Marcanciel a écrit :
- Un écrivain peut très bien être artiste ou artisan. Pour moi Dan Brown est un artisan et Aragon un artiste par exemple, mais ça reste un jugement personnel.
- Il y a des chanteurs qui chantent très bien, sont considérés comme des artistes mais sont incapables d'écrire des chansons ou de composer, pour moi ils ne sont qu'artisans, ils reproduisent sans produire, inventer.
- On a beaucoup écrit sur le "métier" ou le "statut" d'écrivain, ce qui pousse à écrire, comment on le devient, pourquoi... Des études littéraires sont une aide précieuse mais pas du tout obligatoire; et c'est valable aussi pour les autres arts.
- C'est même sans doute mieux d'apprendre tout seul parce que c'est le meilleur moyen d'éviter un formatage. Je ne pense pas que Hendrix ait appris la guitare dans une école de musique, ou tout au moins, pas à jouer avec les dents...
- J'aimerais savoir le fond de cette pensée. Le jugement personnel, repose-t-il sur un goût (comment est-ce que l'on éduque son goût?) ou sur des critères objectifs (lesquels?).
- Pourquoi dit-on "artiste" justement? Je crois que la distinction que tu fais entre créateur et interprète est intéressante comme piste.
- Des références ou liens URL auraient été utiles ici.
- Hendrix ne vivait pas son apprentissage dans une boule d'isolation. Les Negro spirituals, le Jazz, les rags, le Swing et le Rock de Bill Haley ne lui furent étrangers! Et puis; s'il faut vivre dans son monde d'"autodidacte" pour parvenir à sa fin suicidaire.....c'est pt-être pas le bon exemple à émuler.
Marcanciel a écrit :
- Je dirais simplement qu'on ne devient pas écrivain, on l'est ou on ne l'est pas.
- Si on l'est, quoiqu'il arrive, études ou pas études, on finira par réaliser des miracles, transcender ses propres contraintes. Si on ne l'est pas on peut toujours écrire des livres -aujourd'hui tout le monde écrit-,
- mais il n'y aura jamais de chef d'oeuvre parce que la folie, la frénésie, l'obsession et le nécessaire décalage n'y seront pas.
- C'est possible. Mais qui le décrète? Le peuple? Les critiques? L'auteur lui-même?
- Les miracles après l'an 33 se font rares!
- Si l'on base son jugement sur les émotions, on est dans la lignée droite de pensée philosophique de Kant et Hegel. Quels en étaient les critères à appliquer à la littérature avant 1800 pour qualifier un écrivain d'artiste ou artisan?
L'auteur décide s'il est écrivain. Il faut que ce soit aussi vital pour lui que le besoin de respirer, et il est seul apte à le ressentir
Après, les succès de librairie, de nos jours plus grand-monde ne sait établir de vrais repères ; on ne fait plus de critique littéraire mais du marketing
JSC a écrit :
Marcanciel a écrit :
- Un écrivain peut très bien être artiste ou artisan. Pour moi Dan Brown est un artisan et Aragon un artiste par exemple, mais ça reste un jugement personnel.
- Il y a des chanteurs qui chantent très bien, sont considérés comme des artistes mais sont incapables d'écrire des chansons ou de composer, pour moi ils ne sont qu'artisans, ils reproduisent sans produire, inventer.
- On a beaucoup écrit sur le "métier" ou le "statut" d'écrivain, ce qui pousse à écrire, comment on le devient, pourquoi... Des études littéraires sont une aide précieuse mais pas du tout obligatoire; et c'est valable aussi pour les autres arts.
- C'est même sans doute mieux d'apprendre tout seul parce que c'est le meilleur moyen d'éviter un formatage. Je ne pense pas que Hendrix ait appris la guitare dans une école de musique, ou tout au moins, pas à jouer avec les dents...- J'aimerais savoir le fond de cette pensée. Le jugement personnel, repose-t-il sur un goût (comment est-ce que l'on éduque son goût?) ou sur des critères objectifs (lesquels?).
- Pourquoi dit-on "artiste" justement? Je crois que la distinction que tu fais entre créateur et interprète est intéressante comme piste.
- Des références ou liens URL auraient été utiles ici.
