Merci Jean-Luc ... Je savais quand même que Jakobson n'était pas un poète !
Je trouve l'exemple de Jeanne et Marguerite sur wikipédia effectivement très juste ... Et je me dis à première vue que cela doit me faire changer la définition que je donnais plus haut d'un discours qui par rapport au langage quotidien ...
Apparemment Jakobson admet que tout message verbal qui vise à mettre en évidence sa propre matière est répond à une fonction poétique. Je me trompe? Il ne fait qu'une différence qualitative avec la poésie à proprement parler ...
Soit . Mais là j'ai un doute ... Jakobson traite de la fonction poétique du langage. Je me demande qu'est ce qui nous fait dire qu'un texte est poétique. Nos sujets se coupent peut-être , mais sommes nous en train de parler de la même chose ? Car le fait que l'on choisisse un énoncé plutôt qu'un autre , je reprend l'exemple de "Jeanne et Marguerite" plutôt que "Marguerite et Jeanne", qu'on utilise instinctivement une certaine redondance du texte dans les allitérations et assonances (il est intéressant de constater qu'en musique on recherche également instinctivement une forme de répétition ... Il suffit d'essayer de taper de façon quelconque sur un objet sonore , et d'attendre un peu ...), y compris dans un lettre officielle par exemple , nous permet-il vraiment de qualifier le texte de cette lettre poétique ?
Je ne crois pas. Je me dis qu'entre la fonction poétique du langage et la qualité poétique d'un texte, le mot poétique ne renvoie pas strictement à la même chose. Partagez vous cette impression ?
Bonsoir Bastien,
Jakobson remarque que le langage (ou son utilisation) comporte en lui-même des potentialités poétiques (assonances, rythme, ordre des mots…) ce qui ne suffit pas à créer une langue poétique s'il n'y a pas intentionnalité (attention ici de ne pas trop intellectualiser le terme, même si la poésie est souvent aussi un jeu formel. En tout cas, l'intentionnalité peut être aussi de l'ordre de la sensibilité).
L'exemple de "Jeanne et Marguerite" est intéressant pour nous montrer ce que la langue orale calquée sur la respiration aura tendance à produire comme énoncé. Mais un écrivain, désireux de produire un effet, voudra peut-être disloquer la phrase pour créer un autre sens. Pense à M. Jourdain !
Le langage est d'abord un vecteur d'échanges utilitaires.
"La France compte 36 millions de sujets", est une pure information.
Mais quand Henri Rochefort écrit "La France compte 36 millions de sujets, sans compter les sujets de mécontentement… " nous sommes passés par le détournement de sens dans la fonction poétique du langage, ici à des fins polémiques.
De même, une page du Bottin est une pure mine de renseignements. Pourtant, quand Breton en recopie une dans son recueil Clair de terre (je crois - je n'ai plus le livre pour le vérifier), il se livre au premier degré à un canular provocant pour l'esprit bourgeois étriqué. Au second degré, il détourne la fonction utilitaire du langage vers la fonction poétique par un voyage surréaliste qui invite à rêver sur les patronymes et les toponymes, ou du moins à considérer l'étrangeté des rencontres… à condition que le lecteur accepte ce détournement de sens. Ainsi il ne peut exister une production poétique, s'il n'y a pas un minimum de complicité entre l'auteur et le lecteur. Le langage poétique est aussi un code.
oui ... le langage est un code de toutes façons, non ?
Qui n'existe qu'avec une complicité entre l'émetteur et le destinataire, non?
Tout à fait d'accord quant à l'intentionnalité ... Oui...
Toujours de Valéry : " la poésie est l'ambition d'un discours qui soit chargé de plus de sens, et mêlés de plus de musique, que le langage ordinaire n'en porte et n'en peut porter." Variété II
Je retente une définition :
"poétique" désigne l'ambition d'un discours ayant un "en plus" que le langage ordinaire : inspiré, plus apte à parler au sens, correspondant à un certain code, ou jouant avec ses codes... Cet "en plus" correspondant forcément, consciemment ou non, à une fonction autotélique du discours, au sens ou il ramène l'attention sur sa propre matière...
C'est déjà plus conséquent! Est-ce bien en cela qu'on appelle un texte "poétique" ?
Oui , mais pour moi , mallarméen , l'inanité du but jamais ne me fera renoncer ...
Mais le but poétique a sa définition claire : je traduits ma "signature": Et tu en étais pleinement persuadé , tu es transpercé du sentiment que ce qui est fécond seul est vrai ...
Mais enfin il ne faut pas se laisser tenter par la facilité pour autant ... Le premier crétin qui passe, parce qu'il écrit une phrase emphatique et à la musicalité vague, ne doit pas nous laisser croire qu'il est poète ... D'où une certaine légitimité de ma question, je trouve ...
Dernière modification par bastie_no (18/12/2007 21:27)
Lebeau
Entièrement d'accord avec vous, une définition de la poésie ne peut qu'être personnelle, tant elle touche à l'intime en nous (tout en atteignant l'universel)
Ce qu'en dit Germaine de Staël
Bastien :
Char ? un crétin ? j'arrête là cette discuss 
Je ne visais pas Char, que je ne connais que très peu ...
Je parle du slameur de bas étage, par exemple ...
Mais puisqu'on en arrive toujours à des bas-fonds du romantisme ... "La poésie doit être personnelle parce qu'elle touche à l'intime de nous" ...
Les bons poètes du XX, ce sont Proust, Kafka, Wittgenstein et Heidegger ... Orwell peut-être ...
Dernière modification par bastie_no (19/12/2007 16:46)
Bastien
J'ai ajouté “tout en atteignant l'universel....” Ce n'est pas pour rien....
Les bons poètes du XXème ? tu ne peux pas faire d'affirmation péremptoire. Chacun les siens. Selon moi, Char est au sommet ; mais je n'impserai ce point de vue à personne. Marguerite Burnat-Provins, mérite une des premières places (toujours à mes yeux)