Bonjour, ou bonsoir,
On cite parfois pour amuser cette phrase de Somerset Maugham : "il y a trois secrets pour écrire un grand roman. Personne ne les connaît." Mais Maugham voulait-il réellement plaisanter ? Ou bien y a t-il une part de vérité dans cette boutade ? Je me suis quelque peu penché sur la question et j'ai tenté de trouver trois critères infaillibles pour définir un bon roman. Voici ce que j'ai conclu :
1. Un bon roman doit être écrit dans une langue correcte, sans purisme mais avec tout de même la maîtrise des bases de la langue.
2. La maîtrise du ou des sujet(s) traité(s) ; l'auteur doit savoir de quoi il parle. S'il décrit un quartier de Paris, il faut qu'il le connaisse, qu'il l'ait observé attentivement. Si son roman se déroule dans le milieu de la mode, par exemple, il faut qu'il connaisse ce milieu, qu'il sache nous le rendre "vivant", qu'il puisse agrémenter son récit d'anecdotes vraisemblables aux yeux de ceux qui travaillent dans ce microcosme.
3. Une "musique" personnelle dans l'emploi des mots, un style quoi. Ce "je-ne-sais-quoi" qui n'appartient qu'à l'auteur et qui rend la lecture de sa prose agréable.
4. Une intrigue originale menant à un fin à la fois inattendue et ingénieuse.
Étant donné que le premier critère va sans dire, les trois autres me semblent assez pertinents. Pourtant, je me rends compte que c'est encore bien peu et que d'autres canons devraient définir un roman idéal. Mais vous, si vous deviez ne retenir que trois "secrets" de la composition d'un roman, lesquels choisiriez-vous ?
N'hésitez surtout pas à tricher. Je me rends compte que ma propre liste fait plus de trois critères :
1. Correction de la langue.
2. Connaissance du sujet.
3. Style personnel agréable à lire.
4. Intrigue originale.
5. Fin inattendue et ingénieuse.
Bref, que pensez-vous de tout ça ?
Dernière modification par Haroun Arachide (06/06/2007 19:20)
D'après moi, il n'y a pas de roman idéal, mais il y a bien quelques critères qui font un grand roman, celui de la langue en particulier. Il faut que la langue soit belle, musicale, recherchée sans devenir trop technique, il faut qu'on puisse la lire à haute voix et s'émerveiller de la façon dont les mots sonnent ensemble. C'est le style qui fait le grand roman. L'intrigue, la fin inattendue ou ingénieuse, tout cela n'a pas d'importance. Les souffrances du jeune Werther, un de mes romans préférés, est tout à fait sublime et pourtant, ce n'est que l'histoire d'un homme amoureux fou d'une femme, rien de plus, mais rien de moins non plus.
Pour ce qui est de la connaissance du sujet, elle est évidemment primordiale, sur ce point je partage ton avis. Je rajouterais aussi: bonne dose de connaissances en psychologie humaine, car il faut que le lecteur puisse se reconnaître ou, du moins, reconnaître l'Homme dans le texte. Voici donc mes trois critères:
- Qualité de la langue (incluant le style)
- Connaissance des sujets et thèmes
- Psychologie
Penses-tu que Maugham serait d'accord avec moi? hihi ^^
Dernière modification par Alexanderplatz (07/06/2007 00:46)
Je ne sais pas si Maugham serait d'accord avec toi, mais pour ce qui est de la psychologie, moi, je le suis entièrement.
Peut-être qu'une intrigue originale et une fin habile importent moins que je ne le suppose, je ne sais pas, sans doute n'ai-je pas assez lu, ou bien trop de romans possédant ces qualités.
Donc, trois vertus du bon romancier :
1. Virtuose de la langue.
2. Maîtrise du sujet traité.
3. Fine psychologie (pour ma part, je la qualifierais ainsi : sens aigu de l'observation).
Je reste toutefois convaincu qu'une bonne fin est un des ingrédients indispensables à un bon roman.
