#1 03/12/2007 13:47

AdVitam_Aeternam
1 message(s)
La filière littéraire J'aimerais des témoignages d'expériences concrètes de professeurs

Bonjour,

Je suis actuellement étudiante en seconde année de Lettres Modernes et, passionnée par la littérature et l'enseignement, j'aimerais me diriger vers un Master, voire jusqu'au Doctorat, afin de devenir Maître de conférence. J'ai conscience que ce parcours s'avèrera long, et demandera beaucoup de travail.
J'aimerais discuter avec un(e) professeur d'université, maitre de conférence, ou enseignant(e) au lycée, afin de receuillir un témoignage d'après une expérience concrète du métier. (Comment s'organise le programme de l'enseignant/ la production des cours ? Quelles relations entretient-il avec ses élèves ? Quelles difficultés particulières ce métier demande-t-il ? Necessite-t-il des qualités spécifiques requises ?...)


Quelqu'un pourrait-il m'aider ?
Merci d'avance.

A bientôt peut être...

Virginie

Dernière modification par AdVitam_Aeternam (03/12/2007 13:48)

 

#2 28/12/2007 00:08

Jean-Yves
La filière littéraire J'aimerais des témoignages d'expériences concrètes de professeurs

Bonsoir Virginie,

tout d'abord, je pense que tu vois un peu trop large. Enseigner à la fac ou au lycée, il faut choisir car c'est tout à fait différent.
Etant moi-même prof de lycée, j'ai conscience que, à l'université, mon lot de travail serait complètement différent. Il y a une dose de recherche et d'égoïsme à la fac compètement différente de la pédagogie à employer face à des jouvenceaux lycéens.
C'est le public qui fait la différence je pense. Avec de jeunes étudiants, il est plus facile de raconter sa vie, ses recherches, les abysses littéraires, les figures de style, la philo car les étudiants sont là pour ça.
Par contre, bien souvent au collège et lycée, ces petits "malotrus" font le français parce que c'est obligatoire ou c'est plus facile. Donc, il faut constamment faire en sorte d'inciter l'intérêt... (là réside tout l'art d'enseigner). A la fac, tu peux te contenter de parler (radoter) et tu n'en as cure de savoir s'ils s'intéressent ou pas : s'ils ont vraiment envie de réussir il s'y mettront.

Témoignage de prof de lycée... maintenant si tu as l'avis d'un maître de conférence ce serait encore mieux.
J-Yves

 

#3 24/05/2008 15:41

lili77
36 message(s)
La filière littéraire J'aimerais des témoignages d'expériences concrètes de professeurs

Je poste un message pour relancer cet appel à témoignages qui m'intéresserait aussi!

En vous remerciant pour les éclaircissements que vous pourrez nous apporter.

 

#4 26/05/2008 17:53

charlemont
42 message(s)
La filière littéraire J'aimerais des témoignages d'expériences concrètes de professeurs

Vaste sujet... Il est difficile de devenir maître de conférences... Jusqu'à quel point est-ce difficile ? Je l'ignore exactement mais je peux citer ( et garantir ) quelques exemples, ce qui vaut toujours mieux que de longs développements.

1. Le mien.
Cursus : khâgne à Henri IV, sous-admissible à Normale, Ecole des chartes ( pour mémoire, deuxième au concours B en 93 ). Thèse avec Y M Bercé, 19 / 20. DEA d'histoire moderne avec Jean Bérenger à Paris IV, 18/ 20. Boursier à l'ecole de Rome. Certifié.
Naturellement, il serait ridicule de chercher à entrer en fac avec un cursus aussi misérable : on me l'a fait comprendre. Fermement.

2. Une amie.
Docteur es lettres avec quelques sommités dix-septièmistes au jury dont j'ai oublié le nom, félicitations unanimes du jury, admissible aux Chartes, agrégation externe de lettres classiques ( promesse d'un avenir professionnel radieux à la soutenance, j'étais là... ).
Résultats : Prof de lycée en banlieue parisienne. Est d'ailleurs contente après ses huit ans de collèges en ZEP.

