#1 14/06/2007 16:01

klo
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Entraide scolaire et méthode Denis Diderot, Supplément au voyage de Bougainville

bonjour,

j'ai une lecture analytique sur le supplément du voyage de Bougainville, de Diderot, le passage sur le mythe du bon sauvage, à partir de " Et des sauvages, qu'en pense t-il ?" jusqu'à : "la libèrté est le plus profond des sentiments" .
J'ai une sous partie qui traite de l'argumentation, mais je n'arrive pas à comprendre le lien entre le contenu de la sous partie avec l'argumentation.
Pouvez vous me donner des éléments relatifs à l'argumentation ?
Merci

A. Et des sauvages, qu´en pense-t-il ?

B. C´est, à ce qu´il paraît, de la défense journalière contre les bêtes
féroces, qu´il tient le caractère cruel qu´on lui remarque quelquefois. Il
est innocent et doux, partout où rien ne trouble son repos et sa sécurité.
Toute guerre naît d´une prétention commune à la même propriété. L´homme
civilisé a une prétention commune, avec l´homme civilisé, à la possession
d´un champ dont ils occupent les deux extrémités ; et ce champ devient un
sujet de dispute entre eux.

A. Et le tigre a une prétention commune, avec l´homme sauvage, à la
possession d´une forêt ; c´est la première des prétentions, et la cause de
la plus ancienne des guerres... Avez-vous vu le Tahitien que Bougainville
avait pris sur son bord, et transporté dans ce pays-ci ?

B. Je l´ai vu ; il s´appelait Aotourou. A la première terre qu´il aperçut,
il la prit pour la patrie du voyageur ; soit qu´on lui en eût imposé sur la
longueur du voyage ; soit que, trompé naturellement par le peu de distance
apparente des bords de la mer qu´il habitait, à l´endroit où le ciel semble
confiner avec l´horizon, il ignorât la véritable étendue de la terre.
L´usage commun des femmes était si bien établi dans son esprit, qu´il se
jeta sur la première Européenne qui vint à sa rencontre, et qu´il se
disposait très sérieusement à lui faire la politesse de Tahiti. Il
s´ennuyait parmi nous. L´alphabet tahitien n´ayant ni b, ni c, ni a, ni f,
ni g, ni q, ni x, ni y, ni z, il ne put jamais apprendre à parler notre
langue, qui offrait à ses organes inflexibles trop d´articulations
étrangères et de sons nouveaux . Il ne cessait de soupirer après son pays,
et je n´en suis pas étonné. Le voyage de Bougainville est le seul qui m´ait
donné du goût pour une autre contrée que la mienne ; jusqu´à cette lecture,
j´avais pensé qu´on n´était nulle part aussi bien que chez soi ; résultat
que je croyais le même pour chaque habitant de la terre ; effet naturel de
l´attrait du sol ; attrait qui tient aux commodités dont on jouit, et qu´on
n´a pas la même certitude de retrouver ailleurs.

A. Quoi ! vous ne croyez pas l´habitant de Paris aussi convaincu qu´il
croisse des épis dans la campagne de Rome que dans les champs de la Beauce ?

B. Ma foi, non. Bougainville a renvoyé Aotourou, après avoir pourvu aux
frais et à la sûreté de son retour.

A. O Aotourou ! que tu seras content de revoir ton père, ta mère, tes
frères, tes soeurs, tes compatriotes ! Que leur diras-tu de nous ?

B. Peu de choses, et qu´ils ne croiront pas.

A. Pourquoi peu de choses ?

B. Parce qu´il en a peu conçues, et qu´il ne trouvera dans sa langue aucun
terme correspondant a celles dont il a quelques idées.

A. Et pourquoi ne le croiront ils pas ?

B. Parce qu´en comparant leurs moeurs aux nôtres, ils aimeront mieux prendre
Aotourou pour un menteur, que de nous croire si fous.

A. En vérité ?

B. - Je n´en doute pas : la vie sauvage est si simple, et nos sociétés sont
des machines si compliquées le Tahitien touche à l´origine du monde, et
l´Européen touche à sa vieillesse. L´intervalle qui le sépare de nous est
plus grand que la distance de l´enfant qui naît à l´homme décrépit il
n´entend rien à nos usages, a nos lois, ou il n´y voit que des entraves
déguisées sous cent formes diverses, entraves qui ne peuvent qu´exciter
l´indignation et le mépris d´un être en qui le sentiment de la liberté est
le plus profond des sentiments.

Dernière modification par klo (14/06/2007 18:34)