Jean-Luc a écrit :
Bonjour,
Nous allons demander des émoluments à notre webmestre préféré puisque nous devenons des supplétifs de l'école républicaine (qui nous a tant apporté par le passé).[...]
Bonjour Jean-Luc,
Mais qu'en feriez-vous ? Vous payeriez-vous une croisière ? 
Bonjour Jean-Luc
Jean-Luc a dit :
Je rajouterai néanmoins que demain, CC de temps, n'est pas ici un complément secondaire. Pourquoi ? parce qu'il est indispensable à je joue, présent qui en fait exprime un futur fortement voulu. Si demain était absent, l'expression "je joue aux cartes avec mes amis" prendrait une tout autre signification.
Qu'en pensez-vous Edy ?
en attendant Edy qui roupille parce que c'est jour férié !!!
je pense qu'un terme non essentiel n'est pas lié à la signification de la phrase. Son absence en appauvrit plus ou moins le sens, uniquement mais la phrase reste correcte grammaticalement :
Je mange souvent de la viande à mes repas,
Je mange de la viande à mes repas
on a bien" souvent" qui n'est pas essentiel et qui est pourtant un CC.
à mon avis
@
Dernière modification par Muriel H. (08/05/2007 19:21)
Bonsoir à toutes et à tous !
POUR HENRY
Pour l’essentiel, je suis d’accord, sauf que :
1 Un CC peut être essentiel : J’habite EN BELGIQUE. (COI pour Riegel)
2 La préposition du COI est le plus souvent à ou de, mais souvenez-vous de celles que Riegel cite. Certaines me laissent perplexe.
3 « Je joue » est grammatical dans un emploi absolu.
LA PHRASE QUI NOUS A ÉTÉ SOUMISE
* Demain (CC de temps), je joue aux cartes (COI) avec mes amis (CC d’accompagnement).
Les deux CC peuvent être déplacés, sous réserve des usages stylistiques.
Ils ne sont pas essentiels.
On notera aussi que ce COI n’est pas grammaticalement essentiel.
-> Demain, je joue avec mes amis.
Dans l’optique de Riegel, ce serait alors « avec mes amis » qui deviendrait COI…
Je l’ai lu également à propos du COS.
* Il enseigne le ski aux Sénégalais. -> Il enseigne le ski.
POUR JEAN-LUC
Sous réserve de ce que Riegel pourra m’apprendre, je suis d’accord avec vous.
Sauf sur un point (et je rejoins donc Henry) : le CC « demain » n’est pas essentiel. Entendez par là « grammaticalement ».
APOSTROPHE (Léah)
Il s’agit bien d’une apostrophe lorsque vous m’écrivez « cher Edy ».
Elle consiste à interpeller l’interlocuteur, par exemple, en le dénommant (Monsieur, Jean…) ou en indiquant les relations sociales que l’on a avec lui (Camarade. Ou avec eux : Camarades).
Certaines grammaires préfèrent parler d’APPELLATIF.
Souvenez-vous du VOCATIF latin, qui assumait cette fonction.
1 L’apostrophe a une FONCTION appellative ou interpellative que l’apposition n’a pas.
2 L’apostrophe se PLACE librement dans l’énoncé, où elle n’a pas de fonction syntaxique, alors que l’apposition doit réellement être apposée, adossée.
3 L’apostrophe se place entre deux VIRGULES (une seule si elle est au début de l’énoncé), alors que l’apposition, selon les cas, n’est pas isolée par une virgule (le roi Louis XIV), est précédée par de (la ville de Paris) ou se trouve entre deux virgules (Jean, ce dormeur, a encore raté son train).
Quand l’apostrophe s’identifie (CORÉFÉRENCE) au sujet ou à un complément, il est possible d’y voir une APPOSITION ; l’intonation suffit souvent à lever cette équivoque.
* VOUS, LE PÂTRE de ce canton, vous me faites penser à Brassens.
* ENFANTS, VOUS ne travaillez pas.
Vous allez encore penser que, lorsqu’on me pose une question, on est sûr d’avoir matière à lire. (Oui, c’est comme ceux à qui on demande comment ils vont et qui ne peuvent pas s’empêcher de vous l’expliquer…) En réalité, j’explique aussi pour tous ceux nous lisent.
Voilà, j’ai répondu sans trop tarder, c’est-à-dire sans méditer davantage.
Pour gouverne, le 8 Mai n’est pas férié en Belgique.
Cordialement,
Edy
Bonjour Edy,
Permettez-moi de continuer à défendre ma cause au risque de paraître importun.