3. Une autre amie.
Cursus : 3ème à ULM, Docteur es lettres avec Vidal Naquet dans le jury, félicitations unanimes. 4ème à l'agrégation externe de lettres classiques, DEA de musicologie, premiers prix de conservatoire de piano.
Résultats : premier poste avec des secondes techno dans un lycée technique de Brie et dépression nerveuse... Aujourd'hui assistante à Censier. Aucune chance de devenir maitre de conf, poste menacé.

Aujourd'hui, les offres d'emploi pour un poste en fac sont souvent décalqués sur le CV du poulain déjà retenu. Sens de la communication et du relationnel essentiels...
Voilà c'est un peu désabusé mais bon... la réalité doit pas être spécialement idéale non plus. On peut toujours parler de méritocratie républicaine ensuite. Allez au Québec, il paraît qu'ils recrutent les éléments brillants.

 

#5 26/05/2008 18:44

charlemont
42 message(s)
La filière littéraire J'aimerais des témoignages d'expériences concrètes de professeurs

Ah oui je précise pour le cas 1.
C'est également un CV beaucoup trop misérable pour travailler dans tout dépot d'archives ou dans toute bibliothèque, à quelque niveau que ce soit, en France. Là encore, on me l'a expliqué très fermement. Je rappelle que l'Ecole des chartes est censé représenter le top... mondial dans ce domaine.

 

#6 18/06/2008 23:43

SophieD
La filière littéraire J'aimerais des témoignages d'expériences concrètes de professeurs

Vous ne seriez pas un peu mythomane? J'ai vraiment du mal à le croire. C'est terrifiant.

 

#7 19/06/2008 02:11

Tyagin
171 message(s)
La filière littéraire J'aimerais des témoignages d'expériences concrètes de professeurs

mythomane, je ne crois pas.
Oui, les qualités relationnelles sont essentielles. Sortir de Paris et de sa misère intellectuelle (désolé, mais la Sorbonne n'a qu'une réputation, mais rien à proposer...) aussi

en ce qui concerne les bibliothèques et les archives, c'est sur concours, à bac+3.... il suffit donc de ne pas écouter le "on" qui parle "fermement".

 

#8 19/06/2008 13:24

charlemont
42 message(s)
La filière littéraire J'aimerais des témoignages d'expériences concrètes de professeurs

C'est à dire que j'aimerais bien l'être, mythomane.
Enfin, je ne suis pas ministre de l'Education nationale. Et ce n'est pas moi qui ait créé le système de l'université, ni celui des Grandes Ecoles, ni d'ailleurs rien de rien en ce domaine. Mais j'aurais bien aimé avoir accès aux informations de ce site avant de m'engager dans des études littéraires longues. Mais internet n'existait guère à l'époque... Ca du moins, c'est un net progrès !
Après, je ne décourage personne. Aucun des trois cas que je cite n'est au chômage. J'ai de quoi me payer des vacances... Et il existe, outre le professorat, bien des concours de catégorie B intéressants, dans le patrimoine notamment.
Mais pour avoir par exemple fréquenté un peu le jury de l'Enssib, je peux vous dire que c'est particulier. Le concours de la magistrature aussi. Le concours de personnel de direction de l'EN. A partir d'un certain nombre d'années d'études, les règles du jeu peuvent écoeurer les âmes sensibles...
Je vais vous citer un quatrième cas, moins pessimiste :
Agrégé de grammaire, fils de pasteur et prof de fac, soutient sa thèse à strasbourg sur je ne sais plus quel dialecte étolien... et trouve un poste de maître de conférences. Mais... l'offre d'emploi était calqué sur son CV. Et le relationnel a joué et drolement. Le père était au bon endroit. Mais c'est mérité, je l'ai un peu fréquenté, c'est un cerveau.
Bref : la compétition est rude. Ca, d'accord. Mais en plus les règles ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Parce que le relationnel d'accord, c'est une chose, mais l'héritage familial, c'en est une autre.
Saint Bourdieu, priez pour nous...

