#21 10/05/2007 18:40

Edy
1431 message(s)
Langue française Jouer avec : COI ?

Bonsoir, Henry !

Rassurez-vous, je n'ai pas pris votre réflexion pour une offense.
J'aurais dû, de mon côté, penser que vous visiez plutôt les questions qui nous sont posées.
Amicalement aussi,
Edy

#22 10/05/2007 20:02

Jean-Luc
2799 message(s)
Langue française Jouer avec : COI ?

Bonjour cher Edy,

Je reviens sur votre analyse que j'admets mais dont la rigueur s'accommode mal des nuances de la langue. A vrai dire, je suis un béotien en matière de linguistique. Je prends donc tous les risques.

Voilà des définitions trouvées sur la toile, elles serviront ci-après :

Complément essentiel
Complément du verbe, qui fait partie du groupe verbal, que l’on ne peut ni supprimer ni déplacer. Les compléments d’objet sont essentiels, mais également certains compléments de lieu ou de temps que l’on ne peut déplacer.

Complément d’objet premier et complément d’objet second
Complément essentiel du verbe, le complément d’objet désigne sémantiquement la personne ou la chose auxquels s’applique le procès indiqué par ce verbe.

Je pose le postulat que le simple effacement ne suffit pas à déterminer ce qui  est grammaticalement essentiel ou non essentiel et que le recours au sens (sémantiquement dans 2) est parfois nécessaire.

Dans l'énoncé de départ : "Demain, je joue aux cartes avec mes amis", pourquoi le COI "aux cartes" serait essentiel  (1 et 2) ? L'énoncé "Demain, je joue avec mes amis" reste grammaticalement correct.

Si je dis "Je bois de l'eau", vous admettrez que "de l'eau" est un complément essentiel (1 et 2), or l'énoncé "je bois" reste grammaticalement correct. Vous êtes bien obligé de recourir à une part sémantique pour justifier que "de l'eau" est un complément essentiel. En effet, sans ce COD qui limite l'application de sens du verbe, vous auriez compris que je suis un ivrogne, alors qu'en véritable chameau, je ne consomme que de l'eau.

Pour revenir à mon doute de départ, je vous propose "demain on rase gratis". Demain est-il essentiel ou non ? En saine linguitique, vous me répondrez que non, or admettez que le pauvre barbier va fermer boutique puisque vous lui avez transformé son slogan racoleur en service public non rémunéré. A moins que, rétréci à l'essentiel, "on rase", l'énoncé ne m'oblige à m'arrêter ce soir de peur d'ennuyer...

Ne m'en veuillez pas de ces amicales taquineries !


Jean-Luc    "Il n'y a jamais nulle part où aller qu'en dedans." Doris Lessing :)

#23 11/05/2007 18:27

Edy
1431 message(s)
Langue française Jouer avec : COI ?

