Bonjour Krystyna et Mozart,
On aurait tort de négliger l'avis de Paul Guth qui nous a quittés il y a peu. Ce Gersois, agrégé de lettres et écrivain qui a connu une certaine notoriété avec sa série des Naïfs inspirée de son expérience d'enseignant, est un fin connaisseur de la littérature.
Si l'on examine ce qui est advenu à la tragédie, nous devons bien reconnaître que Voltaire est bien en dessous de Racine et de Corneille. D'une manière générale, la tragédie a connu son apogée pendant trente ans seulement au XVIIe siècle, puis a sombré au cours du XVIIIe. Le grand siècle est aussi celui des moralistes et de la perfection classique. Les envols du baroque héroï-comique cornélien et l'aura sacrée de la tragédie racinienne nous ont emmenés sur les hauteurs. C'est un siècle aristocratique, aux exigences morales élevées notamment dans le service du royaume.
Le XVIIIe siècle nous fait entrer dans l'époque moderne avec les privilèges qu'il accorde à la désacralisation de l'aventure humaine et à la dérision, en particulier avec les premiers antihéros. Bien entendu, il ne s'agit que de tendances générales.
Je ne crois pas que Guth méprise le XVIIIe siècle français, il préfère simplement l'élévation du siècle de Louis XIV, la gloire du classicisme français, donc une certaine forme d'élitisme exigeant. Il l'exprime tout simplement avec force, donc sans nuance.
Tu as raison Jean-Luc, et je ne veux pas remettre en question l'avis d'un éminent critique, qui connait certainement mieux la littérature que moi ; mais je crois que son manque de nuance me gène, car pour moi, il ne peut pas écrire haut et fort que le cerveau des intellectuels du XVIIIème est plus petit que celui des intellectuels du XVIIème. Les tragédies de Voltaire ne sont pas inférieures à celles de Racine (il faudrait tout de même nuancer quelque peu, je le concède) : la preuve c'est qu'elles furent les plus gros succès du XVIIIème .
Bonsoir Mozart,
Petit cerveau est une affirmation au milieu d'autres appréciations qui raccourcissent tous les aspects de la vie sociale.
La science moderne nous a appris que l'intelligence n'était pas proportionnelle à la taille du cerveau. Guth n'a pas prétendu que le XVIIIe siècle était moins intelligent que son prédécesseur, seulement plus terre à terre, moins grandiose, que ses vues étaient moins élevées, plus partisanes. Il me semble que le mot cœur aurait été plus approprié. Le XVIIe siècle s'est montré plus métaphysique, plus aristocratique et moins bourgeois. Le XVIIIe siècle est bien celui de l'accession de la bourgeoisie à la conduite des affaires. Voilà ce que personnellement je crois comprendre dans ce rapetissement généralisé.