comment Rousseau, dans l'extrait qui suit, exprime sa solitude, par une phrase qui épouse l'impression physique, dont le rythme suit les états de conscience, dont le final exalte le sentiment de l'existence :
« Le flux et le reflux de cette eau, son bruit continu mais renflé par intervalles frappant sans relâche mon oreille et mes yeux suppléaient aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence, sans prendre la peine de penser » (V).
Au cogito, ergo sum de Descartes, Rousseau substitue le "j'éprouve intensément, donc je suis".
Mais aussi comment ce texte est une lutte contre la désagrégation universelle de la mort. Je te rappelle que Rousseau est mort en laissant inachevée la dixième promenade.
Ce texte est aussi une interrogation sur les fondements de la connaissance et de la morale, remparts contre la destruction spirituelle de l'âme.
Enfin les Rêveries sont une expérience mystique où l'âme essaie de se dilater aux dimensions de l'univers pour échapper à la sclérose des persécutions de la vie sociale.
On peut aussi dire qu'écrire, justement, contribue à cette survie de l'âme
Qu'est-ce qu'une âme?
Comment la détruire?
Moi j'entends pas du tout destruction comme la mort. N'oublions pas qu'il s'agit de Rousseau. Il me semble plutôt que Rousseau évoque sa propre destruction (à l'âme) : pour lui, l'homme naît bon et est corrompu par la société. Je crois que l'écriture est un moyen de ne pas être corrompu par cette société, l'écriture et le fait de rester solitaire. Je pense que par destruction il entend corruption de l'âme par la société.
Après je peux me tromper...
Bonjour Angeluisa,
Il ne suffit pas d'affirmer, il faut vérifier. Et avec les versions électroniques, c'est devenu très facile.
Donc, pour revenir à nos moutons, les Rêveries du promeneur solitaire sont aussi le livre d'un vieillard qui sait sa mort prochaine, presque son testament.
L'oeuvre contient au moins 20 occurences du terme mort ou mortel ou immortel...
Voici quelques extraits qui te permettront de revoir ton affirmation :
Depuis quinze ans et plus que je suis dans cette étrange position, elle me paraît encore un rêve. Je m'imagine toujours qu'une indigestion me tourmente, que je dors d'un mauvais sommeil et que je vais me réveiller bien soulagé de ma peine en me retrouvant avec mes amis. Oui, sans doute, il faut que j'aie fait sans que je m'en aperçusse un saut de la veille au sommeil, ou plutôt de la vie à la mort...
Il se passe bien peu de jours que de nouvelles réflexions ne me confirment combien j'étais dans l'erreur de compter sur le retour du public, même dans un autre âge ; puisqu'il est conduit dans ce qui me regarde par des guides qui se renouvellent sans cesse dans les corps qui m'ont pris en aversion. Les particuliers meurent, mais les corps collectifs ne meurent point. Les mêmes passions s'y perpétuent, et leur haine ardente, immortelle comme le démon qui l'inspire, a toujours la même activité. Quand tous mes ennemis particuliers seront morts, les médecins, les oratoriens vivront encore, et quand je n'aurais pour persécuteurs que ces deux corps-là, je dois être sûr qu'ils ne laisseront pas plus de paix à ma mémoire après ma mort qu'ils n'en laissent à ma personne de mon vivant...
Tout est fini pour moi sur la terre. On ne peut plus m'y faire ni bien ni mal. Il ne me reste plus rien à espérer ni à craindre en ce monde et m'y voilà tranquille au fond de l'abîme, pauvre mortel infortuné, mais impassible comme Dieu même...
Ne pouvant plus faire aucun bien qui ne tourne à mal, ne pouvant plus agir sans nuire à autrui ou à moi-même m'abstenir est devenu mon unique devoir, et je le remplis autant qu'il est en moi Mais dans ce désoeuvrement du corps mon âme est encore active, elle produit encore des sentiments, des pensées, et sa vie interne et morale semble encore s'être accrue par la mort de tout intérêt terrestre et temporel. Mon corps n'est plus pour moi qu'un embarras, qu'un obstacle, et je m'en dégage d'avance autant que je puis...
J'étais déjà sorti plusieurs fois et je me promenais même assez souvent aux Tuileries, quand je vis à l'étonnement de plusieurs de ceux qui me rencontraient qu'il y avait encore à mon égard quelque autre nouvelle que j'ignorais. J'appris enfin que le bruit public était que j'étais mort de ma chute, et ce bruit se répandit si rapidement et opiniâtrement que plus de quinze jours après que j'en fus instruit I on en parla à la cour comme d une chose sûre. Le Courrier d'Avignon n, à ce qu'on eut soin de m'écrire, annonçant cette heureuse nouvelle, ne manqua pas d'anticiper à cette occasion sur le tribut d'outrages et d'indignités qu'on prépare à ma mémoire après ma mort, en forme d'oraison funèbre...
