Pour paraphraser Buffon, la poésie c'est l'homme.
LA poésie est comme DIeu, impénétrable.

Bonjour Krystyna,
Je suis bien d'accord avec cette voie mystique ou sacrée de la poésie même si elle ne permet pas de rendre compte de toutes les tentatives poétiques. En fait, je reformulerai votre propos d'une autre manière.
Si Dieu est un être absolu, il possède alors toutes les perfections, dont la beauté.
La fonction essentielle de la poésie est bien de révéler la beauté, l'harmonie, l'ordre, la surprise… quel que soit le nom que l'on veuille donner à la beauté. C'est pourquoi tout poète est amené à entrer en relation avec le sacré dans sa création poétique, même s'il nie toute forme de transcendance.
D'ailleurs, dans ses origines, la poésie a été en lien avec le sacré non seulement par le caractère miraculeux de l'inspiration, mais encore par son utilisation marquée dans la célébration des rites et l'élaboration des mythes.
A-t-on assez remarqué que la poésie est liée par nature à la respiration, aux rythmes, aux répétitions, toutes formes liées aux processus vitaux et aux apprentissages fondamentaux ?
Je ne te titille pas. Dieu a tout créé, tout autant le laid que le beau. Les deux, étant son œuvre, sont sacrés. Du moins perso je le ressens ainsi...
Et puis à partir des Fleurs du mal on sort complètement des préoccupations "esthétisantes" de la poésie, pour en revenir aux considérations littéraires.
Bonsoir Léah,
Certes Dieu a tout créé, mais il faudrait distinguer entre les causes premières et les causes secondes.
L'homme qui a parfois ajouté la culture à la nature est quand même responsable d'un certain nombre d'enlaidissements.
Et si Baudelaire fait l'apologie de la laideur, ou plutôt du beau bizarre, il recherche en définitive la beauté, sa beauté.
"Tu m'as donné ta boue et j'en ai fait de l'or".
La beauté est effectivement une notion subjective et culturelle, c'est ce que Voltaire défendait dans ce fameux article avec sa pincée de sel philosophique.
Si Dieu existe et qu'il a tout créé alors, oui, hideur et beauté procède du sacré et l'on doit, sinon les rechercher, du moins les admettre. Mais, à ce moment-là, la recherche du "beau" ou du "laid" n'est-elle pas une recherche de "Dieu", et n'est-elle pas que cela?
Si Dieu n'existe pas, seul l'homme conceptualise et l'idée du beau et de l'affreux ne sont qu'un reflet de lui-même, tel qu'il le verrait, prisonnier dans la caverne de Platon. On n'en doit pas moins admettre ces deux idées, sinon les rechercher, comme étant la recherche de soi.
Quelle que soit l'origine que l'on donne à l'homme, nous ne pouvons que constater que "beau" et "laid" ne sont jamais que deux faces de "quoi exactement? et comment l'appeler?", et qu'invoquer l'un c'est forcément évoquer l'autre et inversement.
J'ai l'impression qu'il en est de l'esthétique comme de la notion de Dieu, c'est tellement personnel que toute discussion, pour intéressante qu'elle soit, ne trouvera jamais de conclusion éclatante aux yeux de tout un chacun comme aux yeux de tous..
Et pourtant, il faut discuter..
Dernière modification par lebeau (23/09/2006 13:46)
Mais quand je parle de sacré, ça n'implique pas forcément l'idée de Dieu. Il me semble que la poésie arrive à mettre en valeur ce qui est transcendant en chaque chose, ce qui est atemporel. Vous regardez une fleur, certains vont dire : tiens cette rose est fanée, j'aurais dû changer l'eau. D'autres sont se mettre à méditer sur le temps qui passe, etc.
Quant à Dieu, je ne pense pas qu'on puisse dire que la laideur soit dans ses attributs. L'idée d'un Dieu en clair-obscur, un peu manichéen, ne me convient pas. Mais c'est personnel.
La question "qu'est ce qui fait qu'un texte est poétique ou non? " porte sur le texte, non sur l'auteur. Espace clos, il est régi par un système d'élaboration considéré uniquement dans la réception : le texte nous parle - t - il ou non? car pour reprendre la formule de Sartre : "Il n'y a d'art que par et pour autrui." Il s'agit plus de réceptivité que de réception. La poétique, depuis Flaubert réduite au style, est autre, dans le sens où plus que l' expressivité, c'est l'impression que la lecture nous laisse qui fait qu'elle nous reste. Désolée mais pour moi ton texte ne l'est pas même si le sujet me passionne.