Je vous préviens de suite, j'ai beaucoup de mal à formuler ce sujet, parce que mon idée de départ n'est pas tout-à-fait claire.
Au final, je me rends compte qu'il n'y a pas beaucoup de possibilités de discussion, et que mon post est très très faible niveau argumentaire et sera très aisément critiquable.
Je suis parti de la lecture des Mots de Sartre, dans lesquels il renonce à ses origines bourgeoises et littéraires. Ce sera, effectivement, le dernier livre qu'il publiera.
J'ai donc réfléchi à "la littérature est un domaine bourgeois" et je n'ai pu m'empêcher de constater qu'historiquement, c'était vrai. Toutes les créations, depuis que l'on a reconnu l'Art, est le produit d'une bourgeoisie - disons plutôt d'une classe aisée.
Chez les grecs, les familles riches se reposaient sur leurs esclaves pour leur assurer une bonne source de revenu, et l'on sait que les auteurs dramatiques ne sont pas issus d'une paysannerie libre mais pauvre.
Montaigne, Rabelais, Erasme, More ... au XVIe avaient tous des protecteurs, rois, religieux ou nobles, ou alors étaient nobles eux-mêmes.
La littérature classique du XVIIe siècle français a été écrite par les nobles, classe coupée du monde du travail à des fins vitales.
Au XVIIIe siècle, partout en Europe, ce sont les grands-bourgeois, issus des milieux d'affaire, qui produisent la littérature, et, plus généralement, les arts.
Après la Révolution française, et la disparition d'une "noblesse" instituée, cela continue, peut-être un peu moins clairement en raison du surgissement du peuple et de la marche du capitalisme et du socialisme. Peut-on concevoir qu'Hugo, Vigny ou Musset auraient pu tenir leur vie de débauche ou de bohème s'ils n'avaient pas eu des origines leur assurant un revenu financiers agréable ?
À partir du Second Empire, puis pendant la IIIe république, les Salons regroupent une bourgeoisie qui aime à s'adonner à l'intellectualisme - en témoigne l'oeuvre de Proust, sa Recherche du temps perdu étant lui-même issu de ces milieux.
C'est à partir de là que les frontières s'estompent. La littérature s'ouvre au peuple, c'est la démocratisation qui se met en marche, pour en arriver à nos jours où tout le monde, à peu près, peut être publié et revendiquer le titre d' "écrivain". Mais, de nos jours, c'est une nouvelle forme de classe sociale qui s'est crée : la classe moyenne, mi figue mi raisin, ni trop riche, ni trop pauvre pour pouvoir se jeter dans l'entreprise du livre. Les nouveaux pauvres, ce sont les banlieues de HLM - et dans cette partie-là du pays, nous n'aurons peut-être pas la chance de nous voir parvenir un livre digne de ce nom.
Alors j'en viens à la même réflexion que Sartre : la littérature est un luxe. Pourtant, elle est, disons ... vitale, et sûrement salvatrice. Notre condition physique doit-elle être assurée pour que l'on puisse se permettre une vie intellectuelle ?
Ce n'est toujours pas le cas pour une grande partie de la population .. À l'echelle nationale, et, encore plus, à l'echelle mondiale.
C'est comme tout...
Avec une formation minimum, des personnes habitant les banlieues pouraient elles aussi écrire de très bons livres, faire de très bons films, de très beaux <<tableaux>>, etc..
D'un côté, c'est vrai qu'il faut en avoir les moyens financiers et le temps.
D'un autre côté, le talent ne s'achète pas, enfin à méditer...
Notre condition physique doit-elle être assurée pour que l'on puisse se permettre une vie intellectuelle ?
Oh que oui jacquemort, un homme qui a le ventre vide ne pensera pas à remplir des pages ou des toiles...
Laliie, non le talent ne s'achète ni ne se vend
Tiens j'ai vu une expo interessante ce vendredi. Les ménines déjà "démontées" par Dali et Picasso, déclinées par une vingtaine de peintres amateurs ... résultat étonnant. Si vous passez par Barcelone ce mois-ci La ruta de Las Meninas, quartier de Gracia, dans les cafés et restos
Ce qui relève du "bourgeois" n'est peut-être pas la littérature mais l'accès au livre: effectivement, seuls les riches et les puissants ont eu, à une certaine époque, les moyens de se constituer une bibliothèque.
En revanche, la créativité, elle-même, ne relève pas forcément du bourgeois.
Villon était-il riche?
Je ne le crois pas.
Dickens décrit trop bien les milieux pauvres de son époque pour n'en avoir pas tâté.
Camus n'avait rien de quelqu'un de riche au départ.
Certains auteurs latins ont, si mes souvenirs sont bons, commencé comme esclaves.
Etc..
Afin de comprendre un peu mieux ton propos: une question...
De quoi parle-t'on? Du point de vue de la production, ou du point de vue de la réception? Des écrivains ou des lecteurs? De la richesse pécunière ou intellectuelle (le fait d'appartenir à une élite culturelle), car cela ne se recoupe pas forcément?
Bonjours à tous,
Pour répondre à la question de Helandor, le terme bourgeois se rapporte plutôt au domaine économique.
En ce qui concerne la production et la réception d'oeuvre, je pense que cela va ensemble.
en effet, le goût pour la littérature vient en grande parti de l'éducation que l'on a reçu : un jeune à qui on aurait jamais présenté une oeuvre aura difficilement l'envie d'en produire une.
Ainsi, dans les siècles précédent je pense que la littérature était bien un art bourgeois puisque cette classe était la seul à avoir accès à l'éducation et donc à la littérature.
par contre aujourd'hui je pense que la littérature peut toucher toutes les classes sociales, aussi bien la haute société que les nouveaux pauvres décrit par jacquemort grâce à l'école pour tous. Et puisque tout le monde y a accès, il y a de forte chance que tout le monde puisse produire ces oeuvres.
par exemple, je viens de finir le premier homme de Camus. dans ce livre, l'auteur, issus de couche sociale pauvre à Alger, montre bien que si sont maître d'école l'avait pas poussé à aller au collège (à avoir accès à une éducation plus complète), il ne serait jamais devenu l'homme que nous connaissons.
pour finir, je pense tout de même que la bourgeoisie restera dominante dans ce domaine puisque malgré tout les efforts depuis deux siècles, elle garde un accès privilégié à l'éducation.
Bonsoir,
juste un indice, un peu à côté de la plaque:
1. le théâtre de Shakespeare (XVIème s.) à Southwark fut ouvert à tous et les pebs arrivaient en grande quantité, même s'ils devraient rester debout pour les spectacles.
2. le premier Opéra public (la Fenice à Venise) ouvert en 1614 environ, fut fréquenté dès le début par le public général, non pas par la haute société ou marchands uniquement.