Bonjour Léah,
Je ne partage pas tout à fait votre conception de la poésie :
c'est laisser faire les mots comme ils l'entendent.
Dans la poésie comme dans toute activité littéraire, il doit y avoir une part de travail, d'intentionnalité. L'inspiration seule ne produit pas de grandes œuvres. Le poète est aussi un artisan qui apprend un tour de main. Les brouillons sont très instructifs.
La difficulté réside sans doute en ce que ce travail est d'abord conscient pour devenir ensuite une seconde nature et donc apparaître de moins en moins.
Je ne connais pas de vrai poète qui n'ait appris son "métier", même le jeune prodige Rimbaud… Même les surréalistes, qui ont prétendu promouvoir les automatismes, ont souvent repris la main pour guider la lecture dans le sens qui leur convenait...
Benjamin
Je refuse d'être raisonnable, quand il s'agit de sujets qui me passionnent.
Jean-Luc
Oui, il n'y a pas de poésie sans travail. Mais il n'y en a pas davantage sans inspiration, et sans respect des mots et de leur propre travail
Les surréalistes ont renoncé à poursuivre l'aventure de l'écriture automatique, sous peine de finir dans un asile !
Dans sa pièce La Ville, Paul Claudel met sur les lèvres d'un personnage nommé Coeuvre sa conception du vers :
O mon fils ! lorsque j’étais un poète entre les hommes,
J'inventai ce vers qui n'avait ni rime ni mètre,
Et je le définissais dans le secret de mon cœur cette fonction double et réciproque
Par laquelle l'homme absorbe la vie, et restitue, dans l'acte suprême de l'expiration,
Une parole intelligible.
Bien vu Léah !
Mais le coeur chez Claudel n'est point assimilable aux tripes. En fait il faut y voir l'acception biblique, l'intime de l'homme, affectivité, intelligence et âme tout à la fois.
Je pourrais ajouter qu'il joue aussi sur les termes d'inspiration (muse et entrée de l'air) et d'expiration.
Il me semble qu'au-delà de toute considération esthétique qui ferait de la poésie un art de décoration, il s'agit avant tout d'un acte de création qui permet de réconcilier le temporel et l'a-temporel, le visible et l'invisible. Je rejoins en cela Saint John Perse, qui écrivait :
Et c'est d'une même étreinte, comme une seule grande strophe vivante, qu'elle embrasse au présent tout le passé et l'avenir, l'humain avec le surhumain, et tout l'espace planétaire avec l'espace universel.
La poésie nous permet d'approcher du sacré, et sacralise le monde qui nous entoure.