Cher Jean-Luc !
J’aime la contestation intelligente : elle m’oblige à me dépasser et, à mon âge, c’est le seul domaine où je puisse encore espérer me distinguer… Ou perdre partiellement la face, ainsi que vous allez le constater.
Moi aussi, je prends des risques puisque je ne suis pas linguiste.
------------------------------------------------------------------------
Les définitions que vous avez trouvées sont incomplètes et partiellement inexactes :
1 Dans les compléments de VERBE, on a oublié les compléments (CC) de mesure.
2 Mes grammaires ont abandonné la définition SÉMANTIQUE du CO.
DENIS ET SANCIER :
* Le caractère extrêmement flou de cette définition, ses dangers (le verbe, par exemple, n’implique pas toujours une action) doivent inviter à abandonner toute interprétation sémantique du complément d’objet. On se fondera donc sur une définition formelle s’appuyant sur des critères syntaxiques aisément repérables. FIN (Critères que je passe sous silence.)
GREVISSE considère aussi que la définition sémantique (aboutissement du procès) n’est pas entièrement satisfaisante.
RIEGEL estime que la définition de transitivité est battue en brèche par de nombreux contre-exemples.
Elles préfèrent dire, en gros et d’une manière pragmatique, que le complément de verbe est celui qui, après le verbe, répond à la question qui ? quoi ?, à qui ?, à quoi ? de qui ? de quoi ? (pour ne citer que les prépositions les plus fréquentes ; et vous savez déjà que Riegel en est prodigue), en éliminant évidemment les termes dépendant d’un verbe ATTRIBUTIF.
-----------------------------------------------------------------------
* Demain, je joue aux cartes avec mes amis.
Grevisse confirme que « jouer à » introduit un complément d’objet. Celui-ci est essentiel, mais si vous le supprimez, l’énoncé reste grammatical pour deux raisons :
1 vous transformez un verbe transitif direct en un verbe de construction ABSOLUE, mais j’admets que c’est incohérent de supprimer ainsi allègrement un complément dit essentiel ;
2 selon Riegel, si j’ai bien compris, la grammaticalité serait encore assurée par le fait que « avec mes amis », précédemment CC, deviendrait COI, en prenant la place laissée vacante par « aux cartes » ; je voudrais quand même comprendre à quel titre il considère qu’il y a un COI dans « danser avec sa femme » et dans « jouer avec le feu ». On y reviendra.
------------------------------------------------------------------------
* Je bois de l’eau.
Même explication. Le COD est essentiel. Si vous le supprimez malgré tout, vous employez le verbe dans une construction ABSOLUE.

ROBERT ET NATHAN : « Le COD est parfois appelé complément ESSENTIEL ou complément de verbe. »  « Le COI est parfois appelé complément ESSENTIEL ou complément de verbe. »

GREVISSE ne vient pas à mon secours :
* Les complément sont essentiels : 1° quand leur construction (présence ou non d’une préposition, choix de la préposition) dépend du verbe lui-même ; 2° quand le verbe ne peut constituer sans eux le prédicat.
Le verbe « nuire » appelle un complément introduit par la préposition à : « Vous nuisez à votre avenir ». On pourrait dire que la préposition se rattache au verbe et non au complément. La suppression du complément rend la phrase agrammaticale : « Nous nuisez. »
Pour la plupart des compléments ADVERBIAUX essentiels, le premier critère ne joue pas, mais bien le second : « Je vais » tout court est inusité.
EN REVANCHE, pour BEAUCOUP de compléments D’OBJET, il est ASSEZ FRÉQUENT que la seconde condition ne soit pas remplie parce que la situation ou le contexte rendent superflue l’expression de ces compléments, qui restent implicites, sous-entendus : « J’ai essayé de l’empêcher de boire. » = (selon la situation) de boire n’importe quoi, ou de boire la chose précise qu’il était sur le point de boire, ou de boire des boissons alcoolisées. Cela s’observe aussi pour certains compléments adverbiaux : « J’arrive. »
Cette faculté [de supprimer le CO] se réalise RAREMENT pour certains verbes : avoir, posséder, déchirer, rencontrer, persécuter, alléguer, féliciter, redouter, appartenir, raffoler, attenter, provenir, habiter, etc.
Pour d’autres, au contraire, elle est TRÈS FRÉQUENTE : Fumer (dans Défense de fumer), lire, coudre, tricoter, etc.

ARRIVÉ admet le caractère OBLIGATOIRE du CO, à la condition « d’en LIMITER LA PORTÉE à un sous-ensemble de verbes. » « S’il existe une authentique série de verbes qui ne peuvent s’employer SANS CO, il existe également un nombre important de verbes qui peuvent s’employer AVEC OU SANS complément d’objet. »

BESCHERELLE : « Pour les grammaires qui utilisent le couple de termes complément essentiel / complément circonstanciel, le COD est un complément ESSENTIEL parmi d’autres. » « Le COD n’est pas supprimable. […] Il n’en va pas de même pour tous les verbes. » « … le COI fait partie des compléments ESSENTIELS. Ce caractère n’est pas généralisable à tous les COI. »

