Chère Léah,
j'ai suffisamment fait jouer des enfants à inventer des mots pour aimer aussi les mots nouveaux; ils n'ont cependant pas pour moi le même charme que les mots anciens que je découvre avec plaisir chez un Robert Merle, par exemple, voire aussi dans des traductions de livres étrangers tels que "shi nan ai" (au bord de l'eau), classique de la littérature chinoise.
Je ne pense pas, par ailleurs, qu'un écrivain donne le goût des mots à qui que ce soit: à la limite, il révèle au lecteur un plaisir enfoui en celui-ci.
Pour moi, le goût des mots se construit dans les premiers pas du langage, chez le tout petit.
Chère Poilue,
je me garde bien de "barbariser" ( "barbaloguer ?", "barbatorier ?")qui que ce soit, sachant trop que ceux que l'on qualifie ainsi ont souvent de quoi répondre et bien répondre: ils ont aussi leur culture, parfois plus ancienne et plus riche, toujours intéressante.
Dernière modification par lebeau (02/09/2006 23:37)
Le texte littéraire n'est-il pas aussi une thérapie pour l'auteur, pour qui il serait douloureux, voire insupportable de tout garder en lui?
Et, dans ce cas, est-ce l'auteur ou le lecteur qui en fait un texte littéraire?
Après tout, au milieu de l'ennui dans lequel se complaisent bien des gens, ne serait-ce qu'une parcelle de "pas encore vu" distrait, et pour peu que le texte ne soit pas trop désagréable à lire, il peut devenir littéraire, non?
Ce n'est pas gentil du tout pour ceux qui n'ont pas fait d'études littéraires! (toute plaisanterie a son fond de vérité). Je ne connais pas le langage littéraire mais je comprends ce qui se raconte ici, il ne faut pas exagérer, les gens ne parlent pas chinois. D'ailleurs, sans avoir de connaissances, j'arrive très bien à " ressentir" l'écriture, même si je ne sais pas nommer les choses; j'utilise mes mots et jusqu'à présent, on m'a comprise. Je m'émerveille quand je parle de "sonorité" et qu'on me répond "euphonie". Je fais l'effort de venir apprendre et certains font l'effort de m'apprendre. C'est fabuleux et moi, je dis : merci !
ps : je suis du peuple et je ne regarde pas la télé, donc, ne pas faire de généralités. Je suis vexée, non mais des fois !
Mais il n'existe pas de langage "littéraire" Katarina. Un des plus beaux poèmes de la langue française, Les roses de Sâadi de Marceline Desbordes-Valmore, a été écrit avec des mots "de tous les jours" Pourtant, c'est une pure merveille. Le charme en est inépuisable... Et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres !
Les roses de Saadi
J'ai voulu ce matin te rapporter des roses ;
Mais j'en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les noeuds trop serrés n'ont pu les contenir.
Les noeuds ont éclaté. Les roses envolées
Dans le vent, à la mer s'en sont toutes allées.
Elles ont suivi l'eau pour ne plus revenir ;
La vague en a paru rouge et comme enflammée.
Ce soir, ma robe encor en est tout embaumée...
Respires-en sur moi l'odorant souvenir.
lebeau a écrit :
Le texte littéraire n'est-il pas aussi une thérapie pour l'auteur, pour qui il serait douloureux, voire insupportable de tout garder en lui?
Et, dans ce cas, est-ce l'auteur ou le lecteur qui en fait un texte littéraire?
Après tout, au milieu de l'ennui dans lequel se complaisent bien des gens, ne serait-ce qu'une parcelle de "pas encore vu" distrait, et pour peu que le texte ne soit pas trop désagréable à lire, il peut devenir littéraire, non?
Et qui a dit que la littérature est "l'art d'emballer les ordures" ? Bérulle ? Je ne sais plus...
Quant à moi, Krystyna, ce que je disais était bien entendu du 2nd degré ! Comme tu l'as dit, il y a une petite part de vérité cachée sous une énorme caricature de l'homos occidentalis lambda :-)
Le premier message que je voulais faire passer c'est qu'en fait, notre système d'éducation est complètement hypocrite. On essaie de nous faire croire qu'il est égalitaire quand il est hyper élitiste. Certes, toute société a besoin d'élites, mais alors il n'y a aucun système éducatif plus sournois que le nôtre !
Enfin, je pense que pour accéder pleinement à l'intelligence d'un texte littéraire il faut acquérir un certain savoir, c'est à dire faire un certain effort. Cela est valable pour tous les autres arts, comme par exemple la musique ou la peinture. Ce ne sont pas aux oeuvres de se pencher vers le "peuple", mais c'est au "peuple" de s'élever vers elles. Voilà ce à quoi sert un prof de littérature !