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Bonsoir,
J'ai des poèmes de Ronsard, d'Appolinaire à commenter. Seulement, voilà mon problème : j'ai la forte impression qu'une analyse linguistique pourrait être un plus dans un commentaire composé, surtout pour un poème, qui est censé être musical.
Cela étant, je me demande comment l'on peut être crédible en donnant une interprétation à une assonnance, par exemple. Le rythme encore, mais la sonorité, je suis encore gauche. Voici l'un des poèmes que je dois commenter :
Je vous envoye un bouquet de ma main
Que j'ai ourdy de ces fleurs epanies :
Qui ne les eust à ce vespre cuillies,
Flaques à terre elles cherroient demain.
Cela vous soit un exemple certain
Que voz beautés, bien qu'elles soient fleuries,
En peu de tems cherront toutes flétries,
Et periront, comme ces fleurs, soudain.
Le tems s'en va, le tems s'en va, ma Dame :
Las! le tems non, mais nous nous en allons,
Et tost serons estendus sous la lame :
Et des amours desquelles nous parlons,
Quand serons morts n'en sera plus nouvelle :
Pour-ce aimés moi, ce pendant qu'estes belle.
Par exemple, il y a une forte présence de sons en [a] et [ã]/[õ] dans le premier tercet, il y a plusieurs occurences du son [fl] dans les deux premiers quatrains. Mais après ? Je ne veux pas associer gratuitement un son à un argument.
Je vous remercie par avance.
Bonjour,
Voilà quelques pistes pour commencer :
Effets des sons
Selon les traditions poétiques françaises, certains sons et effets de sons sont dotés d'attributs précis. En voilà un bref résumé:
Répétition de sons > monotone, répétitif
Voyelles claires [i, y, e, , , ] > aigu, clair, doux, léger
Voyelles graves [a, o, , œ, , u, , , ] > grave
Voyelles sombres [u, o, ] > sombre, grave, sourd
Voyelles éclatantes [a, , œ, ] > éclatant
Voyelles nasales [, , , ] > voilé, muté, attenué, mou, lent
Consonnes momentanées [p, t, k, b, d, g] > sec, hésitant
Consonnes continues [f, v, l, m, n, s, z, ] > onomatopée, soutenu
Consonnes nasales [n, m] > doux, mou, languissant
[R] + voyelles claires > grinçant
[R] + voyelles sombres > grondant
Consonnes spirantes [s, z] > sifflant
Il ne faut pas oublier aussi d'examiner les rimes sémantiques qui construisent ou renforcent le sens du poème. Par ex. "fleuries" et "flétries" qui condensent toute la signification élégiaque du poème ou "demain", "certain" et "soudain", un futur menaçant qui appelle une jouissance présente...
Je pense, malgré tout l'intêret de votre tableau Jean-Luc, que c'est à manipuler avec précaution ; car les sons produisent aussi des effets de par leur voisinage. Un son n'existe pas isolément des autres, c'est tout le talent de l'auteur de les marier harmonieusement (ou pas !)
On peut voir par ex dans cette strophe
Le tems s'en va, le tems s'en va, ma Dame :
Las! le tems non, mais nous nous en allons,
Et tost serons estendus sous la lame
une alternance de ces voyelles nasalisées (tems, tems, s'en, non, en, lons, rons, ten) et de A éclatants ? ou graves ? (va, va, ma, Da, Las, la, la)
Comment justifier le “mou” de ces nasalisées à côté de ces A ? dire que ce “grave” des A traduit l'idée grave de la mort, je ne le vois pas du tout dans l'éclatante répétition en finale de “mA DAme” ou de "lA lAme”. Par contre, la répétition de tems s'en, donne bien cette idée de la fuite du temps ; mais je crois que c'est davantage lié à la répétition (reprise au second vers) qu'on sonorités “molles”; Je ne pense pas que Ronsard veuille atténuer quelque chose ici ; au contraire il se veut persuasif pour convaincre cette jeune Dame de l'aimer
Bonjour Léah,
Vous avez tout à fait raison d'attirer l'attention de notre correspondante sur les dangers d'une interprétation trop stricte. Ce tableau indique seulement des tendances.
De plus, comme la connaissance des sept notes de musique ne suffirait pas à écrire un grand air d'opéra, bien que ce fût possible en théorie, les règles de l'assonance et de l'allitération doivent être elles aussi combinées pour produire des effets subtils.