Votre message du 8 mai ne m'a pas permis de crier victoire !
Dans la phrase qui nous a été soumise : "Demain je joue aux cartes avec mes amis", j'ai émis l'hypothèse que demain, CC, pourrait être un complément essentiel.
J'argue sur le fait que demain est indispensable grammaticalement. En effet il transforme ce qui serait un présent d'énonciation en futur proche.
Si l'énoncé avait été "Demain, je jouerai..." j'aurais souscrit à votre avis, mais ce présent me trouble...
A vous de jouer !
Bonsoir, cher Jean-Luc !
Vous avez raison de considérer qu’en supprimant « demain », le sens de l’indicatif présent n’est plus celui d’un futur proche mais celui d’un présent d’énonciation (ou encore d’un présent d’habitude).
Mais je ne peux pas vous laisser penser que, pour ce motif, cet adverbe est essentiel, c’est-à-dire non effaçable.
Avant d’en parler, laissez-moi schématiser syntaxiquement les espèces de CC ; c’est le schéma le plus satisfaisant que j’aie trouvé… sans préjuger de Riegel. Il est valable aussi pour la plupart des adverbes. D’ailleurs, on appelle maintenant les CC compléments adverbiaux…
1) LES COMPLÉMENTS DE PHRASE : qu’ils soient circonstanciels ou modalisateurs, ils ne sont pas essentiels et sont effaçables.
* Ma femme est partie chez sa mère [ce week-end].
* [Selon les apparences,] ma femme est partie chez sa mère.
2) LES COMPLÉMENTS DE VERBE :
a) les uns SONT IMPOSÉS PAR LE SENS DU VERBE : ils sont essentiels et non effaçables :
1- ce sont ceux qui dépendent d’un verbe dit LOCATIF ;
* Ma femme SE TROUVE chez sa mère.
2- ce sont aussi ceux qui dépendent d’un verbe de MESURE ;
* Cela COÛTE cent euros.
b) les autres NE SONT PAS IMPOSÉS PAR LE SENS DU VERBE : ils ne sont pas essentiels et sont effaçables.
* Il chante [avec conviction]. J’écris [au stylo]. Elle meurt [de soif].
* Elle est sortie [sans ses fards]…
* Ma femme est partie [chez sa mère].
Déjà vous voyez, au moyen des crochets, ce que les énoncés deviennent après l’effacement des CC non essentiels et déjà vous allez me dire que j’ai modifié leur sens. Que reste-t-il en effet ?
* Ma femme est partie. (Pour les âmes sensibles, je précise que c’est une fiction.)
C’est exact, mais la syntaxe ne se préoccupe pas du sens lorsqu’elle parle de complément non essentiel ; ce qui lui importe, c’est de s’assurer que l’énoncé reste formellement grammatical en dépit de la suppression du CC. Effectivement, c’est de cohérence syntaxique et non de cohérence sémantique qu’elle s’occupe ici.
Par exemple, il lui importe peu qu’un énoncé devienne illogique, dès lors que ses termes ont été remplacés, sur l’axe syntagmatique (horizontal), par d’autres de la même classe, se trouvant virtuellement sur l’axe paradigmatique (vertical). (C’est évidemment un peu savant, mais je dois bien reprendre la terminologie de Saussure.)
* La femme est un roseau dépensant. (Jules Renard)
-> Tout triangle est un carré dévalué.
Il y a un monde de signification entre les deux ; cependant, les termes et constituants sont de la même classe.
C’est pareil pour la procédure d’effacement, je viens d’en parler : elle est valide, même si le sens de l’énoncé doit en être affecté. Cette procédure fait partie des manipulations syntaxiques.
Prenez maintenant le test de la permutation :
* Le képi déforme la tête. (Druon)
-> La tête déforme le képi.
Effaçons une subordonnée circonstancielle :
* Si vous retrouvez ma femme et si vous la conservez, je vous verserai une bonne récompense.
-> Je vous verserai une bonne récompense.
-> Si vous retrouvez ma femme, je vous verserai une bonne récompense.
Les subordonnées circonstancielles (non corrélatives) sont effaçables, tout comme certains CC, alors même que le sens de l’énoncé s’en trouve modifié : les circonstancielles de temps, de cause, de conséquence, de manière, de but, de concession, de condition.
D’autres parties d’une phrase peuvent être effacées : l’apostrophe, l’apposition, les propositions incises et incidentes, les participiales, etc. Même le verbe peut l’être, auquel cas la phrase est dite averbale.
