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Bonjour,
Je suis en train d'étudier Sylvie de Gérard de Nerval et j'ai un petit problème concernant le chapitre 13 d'Aurélie. On me demande d'analyser comment le récit à la première personne est l'occasion d'une variation de tons et être sensible au jeu d'échos que ce passage tisse avec d'autres, participant ainsi à la confusion temporelle.
Voici le texte :
La voiture met cinq heures. Je n'étais pressé que d'arriver pour le soir. Vers huit heures, j'étais assis dans ma stalle accoutumée; Aurélie répandit son inspiration et son charme sur des vers faiblement inspirés de Schiller, que l'on devait à un talent de l'époque. Dans la scène du jardin, elle devint sublime. Pendant le quatrième acte où elle ne paraissait pas, j'allai acheter un bouquet chez madame Prévost. J'y insérai une lettre fort tendre signée : Un inconnu. Je me dis : « Voilà quelque chose de fixé pour l'avenir », - et le lendemain j'étais sur la route d'Allemagne.
Qu'allais-je y faire ? Essayer de remettre de l'ordre dans mes sentiments. - Si j'écrivais un roman, jamais je ne pourrais faire accepter l'histoire d'un cœur épris de deux amours simultanés. Sylvie m'échappait par ma faute; mais la revoir un jour avait suffi pour relever mon âme : je la plaçais désormais comme une statue souriante dans le temple de la Sagesse. Son regard m'avait arrêté au bord de l'abîme. - Je repoussais avec plus de force encore l'idée d'aller me présenter à Aurélie, pour lutter un instant avec tant d'amoureux vulgaires qui brillaient un instant près d'elle et retombaient brisés. - Nous verrons quelque jour, me dis-je, si cette femme a un cœur.
Le jeu d'échos : qu'est-ce que c'est ?
La variation de tons, est-ce le présent du moment avec un souvenir passé ?
Merci de m'éclairer. C'est urgent, merci. Une réponse rapide me conviendrait car l'examen approche.
Bonjour Maury,
Le jeu d'échos est l'évocation d'autres scènes antérieures du récit : la rencontre avec Sylvie, la déclamation d'Aurélie… Le temps ne se déroule plus de manière linéaire. Différentes scènes semblent se confondre… Dans le récit, on pourrait parler d'analepse et de prolepse, selon la terminologie de Genette.
La variation de tons est l'émergence de sentiments divers : admiration, lyrisme, jalousie, dédain.
La difficulté est de fixer le temps de la narration (disons le temps de référence, un "présent" de l'acte d'écrire, à partir duquel le narrateur et le lecteur peuvent naviguer, à partir de ce repère, dans le passé et le futur du récit).
Est-ce "la voiture met cinq heures" ou le présent du chapitre XIV évoqué par anticipation en incise dans le projet romanesque envisagé ? Ou encore le "me dis-je" (présent ou passé simple ?) ?
· De ce fait la navigation dans le temps n'est plus linéaire (d'un passé vers le présent de la narration) en raison d'abord d'ellipses dans la narration (et le lendemain : blanc sur le reste de la soirée… départ puis blanc sur tout ce qui s'est passé jusqu'à la rédaction du projet romanesque)
· En raison de l’anticipation ou prolepse (la rédaction du roman ou le futur "Nous verrons quelque jour" qui semble se situer par rapport à l'offrande du bouquet)
· et le retour en arrière ou analepse (évocation des diverses rencontres avec Sylvie).
Cette navigation dans le temps paraît erratique. Nerval ne cherche pas à construire ses souvenirs, mais se contente de les saisir à la volée comme ils se présentent (signes de sa maladie ?) car dans « Sylvie » il veut nous partager l'histoire d’une désillusion, celle d'une âme qui préfère son rêve (son idéal) à la réalité, celle d'une âme qui ne peut qu'être blessée à mort par les aspérités de cette réalité.
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