Voilà comment j'analyserais le premier vers à titre d'exemple et de ressenti personnel :
Le tems s'en va, le tems s'en va, ma Dame
Je note la répétition de 4 voyelles nasalisées (renforcée par une répétition). L'effet produit est un allongement de la voyelle, donc un effet de durée et de tristesse (comme chez Verlaine). Le poète se retourne et voit le temps disparaître inexorablement. Nous sommes dans la tonalité élégiaque.
La répétition des A donne une gravité certaine au propos. L'avis est affirmé et prépare l'invitation finale. Elle aussi renforce la tonalité élégiaque.
Bonjour Jean-Luc 
Pour ma part je ne peux m'empêcher de trouver un tempo très chantant à cette strophe : l'invitation à l'amour est sous-jacente
va, ma Dame, la lame, malgré la gravité de l'évocation de la mort il y a dans ce “sous la lame” un rythme de valse
Enfin, c'est ainsi que je l'entends bien sûr !
Mais je fais aussi un rapprochement avec le
Elsa valse
et valsera
de Aragon, qui danse sur les A
C'est cela le charme de la poésie, chacun y trouve aussi son compte 
PS la lame, c'est la lame du tombeau bien sûr ; mais le mot ne peut pas ne pas laisser entendre le rythme des lames marines
Eh bien ce sera interessant de savoir ce qu'en pense Cindy !
bonjour
vos réponses sont interessantes
puis-je également noter les homéotéleutes ? je veux dire que toutes les rimes ont la même orthographe
la notion de rimes visuelles peut-elle être étayée ?
ici, ce sont des décasyllabes : parle-t-on d'hémistiches et de césure ?
le premier tercet m'a également fait penser aux sanglots longs de Verlaine
puis-je dire qu'il n'y a pas de passé dans ce sonnet (faut-il compter le passé composé comme un passé strict ?) : il y a seulement des futurs et des présents
et enfin, le nous du tercet 1 est inclusif (moi+vous+les humains), mais le nous du tercet 2, n'est-ce pas le je du poète ? j'ai l'impression que ce poème est une gradation : le premier quatrain parle d'une plante, le second de la femme, le premier tercet des hommes en général, et le dernier de l'amour. En fait, puis-je dire qu'il parle d'une constatation empiriste pour finir sur une note abstractive ?
pour finir, puis-je dire que le dernier vers constitue la chute du sonnet, car j'ai l'impression que ce vers est plutôt enjoué.
Oui idéalement les rimes du sonnet doivent être comme tu dis savament homochoses (moi j'aurais dit homographes)
Hémistiche et césure existent pour tous les types de vers pairs !
Le futur et le présent sont des temps qui incitent à vivre. Ce poème est un beau plaidoyer pour la vie
La chute d'un poème, c'est souvent son dernier vers 
Dernière modification par Léah (09/11/2007 16:55)
Bonsoir Cindy,
Je n'ai pas le temps de répondre à toutes tes questions;
puis-je également noter les homéotéleutes ? je veux dire que toutes les rimes ont la même orthographe
Homéotéleute (n.m.) : du grec homoios (όμοιος), « semblable », « de même nature » et teleutê (τελευτή), « fin », « accomplissement », « réalisation ».
Terme de grammaire. Désinence semblable. Les homéotéleutes sont des formes de langage par lesquelles on place à la fin des phrases ou des membres de phrases des mots de même finale. La rime est un cas particulier d'homéotéleutes. Cette notion ne présente donc aucun intérêt ici.
ici, ce sont des décasyllabes : parle-t-on d'hémistiches et de césure ?
Dans les vers longs, (au-delà de huit syllabes), une syllabe est traitée comme une syllabe finale intermédiaire du point de vue du rythme, cette syllabe, qui marque une coupure dans le vers, est la césure. Elle découpe le vers en deux hémistiches, c’est-à-dire en deux séquences rythmiques. Elle est en principe placée au milieu. Dans les vers impairs, par ex. de 9 syllabes, elle peut être placée après la 4e ou la 5e syllabe.
Ici tu as 4/6.
puis-je dire qu'il n'y a pas de passé dans ce sonnet (faut-il compter le passé composé comme un passé strict ?) : il y a seulement des futurs et des présents
Non, il y a des passés composés au début dont le sens est l'accompli dans le passé et le prolongement du passé dans le présent.
La rime est un cas particulier d'homéotéleutes.
Jean-Luc, éclairez-moi : est-ce aussi le cas pour des rimes purement sonores ?
exemple l'est/laid
ici c'est un peu plus visuel (Mallarmé)
...... ce l'est
Ce blanc vol fermé que tu poses
Contre le feu d'un bracelet
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