#1 27/05/2007 22:02

dju
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Entraide scolaire et méthode Rousseau, la Nouvelle Héloïse : I, lettre XXV de Julie

bonjour! Je suis en première L et j'ai un extrait de lettre de La Nouvelle Héloïse à commenter pour mercredi:


Je l'avais trop prévu; le temps du bonheur est passé comme un éclair; celui des disgrâces commence, sans que rien m'aide à juger quand il finira. Tout m'alarme et me décourage; une langueur mortelle s'empare de mon âme; sans sujet bien précis de pleurer, des pleurs involontaires s'échappent de mes yeux: je ne lis pas dans l'avenir des maux inévitables; mais je cultivais l'espérance, et la vois flétrir tous les jours. Que sert, hélas! d'arroser le feuillage quand l'arbre est coupé par le pied?

Je le sens, mon ami, le poids de l'absence m'accable. Je ne puis vivre sans toi, je le sens; c'est ce qui m'effraye le plus. Je parcours cent fois le jour les lieux que nous habitions ensemble, et ne t'y trouve jamais; je t'attends à ton heure ordinaire: l'heure passe, et tu ne viens point. Tous les objets que j'aperçois me portent quelque idée de ta présence pour m'avertir que je t'ai perdu. Tu n'as point ce supplice affreux: ton coeur seul peut te dire que je te manque. Ah! si tu savais quel pire tourment c'est de rester quand on se sépare, combien tu préférerais ton état au mien!

Encore si j'osais gémir, si j'osais parler de mes peines, je me sentirais soulagée des maux dont je pourrais me plaindre. Mais, hors quelques soupirs exhalés en secret dans le sein de ma cousine, il faut étouffer tous les autres; il faut contenir mes larmes; il faut sourire quand je me meurs.

Sentirsi, o Des! morir,

E non poter mai dir:

Morir mi sento!

Le pis est que tous ces maux empirent sans cesse mon plus grand mal, et que plus ton souvenir me désole, plus j'aime à me le rappeler. Dis-moi, mon ami, mon doux ami; sens-tu combien un coeur languissant est tendre, et combien la tristesse fait fermenter l'amour?

Je voulais vous parler de mille choses; mais, outre qu'il faut mieux attendre de savoir positivement où vous êtes, il ne m'est pas possible de continuer cette lettre dans l'état où je me trouve en l'écrivant. Adieu, mon ami; je quitte la plume, mais croyez que je ne vous quitte pas.

Jean-Jacques Rousseau

Lettre 25 du premier livre

Je pense parler dans ce commentaire, du malheur de Julie, de l'amour qu'elle porte au chevalier de St Preux, mais que dire de plus que cela?
J'ai beau être en première Littéraire, je ne suis vraiment pas très douée pour les commentaires!

Pourriez-vous m'aider?

 

#2 28/05/2007 09:39

Léah
9924 message(s)
Entraide scolaire et méthode Rousseau, la Nouvelle Héloïse : I, lettre XXV de Julie

Consulte la Fiche de méthode du commentaire composé sur ce site même

Déjà parler de roman épistolaire, et situer le passage ferait une bonne intro...


Tenir un seul cheveu dans sa main.
Y parvenir.
 

#3 29/05/2007 11:07

Jean-Luc
2932 message(s)
Entraide scolaire et méthode Rousseau, la Nouvelle Héloïse : I, lettre XXV de Julie

Bonjour Dju,

Tu es dans un texte préromantique qui cultive la sensibilité larmoyante alors à la mode.

Tu as - semble-t-il - trouver tes deux premiers axes.

Je t'en suggère un troisième que tu découvriras à la fin du texte : l'attachement inconditionnel à sa propre passion. En d'autres mots, tu découvriras que Julie préfère souffrir plutôt qu'oublier. La passion qui la fait mourir est préférable à la vie. Ainsi Julie et Saint-Preux accèdent à une élite morale, celle des gens au coeur délicat, pour qui la passion devient désirable, la grande affaire de la vie à laquelle tout le reste doit être sacrifié. Ce qu'il est intéressant de noter est que passion prend alors un nouveau sens (proche du sens religieux) : ce qui est subi et qui fait souffrir, mais aussi le sacrifice de soi pour l'autre.

La citation italienne est tirée des Airs de Métastase (Pietro Antonio Domenico Bonaventura Trapassi, dit Métastase, librettiste italien du XVIIIe siècle).
Elle signifierait :
Se sentir mourir, Ö Dieux !
Et ne jamais pouvoir dire :
Je me sens mourir.


Jean-Luc    "Il n'y a jamais nulle part où aller qu'en dedans." Doris Lessing :)
 

#4 29/05/2007 14:38

Léah
9924 message(s)
Entraide scolaire et méthode Rousseau, la Nouvelle Héloïse : I, lettre XXV de Julie

Les plus désespérés sont les chants les plus beaux
Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots
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