#1 17/06/2006 20:14

marina
14 message(s)
Entraide scolaire et méthode Beaumarchais, Le Mariage de Figaro : acte I, scène 5

Bonjour,

Je sollicite encore une fois votre aide si précieuse pour l'analyse d'une scène théâtrale : il s'agit de la scène 5 de l'acte I du Mariage de Figaro.
J'ai bien remarqué le "duel" verbal qui opposait Suzanne et Marceline, le jeu des révérences assez comique... mais voilà, je doute que ce soit suffisant.

P.S. : je ne sais pas comment m'adresser directement à Jean-Luc, c'est pour ça que j'ai créé une toute nouvelle discussion :s

Dernière modification par webmestre (17/06/2006 20:58)

 

#2 19/06/2006 14:07

Jean-Luc
2933 message(s)
Entraide scolaire et méthode Beaumarchais, Le Mariage de Figaro : acte I, scène 5

Bonjour Marina,

MARCELINE, BARTHOLO; SUZANNE

SUZANNE, un bonnet de femme de chambre avec un large ruban dans la main, une robe de femme sur le bras.
L'épouser, l'épouser ! Qui donc ? Mon Figaro ?

MARCELINE, aigrement. Pourquoi non ? Vous l'épousez bien !

BARTHOLO, riant. Le bon argument de femme en colère ! Nous parlions, belle Suzon, du bonheur qu'il aura de vous posséder. .

MARCELINE. Sans compter Monseigneur, dont on ne parle pas.

SUZANNE, une révérence. Votre servante, madame ; il y a toujours quelque chose d'amer dans vos propos.

MARCELINE, une révérence. Bien la vôtre, madame; où donc est l'amertume ? N'est-il pas juste qu'un libéral seigneur partage un peu la joie qu'il procure à ses gens ?

SUZANNE. Qu'il procure ?

MARCELINE. Oui, madame.

SUZANNE. Heureusement, la jalousie de Madame est aussi connue que ses droits sur Figaro sont légers.

MARCELINE. On eût pu les rendre plus forts en les cimentant à la façon de Madame.

SUZANNE. Oh ! cette façon, madame, est celle des dames savantes.

MARCELINE. Et l'enfant ne l'est pas du tout? Innocente comme un vieux juge ?

BARTHOLO, attirant Marceline. Adieu, jolie fiancée de notre Figaro.

MARCELINE, une révérence. L'accordée secrète de Monseigneur.

SUZANNE, une révérence. Qui vous estime beaucoup, madame.

MARCELINE, une révérence. Me fera-t-elle aussi l'honneur de me chérir un peu, madame ?

SUZANNE, une révérence. A cet égard, Madame n'a rien à désirer.

MARCELINE, une révérence. C'est une si jolie personne que Madame !

SUZANNE, une révérence. Eh mais ! assez pour désoler madame. .

MARCELINE, une révérence. Surtout bien respectable !

SUZANNE, une révérence. C'est aux duègnes à l'être.

MARCELINE, outrée. Aux duègnes ! aux duègnes !

BARTHOLO, l'arrêtant. Marceline !

MARCELINE. Allons, docteur, Car je n'y tiendrais pas. Bonjour, madame.

Une révérence.

D'abord il serait utile d'examiner les diverses formes de comique
4 grands types de comiques :
• le comique de gestes : ici la répétition des révérences, leur signification ironique,
• celui de mots : rapidité et enchaînement des répliques, si nous avions à faire à des vers, nous parlerions de stichomythies, les allusions et sous-entendus, les mots à double entente...
• le comique de situation : Bartholo faisant ce qu'il peut pour éviter la querelle,
• et celui de caractères : l'opposition entre la jeune soubrette piquante et la femme mûre jalouse.

Il y a aussi la critique sociale : les abus des maîtres nobles à l'encontre de leur personnel de service, ici les servantes, mais aussi les maîtresses à l'égard des valets. Evocation du libertinage moral.

Cette scène placée au début de la pièce est révélatrice de certains des liens qui opposent les personnages. Tout nous confirme que Figaro est le héros central autour duquel s'organise l'intrigue.


Jean-Luc    "Il n'y a jamais nulle part où aller qu'en dedans." Doris Lessing :)