- Hendrix ne vivait pas son apprentissage dans une boule d'isolation. Les Negro spirituals, le Jazz, les rags, le Swing et le Rock de Bill Haley ne lui furent étrangers! Et puis; s'il faut vivre dans son monde d'"autodidacte" pour parvenir à sa fin suicidaire.....c'est pt-être pas le bon exemple à émuler.
- Dans le domaine littéraire, la frontière entre artiste et artisan me semble plus flou que dans les autres domaines et je préfère nuancer mes propos. Je dis que Brown est un artisan parce qu'après avoir lu ses 4 livres sortis en France, j'ai l'impression de n'en avoir lu qu'un seul. Dans chacun de ses livres il utilise rigoureusement le même schéma, les mêmes caricatures de personnage etc etc Donc dans le dernier livre sorti, on peut deviner sans problème ce qui se passera au moins 4 chapitres à l'avance et décrypter ses chers "codes" bien avant ses personnages qui sont censés être les meilleurs cryptologues du monde. Comme un artisan est quelqu'un qui "reproduit" - comme un boulanger par exemple- j'estime qu'il rentre dans cette catégorie. Au contraire, Aragon, quand il écrit la semaine sainte, fait preuve d'une grande créativité et d'audace. L'histoire qu'il raconte est parfaitement juste et très documentée, il aurait donc pu, lui aussi, "reproduire", mais au lieu de ça il en fait un livre très difficile à lire qui met en scène ce qu'on appelle "le bordel aragonien". Beaucoup de personnages qu'on confond sans cesse, des digressions incongrues, du début à la fin le lecteur est dans le brouillard, comme les personnages. Derrière tout ça, il y a un concept, une recherche, une réflexion de fond, de la créativité, tout simplement.
Là je prends deux exemples extrêmes pour illustrer la différence, mais elle n'est pas toujours aussi nette, donc oui il doit bien y avoir une part de subjectivité tout comme il doit y avoir des niveaux de créativité pour le domaine littéraire.
- Le terme "artiste" est complètement galvaudé. Originellement, c'est celui qui exerce un art, et on en dénombre neuf, sans tenir en compte l'aspect créatif. Un chanteur est un artiste, même s'il n'a jamais écrit de chanson, qu'il ne sait jouer d'aucun instrument et n'a jamais rien composé. Donc, là aussi, c'est un jugement subjectif. J'aime mettre une barrière entre un Jean Pascal et un Gainsbourg, un saltimbanque et un créateur. Peut-être que c'est simplement moi qui ne connais pas les termes appropriés pour les différencier, peut-être qu'ils n'existent simplement pas. Ca me fait d'ailleurs penser au débat houleux entre Béart et Gainsbourg qui considérait la musique comme un art mineur, parce que d'après lui tout le monde est capable d'en faire... Donc il y a largement débat sur la question.
- Evidemment si on n'apprend pas son art dans une école, on l'apprend ailleurs, avec des influences et des références, c'est évident, on ne nait pas en sachant jouer de la guitare. On nait créateur, ou on le devient dès l'enfance pour diverses raisons du genre traumas, mais après il faut découvrir son instrument, passer du temps avec, et le connaître un minimum. Quant à la fin suicidaire d'Hendrix, comme je l'ai dit, la créativité ne va pas sans une certaine folie. Hendrix, Cobain, Hemingway, Rimbaud (qui ne s'est pas suicidé mais qui est parti très loin dans ses délires)... Tous échappaient à ce qu'on appelle la norme, c'est ce qui a permis de la bousculer. Tous rejettaient la réalité, ce qui leur a permis de s'enfermer dans leurs arts. Ca prouve qu'on ne devient pas artiste par choix. Quitte à choisir on préfèrerait sans doute vivre heureux et tranquille mais l'art s'impose à nous soit comme une drogue soit comme une thérapie.
JSC a écrit :
Marcanciel a écrit :
- Je dirais simplement qu'on ne devient pas écrivain, on l'est ou on ne l'est pas.