J'aime bien ta formulation ''sens aigu de l'observation'' 
Excusez moi, mais si les critères cités sont effectivement sans doute les plus probables, ça me donne plutôt l'impression que le résultat en est un roman efficace et non un bon roman.
Peut être est-ce simplement votre formulation, mais j'aurais rajouter un détail, qui pour moi n'en est pas un:
_Un regard particulier.
Je pense que dans un bon roman, on doit sentir la patte de l'auteur. Qu'il ne s'agit pas de reproduire ce qu'il voit grâce à son sens de l'observation ou de la psychologie, mais de transcrire sa propre vision des choses...
Pour être clair, je pense qu'un bon romancier est un romancier particulier...
Il n'y a sûrement aucune recette pour écrire un chef d'oeuvre, cela se saurait. Quelques critères infaillibles pour reconnaître les grandes oeuvres, par contre...
En fait, je me demande si Maugham voulait seulement plaisanter ou bien si, derrière cette boutade, il ne dissimulait pas des intentions un peu plus sérieuses.
Quoi qu'il en soit, la qualité de la langue est un critère qu'on ne peut remettre en question, n'est-ce pas...
Salut à tous,
Pour la parfaite connaissance du sujet traité, je ne suis pas d'accord. Autant pour certains romans ancrés dans la réalité c'est incontournable, autant pour la fantasy, la science-fiction, le fantastique, bref la littérature de l'imaginaire, ça ne sert absolument à rien. Je rajouterai aussi les livres qui posent des questions sans donner de réponse, introspectifs par exemple. Dans ce cas le roman est une quête, parfois une thérapie et ça impose justement de ne pas maîtriser le sujet. Il y a aussi des écrivains qui partent à l'aventure, qui écrivent sans trop savoir où ils vont.
Donc je ne suis pas favorable à mettre ça dans les critères.
Les grands auteurs de science fiction connaissaient très bien les sujets qu'ils abordaient (Asimov, Dick, Herbert, Farmer). Les caractères de leurs personnages, aussi, étaient vraisemblables. Un roman n'est jamais une creatio ex nihilo, même les récits les plus fantaisistes ont besoin d'une base ancrée dans la réalité.
Bien sûr qu'on a besoin d'une base réelle, c'est évident. Mais quand on crée un personnage comme Dorian Gray, par exemple, ou Dracula, ou encore la créature de Frankenstein, on ne peut pas prétendre connaître le sujet puisqu'il est totalement inventé; on ne peut pas plus se documenter sur les effets psychologiques de l'immortalité, de la "non-existence" pour Frankenstein, on ne peut que supposer, tâtonner, imaginer. De même quand on parle de la vie dans telle ou telle planète qui n'existe que dans l'imagination de l'auteur. C'est justement la force de ces auteurs de construire une histoire "vraissemblable" à partir de très peu d'éléments. Certains réussissent même à anticiper l'avenir...
Il y a aussi l'écriture automatique que j'ai oublié de mentionner, les surréalistes...
Je ne suis pas d'accord quand tu dis que les auteurs de SF ou du moins qui se basent sur l'imaginaire n'ont pas forcément besoin de maîtrise. D'un point de vue stylistique, si tu ne maîtrise pas ta langue, tu ne peux pas faire quelque chose de correct. Même la volonté d'une apparente faiblesse de style demande de la maîtrise.
Et puis un auteur qui se base sur l'imaginaire connaît son sujet, il est même le seul à le connaître. Dans les exemples cités et, je pense, comme dans toutes oeuvres, l'auteur nous a donné sa vision, de l'immortalité ou de la non-existence en l'occurrence...
Si tu n'as pas la moindre idée de ce que tu veux exprimer, tu ne peux rien faire. Essaye de parler sans savoir ce que tu veux dire...
Bien sur, il n'y a aucun savoir concret, pas d'archives et pas de vécu, mais l'imagination est là pour pallier et ça, c'est un savoir.
Quant à l'écriture automatique, je connais assez peu les surréalistes, mais je doute que tu puisses me citer un "roman" entièrement écrit de cette façon, avec une histoire "vraisemblable".