 

#9 19/06/2008 14:18

ENS
261 message(s)
La filière littéraire J'aimerais des témoignages d'expériences concrètes de professeurs

charlemont a écrit :

1. Le mien.
Cursus : khâgne à Henri IV, sous-admissible à Normale, Ecole des chartes ( pour mémoire, deuxième au concours B en 93 ). Thèse avec Y M Bercé, 19 / 20. DEA d'histoire moderne avec Jean Bérenger à Paris IV, 18/ 20. Boursier à l'ecole de Rome. Certifié.
Naturellement, il serait ridicule de chercher à entrer en fac avec un cursus aussi misérable : on me l'a fait comprendre. Fermement.

2. Une amie.
Docteur es lettres avec quelques sommités dix-septièmistes au jury dont j'ai oublié le nom, félicitations unanimes du jury, admissible aux Chartes, agrégation externe de lettres classiques ( promesse d'un avenir professionnel radieux à la soutenance, j'étais là... ).
Résultats : Prof de lycée en banlieue parisienne. Est d'ailleurs contente après ses huit ans de collèges en ZEP.

3. Une autre amie.
Cursus : 3ème à ULM, Docteur es lettres avec Vidal Naquet dans le jury, félicitations unanimes. 4ème à l'agrégation externe de lettres classiques, DEA de musicologie, premiers prix de conservatoire de piano.
Résultats : premier poste avec des secondes techno dans un lycée technique de Brie et dépression nerveuse... Aujourd'hui assistante à Censier. Aucune chance de devenir maitre de conf, poste menacé.
.

Ton discours est révolté contre un système dont il est le plus pur produit ! Tu accordes tout à la formation initiale, comme si ce qui a été fait par quelqu'un à 20 ans devait conditionner toute sa carrière. C'est la fécondité d'une recherche (qui ne s'évalue pas à 20 ans) qui commande les recrutements universitaires, de même que c'est l'excellence devant une classe (qui ne s'évalue pas non plus à 20 ans) qui commande le recrutement en CPGE. Bien sûr, des formes de copinage et de piston viennent perturber cette mécanique. Mais s'en remettre aveuglément à des titres obtenus à 20 ans, est-ce souhaitable ? En mentionnant sans arrêt son appartenance à une caste (celle des Normaliens, celle des Chartistes, etc.), ne peste-t-on pas tout simplement parce que ce que l'on croyait être un piston "officiel" s'avère moins efficace que certains pistons officieux ? Ne joue-t-on pas encore, au fond, le même jeu, celui de l'appartenance, de la chapellisation ? De toute façon, le problème est plus prosaïque : c'est qu'il y a beaucoup plus d'agrégés - docteurs que de postes de maîtres de conf ! D'où la présence de certains specimen en lycée, où ils peuvent (doivent) briller, rayonner, et tout faire pour ne pas être sous-employés (il y a des choses à faire en matière de coordination disciplinaire, de formation continue des enseignants, de conférences, etc.). Il n'y a rien de déshonorant à enseigner en lycée.
Dans ton propre cas, il paraît évident que ce qui manque à ton CV, c'est l'agrégation : c'est elle, et uniquement elle, qui commande l'"appartenance" à un corps qui t'ouvrirait la porte des CPGE, par exemple (mais là encore : sous réserve de bonnes inspections, d'attente, de services rendus aux IPR et IG, etc.)

Dernière modification par ENS (19/06/2008 14:53)

 

#10 19/06/2008 14:25

Lumino
43 message(s)
La filière littéraire J'aimerais des témoignages d'expériences concrètes de professeurs

Bonjour,

Certains entre vous ont probablement lu la fameuse "confession" de Xavier Dunezat,
Pourquoi je démissionne de mon poste d’enseignant-chercheur en sociologie à l’université, circulée sur le Net il y a quelque temps.

Il y a certainement une part de réalité dans ce qu'il a écrit.

Bonne (re-)lecture!!