- Si on l'est, quoiqu'il arrive, études ou pas études, on finira par réaliser des miracles, transcender ses propres contraintes. Si on ne l'est pas on peut toujours écrire des livres -aujourd'hui tout le monde écrit-,
- mais il n'y aura jamais de chef d'oeuvre parce que la folie, la frénésie, l'obsession et le nécessaire décalage n'y seront pas.- C'est possible. Mais qui le décrète? Le peuple? Les critiques? L'auteur lui-même?
- Les miracles après l'an 33 se font rares!
- Si l'on base son jugement sur les émotions, on est dans la lignée droite de pensée philosophique de Kant et Hegel. Quels en étaient les critères à appliquer à la littérature avant 1800 pour qualifier un écrivain d'artiste ou artisan?
- Personne ne le décrête, on le sait, c'est tout et le peuple comme les critiques n'ont rien à y voir. On peut très bien passer sa vie à écrire sans jamais faire lire ses textes.
- Question de point de vue. Je suis sûr que les musulmans ont un avis assez différent sur la question 
- Pour moi, les critères sont universels et intemporels mais j'imagine que cette problèmatique est assez moderne et un symptôme du foisonnement littéraire qui prend de plus en plus d'ampleur et qui fait qu'aujourd'hui on a du mal à s'y retrouver parmi tous les livres qui peuvent sortir en une année... Avant 1800, j'imagine qu'on ne se posait pas ce genre de questions. Cela dit je t'avouerais que je manque d'éléments pour te répondre sur ce coup là.
- Le terme "artiste" est complètement galvaudé. Originellement, c'est celui qui exerce un art, et on en dénombre neuf, sans tenir en compte l'aspect créatif. Donc il y a largement débat sur la question.
- Quitte à choisir on préférerait sans doute vivre heureux et tranquille mais l'art s'impose à nous soit comme une drogue soit comme une thérapie.
Parmi les 9 Arts de l'ancien Grèce il y avait l'Astrologie, dont la muse est Urania.
Drogue ou Thérapie? Peut-être pour ceux qui l'entendent plutôt qu'écoutent....ou bien pour ceux qui l'écoutent trp intensivement? 
Je cite un petit texte de Jean-Paul Gavard-Perret paru dans le numéro 56 de la revue "Les Nouveaux Cahiers de l'Adour" (où j'ai également eu l'honneur d'être publié (un peu de pub fait jamais de mal
) intitulé "Ecrire "dit"-il" et qui me semble très pertinent quant au sujet:
"C'est toujours une parole enfouie dns le tréfonds de l'être qu'il faut chercher à entendre derrière le texte. Quelque chose y parle qu'il ne sera plus possible de faire taire mais qui en même temps s'enfouit davantage en un creux de l'individu réduit u voué à un langage opaque indifférencié des organes. Chaque écrivain est donc, pour reprendre le mot de F.B. Michel, un "asthmatique" dont -paradoxalement- la verbalisation fait défaut au fantasme comme s'il n'avait pas les mots pour l'exprimer. Pourtant quelque chose en sort, en surgit et participe à l'élaboration de l'écriture.
C'est une évidence, pour un écrivain digne de ce nom, l'imaginaire s'exprime davantage dans l'écriture que dans la parole, et, ce, en perspective opposée à la formule de Lacan selon laquelle "les écrits volent, les paroles restent". Incapable de dire, l'écrivain écrit, et son écriture le "mange", l'étouffe tans ses mots s'assimilent à son moi. Il est son écriture, il n'est plus. C'est pourquoi, pour Baudelaire, Kafka, Beckett, l'écriture n'apprivoise rien, ne sauve rien. Soustrait à lui-même par ses mots, l'écrivain ne solutionne rien de ses problèmes existentiels. Se résoudre à écrire est donc le symptôme d'une impossibilité. Et en écrivant (pour survivre), l'auteur ne fait que privilégier un mode de relation soit névrotique, soit pervers, soit psychotique. Ce qui ne veut pas dire qu'il est un "malade mental"; mais il est certainement réduit à un mode de fonctionnement unique et répétitif que corrobore la remarque de Michaux au sujet des écrivains: "au commencement la répétition".