Nous entrons en lice à notre naissance, nous en sortons à la mort. Que sert d'apprendre à mieux conduire son char quand on est au bout de la carrière ? Il ne reste plus qu'à penser alors que comment on en sortira. L'étude d'un vieillard, s'il en reste encore à faire, est uniquement d'apprendre à mourir, et c'est précisément celle qu'on fait le moins à mon âge, on y pense à tout hormis à cela. Tous les vieillards tiennent plus à la vie que les enfants et en sortent de plus mauvaise grâce que les jeunes gens. C'est que, tous leurs.travaux ayant été pour cette même vie, ils voient à fin qu'ils ont perdu leurs peines. Tous leurs soins, tous leurs biens, tous les fruits de leurs laborieuses veilles, ils quittent tout quand ils s'en vont. Ils n'ont songé à rien acquérir durant leur vie qu'ils pussent emporter à leur mort...
Je quittai le monde et ses pompes, je renonçai à toutes parures, plus d'épée, plus de montre, plus de bas blancs, de dorure, de coiffure, une perruque toute simple, un bon gros habit de drap, et mieux que tout cela, je déracinai de mon coeur les cupidités et les convoitises qui donnent du prix à tout ce que je quittais. Je renonçai à la place que j'occupais alors, pour laquelle je n'étais nullement propre, et je me mis à copier de la musique à tant la page, occupation pour laquelle J'avais eu toujours un goût décidé. Je ne bornai pas ma réforme aux choses extérieures. Je sentis que celle-là même en exigeait une autre, plus pénible sans doute mais plus nécessaire dans les opinions, et résolu de n'en pas faire à deux fois, j'entrepris de soumettre mon intérieur à un examen sévère qui le réglât pour le reste de ma vie et que je voulais le trouver à ma mort...
Mais la patience, la douceur, la résignation, l'intégrité, la justice impartiale sont un bien qu'on emporte avec soi, et dont on peut s'enrichir sans cesse, sans craindre que la mort même nous en fasse perdre le prix...
Si le mouvement est inégal ou trop fort, il réveille ; en nous rappelant aux objets environnants, il détruit le charme de la rêverie, et nous arrache d'au-dedans de nous pour nous remettre à l'instant sous le joug de la fortune et des hommes et nous rendre au sentiment de nos malheurs. Un silence absolu porte à la tristesse. Il offre une image de la mort. Alors le secours d'une imagination riante est nécessaire et se présente assez naturellement à ceux que le ciel en a gratifiés...
Brillantes fleurs, émail des prés, ombrages frais, ruisseaux, bosquets, verdure venez purifier mon imagination salie par tous ces hideux objets. Mon âme morte à tous les grands mouvements ne peut plus s'affecter que par des objets sensibles ; je n'ai plus que des sensations, et ce n'est plus que par elles que la peine ou le plaisir peuvent m'atteindre ici-bas. Attiré par les riants objets qui m'entourent, je les considère, je les contemple, je les compare, j'apprends enfin à les classer et me voilà tout d'un coup aussi botaniste qu'a besoin de l'être celui qui ne veut étudier la nature que pour trouver sans cesse de nouvelles raisons de l'aimer...
Pour moi j'ai beau savoir que je souffrirai demain, il me suffit de ne pas souffrir aujourd'hui pour être tranquille. Je ne m'affecte point du mal que je prévois mais seulement de celui que je sens, et cela le réduit à très peu de chose. Seul, malade et délaissé dans mon lit, j'y peux mourir d'indigence, de froid et de faim sans que personne s'en mette en peine. Mais qu'importe, si je ne m'en mets pas en peine moi-même et si je m'affecte aussi peu que les autres de mon destin quel qu'il soit ? N'est-ce rien, surtout à mon âge, que d'avoir appris à voir la vie et la mort, la maladie et la santé, la richesse et la misère, la gloire et la diffamation avec la même indifférence ? Tous les autres vieillards s'inquiètent de tout, moi je ne m'inquiète de rien, quoi qu'il puisse arriver tout m'est indifférent, et cette indifférence n'est pas l'ouvrage de ma sagesse, elle est celui de mes ennemis et devient une compensation des maux qu'ils me font. En me rendant insensible à l'adversité ils m'ont fait plus de bien que s'ils m'eussent épargné ses atteintes. En ne l'éprouvant pas je pourrais toujours la craindre, au lieu qu'en la subjuguant je ne la crains plus. Cette disposition me livre, au milieu des traverses de ma vie, à l'incurie de mon naturel presque aussi pleinement que si je vivais dans la plus complète prospérité. Hors les courts moments où je suis rappelé par la présence des objets aux plus douloureuses inquiétudes, tout le reste du temps livré par mes penchants aux affections qui m'attirent, mon coeur se nourrit encore des sentiments pour lesquels il était né, et j'en jouis avec des êtres imaginaires qui les produisent et qui les partagent comme si ces êtres existaient réellement.
Dernière modification par Jean-Luc (25/01/2008 15:46)
Connectez-vous pour écrire une réponse
1