1
Connectez-vous pour écrire une réponse
bonjour,
j'ai une lecture analytique sur le supplément du voyage de Bougainville, de Diderot, le passage sur le mythe du bon sauvage, à partir de " Et des sauvages, qu'en pense t-il ?" jusqu'à : "la libèrté est le plus profond des sentiments" .
J'ai une sous partie qui traite de l'argumentation, mais je n'arrive pas à comprendre le lien entre le contenu de la sous partie avec l'argumentation.
Pouvez vous me donner des éléments relatifs à l'argumentation ?
Merci
A. Et des sauvages, qu´en pense-t-il ?
B. C´est, à ce qu´il paraît, de la défense journalière contre les bêtes
féroces, qu´il tient le caractère cruel qu´on lui remarque quelquefois. Il
est innocent et doux, partout où rien ne trouble son repos et sa sécurité.
Toute guerre naît d´une prétention commune à la même propriété. L´homme
civilisé a une prétention commune, avec l´homme civilisé, à la possession
d´un champ dont ils occupent les deux extrémités ; et ce champ devient un
sujet de dispute entre eux.
A. Et le tigre a une prétention commune, avec l´homme sauvage, à la
possession d´une forêt ; c´est la première des prétentions, et la cause de
la plus ancienne des guerres... Avez-vous vu le Tahitien que Bougainville
avait pris sur son bord, et transporté dans ce pays-ci ?
B. Je l´ai vu ; il s´appelait Aotourou. A la première terre qu´il aperçut,
il la prit pour la patrie du voyageur ; soit qu´on lui en eût imposé sur la
longueur du voyage ; soit que, trompé naturellement par le peu de distance
apparente des bords de la mer qu´il habitait, à l´endroit où le ciel semble
confiner avec l´horizon, il ignorât la véritable étendue de la terre.
L´usage commun des femmes était si bien établi dans son esprit, qu´il se
jeta sur la première Européenne qui vint à sa rencontre, et qu´il se
disposait très sérieusement à lui faire la politesse de Tahiti. Il
s´ennuyait parmi nous. L´alphabet tahitien n´ayant ni b, ni c, ni a, ni f,
ni g, ni q, ni x, ni y, ni z, il ne put jamais apprendre à parler notre
langue, qui offrait à ses organes inflexibles trop d´articulations
étrangères et de sons nouveaux . Il ne cessait de soupirer après son pays,
et je n´en suis pas étonné. Le voyage de Bougainville est le seul qui m´ait
donné du goût pour une autre contrée que la mienne ; jusqu´à cette lecture,
j´avais pensé qu´on n´était nulle part aussi bien que chez soi ; résultat
que je croyais le même pour chaque habitant de la terre ; effet naturel de
l´attrait du sol ; attrait qui tient aux commodités dont on jouit, et qu´on
n´a pas la même certitude de retrouver ailleurs.
A. Quoi ! vous ne croyez pas l´habitant de Paris aussi convaincu qu´il
croisse des épis dans la campagne de Rome que dans les champs de la Beauce ?
B. Ma foi, non. Bougainville a renvoyé Aotourou, après avoir pourvu aux
frais et à la sûreté de son retour.
A. O Aotourou ! que tu seras content de revoir ton père, ta mère, tes
frères, tes soeurs, tes compatriotes ! Que leur diras-tu de nous ?
B. Peu de choses, et qu´ils ne croiront pas.
A. Pourquoi peu de choses ?
B. Parce qu´il en a peu conçues, et qu´il ne trouvera dans sa langue aucun
terme correspondant a celles dont il a quelques idées.
A. Et pourquoi ne le croiront ils pas ?
B. Parce qu´en comparant leurs moeurs aux nôtres, ils aimeront mieux prendre
Aotourou pour un menteur, que de nous croire si fous.
A. En vérité ?
B. - Je n´en doute pas : la vie sauvage est si simple, et nos sociétés sont
des machines si compliquées le Tahitien touche à l´origine du monde, et
l´Européen touche à sa vieillesse. L´intervalle qui le sépare de nous est
plus grand que la distance de l´enfant qui naît à l´homme décrépit il
n´entend rien à nos usages, a nos lois, ou il n´y voit que des entraves
déguisées sous cent formes diverses, entraves qui ne peuvent qu´exciter
l´indignation et le mépris d´un être en qui le sentiment de la liberté est
le plus profond des sentiments.
Dernière modification par klo (14/06/2007 18:34)
Connectez-vous pour écrire une réponse
1