#1 04/11/2007 23:29

Catiia
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Entraide scolaire et méthode Essais de Montaigne : II, 11

Bonjour, je dois rendre un commentaire composée sur un texte de montaigne : Essais "De la Cruauté" II , 11

Je vois clairement qu'il s'agit d'une critique de la violence au quotidien dans la société, mais je n'arrive pas à creuser plus loin. Je n'arrive même pas à faire correctement la lecture methodique du texte.
VOici le texte :

Quant à moi, en la justice mesme, tout ce qui est au delà de la mort simple, me semble pure cruauté : Et notamment à nous, qui devrions avoir respect d'en envoyer les ames en bon estat ; ce qui ne se peut, les ayant agitées et desesperées par tourmens insupportables.

Ces jours passés, un soldat prisonnier, ayant apperceu d'une tour où il estoit, que le peuple s'assembloit en la place, et que des charpantiers y dressoyent leurs ouvrages, creut que c'estoit pour luy : et entré en la resolution de se tuer, ne trouva qui l'y peust secourir, qu'un vieux clou de charrette, rouillé, que la fortune luy offrit. Dequoy il se donna premierement deux grands coups autour de la gorge : mais voyant que ce avoit esté sans effect : bien tost apres, il s'en donna un tiers, dans le ventre, où il laissa le clou fiché. Le premier de ses gardes, qui entra où il estoit, le trouva en cet estat, vivant encores : mais couché et tout affoibly de ses coups. Pour emploier le temps avant qu'il deffaillist, on se hasta de luy prononcer sa sentence. Laquelle ouïe, et qu'il n'estoit condamné qu'à avoir la teste tranchée, il sembla reprendre un nouveau courage : accepta du vin, qu'il avoit refusé : remercia ses juges de la douceur inesperée de leur condemnation. Qu'il avoit prins party, d'appeller la mort, pour la crainte d'une mort plus aspre et insupportable : ayant conceu opinion par les apprests qu'il avoit veu faire en la place, qu'on le vousist tourmenter de quelque horrible supplice : et sembla estre delivré de la mort, pour l'avoir changée.

Je conseillerois que ces exemples de rigueur, par le moyen desquels on veut tenir le peuple en office, s'exerçassent contre les corps des criminels. Car de les voir priver de sepulture, de les voir bouillir, et mettre à quartiers, cela toucheroit quasi autant le vulgaire, que les peines, qu'on fait souffrir aux vivans ; quoy que par effect, ce soit peu ou rien, comme Dieu dit, Qui corpus occidunt, et postea non habent quod faciant. Et les poëtes font singulierement valoir l'horreur de cette peinture, et au dessus de la mort,

Heu reliquias semiassi regis, denudatis ossibus,
Per terram sanie delibutas foedè divexarier.

Je me rencontray un jour à Rome, sur le point qu'on deffaisoit Catena, un voleur insigne : on l'estrangla sans aucune emotion de l'assistance, mais quand on vint à le mettre à quartiers, le bourreau ne donnoit coup, que le peuple ne suivist d'une voix pleintive, et d'une exclamation, comme si chacun eust presté son sentiment à cette charongne.

Il faut exercer ces inhumains excez contre l'escorce, non contre le vif. Ainsin amollit, en cas aucunement pareil, Artaxerxes, l'aspreté des loix anciennes de Perse ; ordonnant que les Seigneurs qui avoyent failly en leur estat, au lieu qu'on les souloit foüetter, fussent despouillés, et leurs vestemens foüettez pour eux ; et au lieu qu'on leur souloit arracher les cheveux, qu'on leur ostast leur hault chappeau seulement.

Les Ægyptiens si devotieux, estimoyent bien satisfaire à la justice divine, luy sacrifians des pourceaux en figure, et representez : Invention hardie, de vouloir payer en peinture et en ombrage Dieu, substance si essentielle.

Je vy en une saison en laquelle nous abondons en exemples incroyables de ce vice, par la licence de noz guerres civiles : et ne voit on rien aux histoires anciennes, de plus extreme, que ce que nous en essayons tous les jours. Mais cela ne m'y a nullement apprivoisé. A peine me pouvoy-je persuader, avant que je l'eusse veu, qu'il se fust trouvé des ames si farouches, qui pour le seul plaisir du meurtre, le voulussent commettre ; hacher et destrancher les membres d'autruy ; aiguiser leur esprit à inventer des tourmens inusitez, et des morts nouvelles, sans inimitié, sans proufit, et pour cette seule fin, de jouïr du plaisant spectacle, des gestes, et mouvemens pitoyables, des gemissemens, et voix lamentables, d'un homme mourant en angoisse. Car voyla l'extreme poinct, où la cruauté puisse atteindre. Ut homo hominem, non iratus, non timens, tantùm spectaturus occidat.

De moy, je n'ay pas sçeu voir seulement sans desplaisir, poursuivre et tuer une beste innocente, qui est sans deffence, et de qui nous ne recevons aucune offence. Et comme il advient communement que le cerf se sentant hors d'haleine et de force, n'ayant plus autre remede, se rejette et rend à nous mesmes qui le poursuivons, nous demandant mercy par ses larmes,

quæstuque cruentus
Atque imploranti similis,

ce m'a tousjours semblé un spectacle tres-deplaisant.

Je ne prens guere beste en vie, à qui je ne redonne les champs. Pythagoras les achetoit des pescheurs et des oyseleurs, pour en faire autant.

primóque à cæde ferarum
Incaluisse puto maculatum sanguine ferrum.

Les naturels sanguinaires à l'endroit des bestes, tesmoignent une propension naturelle à la cruauté.

Apres qu'on se fut apprivoisé à Rome aux spectacles des meurtres des animaux, on vint aux hommes et aux gladiateurs. Nature a, (ce crains-je) elle mesme attaché à l'homme quelque instinct à l'inhumanité. Nul ne prent son esbat à voir des bestes s'entrejouer et caresser ; et nul ne faut de le prendre à les voir s'entredeschirer et desmembrer.

Et afin qu'on ne se moque de cette sympathie que j'ay avec elles, la Theologie mesme nous ordonne quelque faveur en leur endroit. Et considerant, qu'un mesme maistre nous a logez en ce palais pour son service, et qu'elles sont, comme nous, de sa famille ; elle a raison de nous enjoindre quelque respect et affection envers elles.