#1 12/06/2007 13:40

Haroun Arachide
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Café philo Méditation ethnosophique (en toute humblitude)

Bonjour, ou bonsoir,

C'est donc à moi que revient l'honneur d'étrenner la nouvelle section :

« J’ai assez vécu pour savoir que la différence engendre la haine. »
                            Stendhal

Lorsque les habitants de Samoa, en Polynésie, découvrirent l’homme blanc, le papalagui, comme ils l’appelèrent alors, ils ne purent s’empêcher de trouver étrange son obsession pour les vêtements. Le papalagui cachait bizarrement son corps sous de nombreux pagnes et nattes. Les polynésiens trouvaient ridicule la coutume européenne de cacher le corps des jeunes filles. « Comment un jeune homme qui fait d’une jeune fille sa femme peut-il savoir s’il n’est pas été dupé, s’interrogent-ils, puisqu’il n’a jamais vu son corps auparavant ? ». De leur côté, les Européens de l’époque considéraient que les polynésiens manquaient singulièrement de pudeur, que leur tenue légère était un signe de retard « civilisationnel », voire d’arriération. Les Polynésiens savaient pourtant ce qu’était la pudeur, sinon comment expliquer leurs pagnes ? Leur conception de cette vertu différait simplement de celle des Européens. Plus tard, les Occidentaux, et plus particulièrement leurs femmes, se mirent à réviser leur conception de la pudeur. Elles s’habillèrent de façon à mettre en valeur les parties de leur enveloppe charnelle susceptibles d’éveiller le désir masculin. Cette révolution des habitudes vestimentaires se fit relativement rapidement et fut considérée par la majorité des Occidentaux comme un signe de progrès social. Certains orientaux, en particulier les musulmans, furent choqués de cette évolution. Elle était pour eux le signe d’une dégradation des valeurs morales, l’une des conséquences néfastes de l’irréligion. Évidemment, les Occidentaux ne l’entendirent pas de cette oreille, et ne manquèrent pas de blâmer chez les musulmans leur propension à vouloir cacher le corps féminin, ce qu’ils considéraient pour leur part comme la marque de l’asservissement des femmes, le symbole de leur infériorité. Les musulmans et les musulmanes eurent beau protester contre les interprétations occidentales de leur culture, tenter de leur faire comprendre qu’il s’agissait au contraire de respect à l’égard des femmes, de pudeur élémentaire, rien n’y fit. Il fut généralement admis en Occident que les musulmans ne désiraient que soumettre les femmes à un statut d’infériorité en les voilant. Les musulmans, quant à eux, ne cessèrent de dénigrer les coutumes vestimentaires occidentales, les jugeant débauchées. Ils prétendirent que les Occidentaux avaient fait de leurs femmes des appâts publicitaires, voire des objets de consommation. Ils stigmatisaient l’infidélité conjugale des « chrétiens », qu’ils estimaient générale, et affirmaient que la polygamie valait mieux que l’hypocrisie de la culture européenne, tandis que ces derniers ne voulurent voir dans cette pratique qu’un signe incontestable de barbarie, de retard « civilisationnel ».