Toutefois, l'écriture "sert" aussi à éviter de devenir justement un malade mental. La volonté de destruction prend aussi un biais: car d'une certaine manière, par les mots, l'écrivain met en scène son corps et préserve malgré tout une possibilité de communiquer par le symptôme que représente l'écriture. Il peut ainsi (se) séduire, (s')agresser, (se) culpabiliser, (se) castrer - même si dans son propre cas le mal est déjà fait-, (s') idéaliser, (se) punir, (se) pervertir: il peut bo an, mal an reprendre un peu de pouvoir sur lui-même; il peut se soumettre, obéir ou désobéir, bref tant que faire se peut il "existe". La consonnance de crise est d'ailleurs proche de celle de cri et l'écriture donne forme à ce cri dans ce que Valéry nommait un "spasme d'amour", amour - besoin irrépréssible mais dans ce cas vide- perverti ou dégagé de son objet, tout en demeurant un besoin pressant et irrépréssible, compulsif, une rupture (d'un seuil) vers un aveu étrange entre cri et souffrance, entre crise et exutoire. La menace d'une mort s'expulse ainsi tant bien que mal de là où elle est inscrite: dans l'angoisse qui étreint celui qui, pour parler, se parler, ne peut faire autrement qu'écrire en une dialectique de vie et de mort. Vivre revient donc, se réduit à écrire: c'est là une issue de piètre secours qui, si elle ne sauve rien, permet cependant de continuer en un rituel dérisoire, pesant et jubilatoire pour métaboliser la mort, l'angoisse dont l'auteur ne peut sortir autrement.
L'écriture représente alors le moyen sans doute trompeur et illusoire à bien des égards d'être reconnu comme souffrant. Elle reste le moyen ou le leurre de se faire entendre. Elle incarne un moyen d'attirer, de retenir - moyen fantasmatique - l'attention, le regard. L'être s'officialise ainsi, peu ou prou, selon le degré de reconnaissance dont il fait l'objet par la reconnaissance de ses mots.
Maîtresse et serviteur, l'écriture garde un caractère ambigu. Elle n'est d'ailleurs que le reflet de l'ambiguïté de tout être humain, du caractère paradoxal de ses désirs: je veux mais je ne veux pas, ce que je désire le plus, je le refuse. C'est donc dans cet enfermement que se situent tous les grands écrivains cités plus haut: Baudelaire, Kafka, Beckett associent tous l'écriture à un symptôme qui va jusqu'à risquer d'en inhiber la manifestation au point de les réduire au silence. A ce titre, le dernier texte de Beckett "Comment dire" - texte qui débouche sur l'impossibilité d'écrire et le plonge dans l'aphasie finale où il se cloître quelques jours avant sa mort - est significatif de cet empêchement viscéral.
On peut, à cette aune, placer côte à côte souffrance et création, impliquer entre elles une relation de cause à effet. La souffrance constitue sans doute la source de la création poétique et littéraire mais, pour l'auteur, elle ne sauve rien. Chaque vie (ou ce qui en demeure) de tels écrivains reste un échec. Au bout de son parcours subsistent le mot manquant, la parole à formuler qui se maintiendra en absence, en suspens."
(Désolé pour les éventuelles coquilles mais pas le courage de relire là
)
Vous me commenterez ce texte en trois grandes parties correctement articulées. 
Plus sérieusement c'est un peu ardu mais il explique parfaitement les rouages de la création littéraire et je suis assez d'accord avec lui.
Très interessant ce texte Marcanciel
Drogue, ou thérapie ? je dirais, les deux
Tiens je vais faire la littéraire qui se la pète
, (allusion au fil sur "de la vacuité intellectuelle) Écrire, dit-il est un clin d'œil au titre de Marguerite Duras Écrire, dit-elle
Dernière modification par Léah (01/07/2007 18:38)
COMMENT FAIRE?
Un ami m'envoie le suivant:
Prends le temps de les mettre sur le papier, les unes éloignées des autres - une idée par page. Puis amuse-toi avec les papier, pour faire des regroupement - ça te permettra d'élaguer et de trouver aussi des voies d'exposition.
Prends le temps de chercher le mot juste aussi, celui que tu sens entrer en résonance avec ton état.
Bref : prends le temps! Si tu es trop pressé en général, les idées se choquent et se cognent.