#101 05/07/2008 16:48

JSC
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Langues anciennes Langues anciennes : pourquoi si peu d'élèves ?

babylone a écrit :

au passage : j'ai vu au mois de juin L'Orestie mise en scène par Olivier Py à l'Odéon, avec les choeurs en grec ancien. Ma-gni-fi-que.

et j'ai eu la chance il y a quelques semaines de jouer quelques scènes de Phèdre de Sénèque en latin, et c'était juste sublime, y compris pour la dizaine de personnes qui écoutaient, observaient, et qui n'avaient jamais fait de latin.
Si les préjugés tombent, nous pouvons vraiment réhabiliter ces langues admirables, qui sont une des bases de notre culture commune européenne.

C'est pourquoi on préférera "langues ancoennes" à "langues mortes!
En effet, Mozart a écrit son opéra (ou plus strictemment 'intermède) "Appolo und Hyacinth KWV 38 entièrement en Latin, pour un spectacle (annuel) donné par les lycéens!
Vers 1989, L'Opra du Rhin a donné "Orphée", une création de Renaud Gagneux, qui avait aussi les chœurs chantés en ancien grec.
J'ai essayé (sans succès pour l'instant) de trouver le nom de l'école privée en Angleterre qui donne alternativement des Drames en Latin et Grec (sur scène).
Les États-Unis peuvent aussi se vanter de ne pas laisser cette forme de la culture à côté:
Philadelphia.


La moralité moderne veut que l'on accepte les normes de son époque. Qu'un homme cultivé puisse les accepter me semble la pire des immoralités. (O. Wilde)

#102 11/07/2008 13:00

doom
1 message(s)
Langues anciennes Langues anciennes : pourquoi si peu d'élèves ?

Je viens de lire ce topic intéressant et je tenais à vous faire part du récit de mon expérience. J'ai étudié le latin durant dix ans, de la classe de 5e jusqu'à l'année de préparation au C.A.P.E.S., que j'ai réussi avec de très bonnes notes dans cette langue. Au collège, l'initiation au latin m'avait plu d'emblée, je prenais plaisir à la découverte d' une nouvelle matière, à l'apprentissage d'un système si proche du français et à la lecture de textes sur une civilisation ancienne. Cela ne me paraissait pas très difficile ; nous étions habitués à un travail rigoureux et approfondi, et connaître nos déclinaisons et les différentes conjugaisons demandait simplement un peu de temps et des efforts de mémoire. Aujourd'hui, alors que l'enseignement du français est de moins en moins systématique et de plus en plus superficiel, que les élèves maîtrisent si mal les règles de grammaire, il devient difficilement concevable de comprendre quoi que ce soit au latin, d'être attiré par cette matière et d'y éprouver des facilités en plus d'un réel intérêt.

Jusqu'en 2nde j'ai travaillé avec application, mais déjà l'ennui me gagnait, la matière devenait répétitive et fastidieuse, sans cesse on ânonnait les mêmes règles, il fallait les savoir par cœur, on apprenait aussi la versification, on traduisait des textes, mais tout cela commençait à me peser, l'aspect très scolaire de l'enseignement en général devenait un frein à ma curiosité intellectuelle. J'ai néanmoins continué jusqu'au bac, accablé par ce latin qui ne m'intéressait plus, que je ne travaillais plus, qui m'occupait inutilement trois heures quand mes amis étaient dehors ; j'en pleurais d'ennui. Quelques semaines avant l'épreuve orale, j'ai tout de même pris conscience de l'importance de l'examen, j'ai donc bachoté à partir des cours d'un autre élève et finalement j'ai obtenu une bonne note. Je croyais alors m'être débarrassé du latin J'allais en prépa Sciences-Po, c'en était fini de cette vieillerie.

Mais j'ai raté le concours d'entrée à l'I.E.P. – logique quand on a passé trois ans de sa vie lycéenne en touriste – et il a bien fallu me réorienter. J'ai choisi la fac de lettres modernes et j'y ai retrouvé le latin. Plus que ça : suite à mon année prépa, j'avais adopté une méthode de travail rigoureuse et développé une certaine passion pour la philosophie et l'histoire. C'est ainsi que l'étude d'une langue et d'une civilisation anciennes me sembla revêtir un attrait puissant. Naviguer dans la mythologie,  discuter des auteurs de l'Antiquité, évoquer les origines d'un peuple, quel régal ! Ce n'était pas tant la langue qui me passionnait tant alors, cependant, grâce à un amour grandissant pour les mots, l'exercice de la version – de la traduction en général – m'apparut hautement bénéfique et jubilatoire. Je ne me contentais plus des textes donnés par le professeur, je traduisais d'autres extraits chez moi, pour mon plaisir et pour mon instruction, durant les vacances même. Sans atteindre un niveau bilingue, je peux dire que cette étude a porté des fruits culturels. Depuis quelques années, toutefois, je ne lis plus couramment de latin, et je ne l'enseigne pas. Mais quoi qu'il arrive, dans mon utilisation de la langue française comme ma réflexion sur le monde, il m'accompagne.