    Dans toute société humaine, du moins à ma connaissance, ce que tout le monde pense et fait, tout le monde doit le penser et le faire. Tout le monde doit penser et agir à peu près comme tout le monde. Celui qui ne se plie pas à cette règle implicite est rejeté par le reste du groupe, stigmatisé ou ostracisé. Cette loi est sans doute nécessaire au maintien de la cohésion sociale. Mais il arrive aussi, souvent, que les modes de vie et de pensée qui sont en vigueur dans les groupes auxquels on n’appartient pas soient jugés défavorablement. Si tout le monde, au sein du groupe, doit adhérer en grande partie à la coutume de la communauté, on considère aussi facilement que cette culture devrait s’imposer aux autres groupes. Les modes de pensée et d’action qui ont la faveur d’une collectivité sont aisément pris par cette dernière pour des modes de pensée et d’action à vocation universelle. Évidemment, comme chaque peuple possède à la fois cet instinct grégaire et une culture différente de celle des autres peuples, le conflit est parfois inévitable, même quand il est pacifique. Chaque tribu défend ses propres conceptions en attaquant celles des autres. C’est ce qu’on appelle l’ethnocentrisme. Afin d’éviter ces querelles, certains prônent le relativisme culturel, mais d’autres s’élèvent contre une telle attitude, affirmant qu’on ne saurait prétendre que toutes les coutumes, toutes les philosophies de la vie se valent. Les relativistes rétorquent alors qu’il s’agit d’un refus arbitraire de la différence. Car, en effet, quel est le critère infaillible qui permettrait de savoir si une civilisation est inférieure ou non à une autre ? L’erreur est humaine, disent-ils, personne ne possède la science infuse et l’on voit bien que certains hommes ayant été éduqués dans une culture la rejettent pour en adopter une autre, dans laquelle on trouve également des individus qui préfèrent faire le chemin inverse. Par exemple, on trouve de rares occidentaux qui deviennent de farouches défenseurs de la culture musulmane, tout comme il y a de rares musulmans qui choisissent la culture occidentale et décident de la promouvoir. Qui peut prétendre détenir le critérium de la vérité ? Qui peut prouver qu’il possède un jugement beaucoup plus sûr que celui des autres ? Et pourtant, ceux qui se défient du relativisme culturel n’ont peut-être pas tort ; après tout, comment pourrions-nous le savoir ? Qu’est-ce qui pourrait bien nous mettre absolument à l’abri de l’erreur ? La raison, disent les uns, la révélation divine, disent les autres. Mais l’usage de la raison n’a jamais réussi à uniformiser les opinions, pas plus qu’aucune des différentes religions n’a réussi à s’imposer comme la seule vérité.

 

#2 14/06/2007 11:29

Aguidar
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Café philo Méditation ethnosophique (en toute humblitude)

Tout à fait d'accord, avec toi "tout est relatif" donc ceux qui prône le relativisme culturel prône le tout, le vrai mais ce vrai lui même est relatif.
Chaque tribu, peuple ou civilisation a ses moeurs ses habitudes, quand des habitudes différentes se rencontrent alors on peut assisté à de l'incompréhension du rejet de la méprise ou de l'envie, la solution c'est le relativisme la discussion, le débat.
Personne ne peut prôner une vérité absolu.
Aguidar


Tout a un rapport avec n'importe quoi
 

#3 14/06/2007 13:34

Haroun Arachide
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Café philo Méditation ethnosophique (en toute humblitude)

Non, Aguidar, avec moi, tout n'est pas relatif. Si l'on affirme que toutes les opinions se valent, alors il faut admettre l'opinion inverse (d'après laquelle toutes les opinions ne se valent pas), puisque c'est aussi une opinion. Dans ce texte, je parle de relativisme culturel, la nuance est importante ! Et d'ailleurs, au départ, je ne cherchais pas à prôner ce relativisme culturel, même si c'est la conclusion qui se dégage de mon texte. En effet, il me semble que le fait de considérer une civilisation ou une culture comme supérieure aux autres aboutit à de fâcheuses conséquences dont on se passerait bien si l'on admettait l'existence de ce type de différence. Le fameux "choc des cultures", dont on nous rebat les oreilles en ce moment, m'inquiète assez et il me semble aussi que de part et d'autre, seuls quelques individualités s'ingénient à jeter de l'huile sur le feu, essayant d'entraîner tout le monde dans un conflit qui à mon sens est loin d'être inévitable.

Une petite anecdote supplémentaire, pour illustrer les différences de mentalité d'un peuple à l'autre et l'incompréhension qu'elles peuvent susciter :

Un jour, un des membres d'une tribu cannibale alla se plaindre à un représentant de l'administration coloniale :

- Ils ont mangé ma femme !

- De quoi te plains-tu ? répondit le colon, c'est votre coutume, toi aussi aussi tu aurais mangé la femme d'un autre si l'occasion s'en était présentée, non ?

L'anthropophage regarda le colon comme s'il se fut agi d'une grille de mots fléchés, et dit :

- Mais... Ils ne m'ont pas gardé ma part !

