Bonjour,
Je viens d'achever de relire Lolita de Nabokov qui m'avait enchanté il y a un an- presque jour pour jour. Lors de cette deuxième lecture, j'ai été frappé par la différence d'émotions que j'ai éprouvées par rapport à la première lecture. J'ai aussi été frappé par le fait que j'ai plus savouré la langue, l'humour de Nabokov, son style, et la construction générale de l'histoire.
Ça ne fait pas depuis longtemps que je peux relire des oeuvres que j'ai appréciées. Avant, je considérais ça comme ennuyant, inutile, et je ne comprenais pas les personnes qui disaient que la deuxième lecture était la meilleure.
Maintenant, si.
Outre une remise en mémoire, la relecture m'a permis d'approfondir le texte et d'avoir un plaisir plus fondé sur la compréhension, l'intellect, que sur l'émotion. Et c'est tout autant savourable.
Et vous, relisez-vous les livres qui vous ont plu ? Ou même, ceux qui vous ont déplu, et cela a-t-il changé votre votre perception de cette oeuvre ? Qu'éprouvez-vous de nouveau ?
Je me souviens avoir lu Nadja de Breton pour le cours de litterature de Terminale. A ma première lecture, j'ai trouvé qu'il ne se passait rien, que c'était ennuyeux. Puis, on a repris l'oeuvre avec notre professeur et je m'en suis voulue d'être passée à côté de plein de choses. A la lumière de cette étude, je l'ai relue entièrement une deuxième fois, et ça m'a plu! J'aimerais pouvoir faire la même chose avec mes élèves lorsque je serai professeur (si Dieu le veut!): faire découvrir à des jeunes toute la richesse d'une oeuvre qu'ils n'auraient pas appréciée aux premiers abords.
Ce que tu décris, Aura, m'est arrivé plusieurs fois; par exemple, j'étais très jeune lorsque j'ai voulu lire L'Étranger, d'Albert Camus, pour la première fois et l'oeuvre en question s'est révélée n'être pas du tout ce à quoi je m'étais attendue. Je trouvais l'attitude du personnage principal tellement morne que j'ai dû me forcer à finir le roman. Je l'ai relu seulement 2 ans plus tard, dans le cadre d'un cours, et je me suis rendue compte qu'à ce moment j'étais prête à le lire. Capable de comprendre l'attitude de Meursault - qui à ma première lecture m'avait tant déplu - d'apprécier le style exquis de Camus à sa juste valeur, ayant acquis des connaissances philosophique qu'à 16 ans je ne possédais pas encore, j'ai littéralement découvert un autre livre!
Pour moi, c'est 1984 qui m'a fait prendre conscience pour la première fois qu'on pouvait rater une bonne partie du sens d'un livre, mais qu'il était aussi possible de se rattraper quelques années après. Je l'ai d'abord lu en classe de 1ère, un peu sous la contrainte
. Déjà à l'époque, j'avais quand même beaucoup aimé (c'est la première fois que j'avais une aussi bonne note en français
), mais je n'avais pas retenu beaucoup plus que l'aventure d'un héros seul contre tous...
6 ans plus tard, j'ai découvert de nombreuses autres facettes, le plaidoyer contre le totalitarisme, l'enfer des manipulations de l'Histoire, l'importance de la langue, etc... Aujourd'hui j'ai un nouvel exemplaire du livre, en anglais, et je savoure le moment où je replongerai à nouveau dans ce roman, avec l'espoir de découvrir encore de nouvelles idées et de nouvelles émotions !
J'ai aussi l'exemple de Putain de mort de Michael Herr. Un récit sur la guerre du Vietnam où là, c'est l'auteur qui a attendu plusieurs années entre la rédaction du début et de la fin de son récit. Les différences de point de vue entre les deux parties du livre sont... renversantes et d'autant plus touchantes !
Dernière modification par chezverdurin (06/06/2007 08:35)
Il y a des livres que l'on achète, pour leur titre, pour tois mots entr'aperçus et que l'on referme après trois pages. Il arrive aussi qu'on les laisse s'empoussiérer sur un rayon.
Et puis un jour, on ne sait pourquoi, à la suite d'une réflexion que l'on se fait, d'une question que l'on se pose, on retrouve ce livre qu'on avait complètement oublié, et il répond à votre attente du moment, de façon quasi magique.
On en fait parfois aussi son livre de chevet.
Cela m'est arrivé quelquefois, et l'un d'entre eux subit régulièrement ma relecture malgré son état de décrépitude avancée: c'est "l'oeuvre au noir " de Marguerite Yourcenar, et j'y trouve quelquechose de plus à chaque fois....
"On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve". De la même façon, on n'aborde pas le même livre dans le même climat.
Je relis de temps à autre ce que j'ai déjà aimé et rarement, vraiment très rarement , ce qui m'a bien déplu comme par exemple Ulysse de Joyce (seulement pour vérifier si j'ai changé d'avis ou non).
Je relis souvent les ouvrages que j'ai aimés.
Je relis des policiers futiles, parce que de toute manière, je ne les retiens jamais - comme les blagues, pareil.
Je relis les romans que je préfère parce que chaque nouvelle lecture me montre de nouveaux aspects de l'histoire, des personnages ou du style.
Mes deux exemples par excellence sont le Roman de la Rose et Cent ans de solitude - surtout ce dernier, que j'ai lu déjà plus d'une dizaine de fois, sans jamais m'en lasser.
Comme Portia, je relis aussi parfois des ouvrages que j'avais détestés. Ceux que j'ai dû lire au lycée, par exemple. Je change d'avis sur certains (Racine) mais reste toujours aussi écoeurée d'autres (Malraux).
Portia, pour Joyce : je vois ce que tu veux dire, c'est très difficile à lire, mais surtout terrible à lire dans une traduction. Joyce a une musicalité proche de la poésie en prose, ce qui le rend difficile à apprécier une fois traduit. Je l'ai redécouvert sur le trad, en anglais. Lecture très ardue mais quelle récompense !
Un auteur que j'aime relire c'est Murakami Ryû (auteur entre autres des "Bébés de la consignes automatiques").
Son style est incisif, empli de métaphores, et une seconde lecture voir une 3ème, 4ème, apporte la profondeur de ses oeuvres.
J'aime particulièrement "La guerre commence au-delà de la mer", écrit presque surréaliste qu'il faut relire plusieurs fois pour en comprendre le sens.
Et comme dans les messages précédent il m'arrive de relire des livres qui m'avait déplu.