#1 20/05/2006 10:40

kichtoune
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Entraide scolaire et méthode Dissertation sur la poésie selon une citation de Cocteau

Bonjour,

Voici le sujet que je dois traiter :

Cocteau définit ainsi la poésie : « l’espace d’un éclair nous voyons un chien, un fiacre, une maison pour la première fois. Voilà le rôle de la poésie. Elle dévoile dans toute la force du terme. Elle montre nues, sous une lumière qui secoue la torpeur les choses surprenantes qui nous environnent et que nos sens enregistraient machinalement. Mettez un lieu commun en place. Nettoyez le, frottez le, éclairez le de telle sorte qu’il frappe avec sa jeunesse et avec la même fraîcheur, le même jet qu’il avait à sa source. Vous ferez œuvre de poète. »
À partir des poèmes que vous connaissez vous expliquerez et commenterez cette conception de la poésie.

Je me demande quels poèmes je pourrais utiliser pour illustrer cette thèse : ceux de Baudelaire ? de Verlaine ? de Rimbaud ? Supervielle (Hommage à la vie) ?

Et si ma thèse est la bonne (surtout) : le rôle de la poésie est de nous faire découvrir des choses inconnues ou connues (mais sous un autre jour).
L'oeuvre du poète est d'embellir, il y a une idée d'éclat et de jeunesse.
Elle fait revivre le "lieu commun" à condition que le poète "l'éclaire sous un autre jour".
L'habitude, l'usure du temps nous fait passer à côté de ces lieux communs qui sont en vérité chacun à leur manière de véritables trésors.

Merci de m'aider en m'apportant vos idées etc.
Bises.

 

#2 22/05/2006 21:09

Jean-Luc
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Entraide scolaire et méthode Dissertation sur la poésie selon une citation de Cocteau

Bonsoir Kichtoune,

Première question : est-il sûr que la réalité soit intrinsèquement belle ? Et que le travail du poète soit alors simplement de la révéler. Il existe effectivement des sujets plus "poétiques" que d'autres : un coucher de soleil, un ciel étoilé, un bouquet de fleurs… que les poètes ont abondamment illustrés.
Mais d'autres poètes pensent que la réalité est laide :

Ces derniers temps, nous avons entendu dire de mille manières différentes : "copiez la nature, ne copiez que la nature .Il n'y as pas de plus grande jouissance ni de plus beau triomphe qu'une copie excellente de la nature". Et cette doctrine, ennemie de l'art, prétendait être appliquée non seulement à la peinture, mais à tous les arts, même au roman, même à la poésie. A ces doctrinaires si satisfaits de la nature, un homme imaginatif aurait certainement eu le droit de répondre : "je trouve inutile et fastidieux de représenter ce qui est, parce que rien de ce qui est ne me satisfait".
La Nature est laide et je préfère les monstres de ma fantaisie à la trivialité positive.
Baudelaire, Salons, 1859

Cocteau se demande si l'essence de la poésie  ne se situe pas dans la nouveauté du regard, dans la fin de notre regard blasé ou habitué qui ne perçoit plus la beauté dans ce qui nous entoure, qui est devenu trop familier, trop émoussé. Le rôle du poète serait alors de nous faire redécouvrir la réalité, de provoquer à nouveau notre émerveillement. Le poète doit rénover l'expression poétique qui se sclérose dans les clichés.

Ton sujet t'invite donc à fournir une définition personnelle de la poésie, du moins de ce qui concerne sa force, son intérêt.

A partir de  A une passante de Baudelaire, par exemple.

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair… puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! Trop tard ! Jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
O toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !

1. La poésie comme mise en lumière
Lumière qui secoue la torpeur :
· une poésie qui réveille, le paysage indistinct de la rue, la commotion visuelle
…"Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître",
· qui redonne de la saveur à ce à quoi nous nous étions habitués : sous les habits de deuil, la femme désirable
· Qui invite à exprimer ses sentiments : le lyrisme de Baudelaire
2. La poésie comme regard neuf ou les sortilèges de l'imagination
· Elle dévoile : elle invite à un nouveau sens, une nouvelle interprétation : le magnétisme du regard révélateur des orages de la passion
· Elle montre nues les choses : elle nous heurte, elle va droit à nos émotions, nos pulsions d'où désir et gêne, le corps sculptural sous les vêtements, l'intense désir physique, la douleur de la rencontre, "La douceur qui fascine et le plaisir qui tue"
· Elle invite à aller au-delà des apparences : la déesse ou l'ange, l'âme sœur sous les apparences corporelles

La poésie, si elle est un regard neuf, est surtout un langage nouveau et musical propre à rendre compte de cette expérience de connaissance intuitive du monde.


Jean-Luc    "Il n'y a jamais nulle part où aller qu'en dedans." Doris Lessing :)