 

#4 14/06/2007 19:56

Aguidar
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Café philo Méditation ethnosophique (en toute humblitude)

Je le dis bien au contraire que ton vrai est relatif malgrès tout
cf: "ce vrai lui même est relatif"

 

#5 15/06/2007 02:49

Haroun Arachide
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Café philo Méditation ethnosophique (en toute humblitude)

Péremptoire. Beaucoup trop spontané, instinctif, inapprofondi. Jean Paul Brighelli, qui est prof de lettres au lycée Joffre de Montpellier, dit à peu près ceci dans son dernier bouquin : "Conforté dans son ignorance par un système scolaire qui privilégie le droit de dire des bêtises plutôt que la liberté de penser". Je suis d'accord avec lui et avec Luc Ferry : le lycée, aujourd'hui, c'est un peu le café du commerce. Car en effet, la liberté de penser exige du savoir et du raisonnement construit, rigoureux, pas de la spontanéité (qui peut être très productive en matière d'art, mais pas en philosophie) ; c'est ainsi qu'on devient un esprit libre, en structurant son esprit, en acquérant les moyens de cette liberté, qui n'a jamais consisté dans le fait de tenir pour vrai ce qui est faux, ni à soutenir une opinion sur un sujet que l'on connaît mal, ni même à penser "original" (l'originalité d'une pensée n'étant nullement le gage de sa pertinence). Pour pouvoir affirmer une chose, il faut l'étayer par des arguments, et surtout considérer les arguments qui s'y opposent. Je n'utiliserai pas la méthode de Socrate pour remettre en question ton objection, parce que j'ai beaucoup moins de talent que le mentor de Platon, mais il faut réfléchir à ceci : si je dis "il n'y a pas de vérité", c'est là l'énoncé d'une vérité qui ne peut être vraie, d'après ce qu'elle dit elle-même. Si je dis "chacun sa vérité", alors celui qui dit le contraire doit avoir également raison ; en d'autres termes, celui qui dit que toute vérité n'est pas valable, c'est sa vérité, et si chacun à la sienne, alors celui-là dit vrai. C'est un paradoxe, une contradiction même, à laquelle ne peuvent échapper les relativistes. Le texte qui inaugure ce fil a pour but de faire la promotion de la tolérance, mais la tolérance, contrairement à ce qu'on pourrait croire en envisageant les choses superficiellement, n'implique nullement le relativisme.

 

#6 26/06/2007 20:06

JSC
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Café philo Méditation ethnosophique (en toute humblitude)

Nous ne sommes pas arrivés au terminus du trajet que nous mène de la Création jusqu'à la Fin du temps. Il serait donc pessimiste, presque présomptueux, d'émettre un signal de détresse comme si le Titanic était en train d'écouler avec toute l'humanité à bord.
En effet, il me semble qu'il y a beaucoup moins de tribus de nos jours qu'il y a 2000 ans. La guerre, les fléaux et...les traités en sont responsables. La diplomatie se fait entendre de plus en plus et les risques de guerre mondiale s'apaisent.
De cette mondialisation des cultures qu'est-ce que va en sortir?
A mon avis: Une culture, sélectionnée à la Darwin. Une culture pas forcément telle que nous aurions préférée, mais sur laquelle il y a une majorité de consensus (sinon qu'elle nous sera imposée!)
Pour l'instant, en attendant la fin du monde, que vivent les différences ethno-socio-culturelles dans le respect et la tolérance d'une ouverture d'esprit agrandie.

Dernière modification par JSC (26/06/2007 20:09)


La moralité moderne veut que l'on accepte les normes de son époque. Qu'un homme cultivé puisse les accepter me semble la pire des immoralités. (O. Wilde)
 

#7 08/07/2007 01:45

K'
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Café philo Méditation ethnosophique (en toute humblitude)

Excusez-moi, mais, que signifie le terme ethnosophique ?
Néologisme ou bien ?

Dernière modification par K' (08/07/2007 07:21)

 

#8 08/07/2007 17:42

lebeau
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Le mot 'vérité" recèle déjà un jugement en soi, c'est pourquoi on l'entend trop souvent. C'est un mot que je n'aime pas, même si on le corrige avec le mot"relative".
La vérité n'existe que pour un individu unique à un moment unique dans une société vue comme unique. Or la société unique n'existe pas: c'est pourquoi je préfère le mot "réalité" au mot "vérité", que j'ai trop lu dans vos articles précédents.