DENIS ET SANCIER : « L’effacement du CO est PARFOIS POSSIBLE sous certaines conditions. » « A côté de certains verbes qui ne peuvent s’employer qu’avec un CO, de très nombreux verbes transitifs peuvent être utilisés en l’absence de ce dernier [avec ou sans changement de sens]. »

GARDES-TAMINE : « Les compléments de verbe ne peuvent pas être supprimés, ou ne peuvent l’être que dans des conditions très particulières, notamment parce que le CO peut être reconstitué sans grand risque d’erreur. »

Finalement, le caractère essentiel du CO N’EXISTE PAS POUR TOUS LES VERBES TRANSITIFS. Je vais donc devoir amender mes certitudes. AU TEMPS POUR MOI !
J’effectue cependant un repli stratégique : si l’on excepte les verbes « avec ou sans », le CO est quand même un complément essentiel. Le hic, c’est que vous avez justement choisi un de ces verbes-là…
------------------------------------------------------------------------
* Demain, on rase gratis.
Je me sens ici plus à l’aise. Tant pis pour le barbier de Belleville si nous supprimons d’abord « demain » et ensuite « gratis ». Ces deux adverbes ne sont pas grammaticalement essentiels et, si nous les supprimons, comme nous en avons la faculté, la phrase restera grammaticale :
* On rase gratis.
* On rase.
Ne sont en effet essentiels que les adverbes qui sont dépendants d’un verbe locatif (habiter ici) ou d’un verbe de mesure (coûter cher), ce qu’on a déjà vu à propos des CC.
------------------------------------------------------------------------
CONCLUSION
Vous avez bien fait de me pousser dans les cordes. Pour les CO, je considérais qu’ils étaient essentiels, SOUS RÉSERVE, en cas de suppression, de voir changer la nature du verbe : transitif direct ou indirect -> verbe dans un emploi absolu.

JE SAIS MAINTENANT QU’IL EST PLUS EXACT DE CONSIDÉRER QUE LE CARACTÈRE ESSENTIEL SE LIMITE À UNE CATÉGORIE (SOUS-ENSEMBLE) DE VERBES TRANSITIFS.

Certains penseront que ce plaidoyer pro domo est exubérant. Qu’ils m’en excusent : j’ai voulu aussi expliquer dans quelle mesure j’avais tort.

Amicalement vôtre,
Edy

#24 08/05/2008 20:33

arostan
1 message(s)
Langue française Jouer avec : COI ?

Bonjour,

Voici ma question :
Dans les phrases
Le crocodile du Nil a mal aux dents.
La coccinelle rend service aux hommes.
Peut-on estimer que "aux dents" est COI ainsi que "aux hommes" ?
Merci
Anne

#25 08/05/2008 20:43

Anne345
54 message(s)
Langue française Jouer avec : COI ?

Le crocodile du Nil a mal aux dents. : à mal aux dentsaux dents est complément du nom mal

La coccinelle rend service aux hommes : service est COD de rend, aux hommes est COS de rend. On dit aussi complément d'attribution.

#26 09/05/2008 01:37

Edy
1431 message(s)
Langue française Jouer avec : COI ?

Bonsoir, chère Anne !

Je considère plutôt (voyez l'absence d'article) que nous avons deux locution verbales :
- avoir mal,
- rendre service.

Dans cette optique, les compléments seront respectivement :
- CC de lieu (aux dents),
- COI (aux hommes).

Certains verront cependant un COI dans "aux dents" pour le motif que la préposition est "voulue" par la locution. Je ne suis pas encore habitué à cette analyse.

#27 09/05/2008 10:44

Anne345
54 message(s)
Langue française Jouer avec : COI ?

Comme toujours, Edy, vous avez raison. Je me fais souvent piégée par ces locutions verbales !