C’est un peu comme si, dans la formation d’un train, on supprimait le wagon postal, ou si on le remplaçait par un wagon-restaurant. La composition du train aurait été modifiée, sa structure ne l’aurait pas été.
Il ne faut cependant pas en déduire que la syntaxe ne s’occupe pas du sens. Il faut toujours se demander quel est le sujet du verbe, se demander si le verbe est attributif ou non, définir le CO comme étant le point de visée du verbe, ne pas se tromper en mettant la phrase au passif, analyser le sens du verbe de la principale pour choisir le mode de la subordonnée, analyser la nature des compléments pour accorder le participe passé. On en passe.
A quoi servent donc toutes ces manipulations syntaxiques : effacement (ou réduction), expansion (ou insertion), commutation (ou substitution), permutation, déplacement, dislocation (dédoublement), transformation de la phrase, pronominalisation, enchâssement et emphase ?
A faciliter la répartition des termes entre les classes grammaticales, à faciliter la définition de leur fonction, à vérifier le caractère essentiel des compléments, à vérifier le caractère obligatoire des constituants, à vérifier les limites d’une transformation de la phrase, à mettre en relief l’un ou l’autre de ses termes. En fin de compte, à jongler avec la structure de la phrase afin de mieux la comprendre.
Combien de fois ai-je vu qu’un « ne…que » obscurcissait le sens, alors qu’il suffisait de remplacer cette restriction par « seulement » ! Commutation. Combien de fois ai-je dû, pour comprendre certaines phrases alambiquées de Proust ou de Butor, procéder par amputations successives de tout ce qui n’était pas grammaticalement essentiel, jusqu’à en arriver parfois à la phrase minimale ! Effacement. Quitte à faire ensuite la démarche inverse. Expansion.
N’étant pas linguiste, je suis un piètre défenseur de ce dont je souhaite vous convaincre. Mais je me sens assuré lorsque je lis que, désormais, toutes les grammaires font une belle place aux compléments essentiels / non essentiels.
J’espère qu’à entendre bientôt ce que je viens de vous écrire, mes moutons ne vont se mettre à décibêler leur désapprobation...
Amicalement vôtre,
Edy
Demain je joue aux cartes avec mes amis
Demain je jouerai aux cartes avec mes amis
Bonjour,
Je comprends très bien l’argumentation de Jean-Luc, non sur le terme « demain » qui est bien un CC non essentiel, mais sur le temps appliqué, présent ou futur.
Le problème majeur auquel on se trouve confronté pour répondre à certains exemples proposés, c’est que ces bribes de phrases sont sorties de leur contexte et qu’en dehors des règles générales, la grammaire autorise de très nombreuses interprétations ce qui souvent incite chacun d’entre nous à énoncer diverses explications qui ne sont pas dénuées de bons sens. Je m’explique par deux exemples :
Oui mes amis, le jour de gloire est arrivé, demain je joue aux cartes avec mes amis.
Oui mes amis, si la pluie continue de tomber, demain je jouerai aux cartes avec mes amis.
C’est court, mais je pense explicite bien que sujet à d’autres réflexions.
@
Bonjour Henry !
Personnellement, je n'ai pas donné des bribes de phrases ; elles ont, par elles-mêmes, en dépit de leur concision, un sens complet. Vous en faites d'ailleurs autant.
Je répète qu'il ne s'agit pas ici d'interpréter, mais de vérifier ce qui, dans une phrase, est grammaticalement essentiel ou non essentiel, de manière telle que cette phrase reste grammaticale après le ou les effacements.
La procédure syntaxique d'effacement est purement formelle et ne s'occupe pas des dérives sémantiques qu'elle entraîne.
C'est du moins ce que je pense avoir appris depuis que je suis tombé dans le chaudron de la grammaire.
Bon sang, Edy
Personnellement, je n'ai pas donné des bribes de phrases ; elles ont, par elles-mêmes, en dépit de leur concision, un sens complet. Vous en faites d'ailleurs autant.
Mais je me suis fait mal comprendre, car les "bribes de phrases" sont celles qui sont soumises à notre perspicacité par des visiteurs. C'est pourquoi je notais les difficultés souvent rencontrées pour que nous puissions chacun de nous suivant nos "moyens et nos connaissances" apporter des réponses allant dans le même sens, vu le nombre d'exceptions que la grammaire nous inflige.
En fait il s'agissait d'un aparté pour expliquer la longueur et les échanges procurés par cette discussion.
Je vous respecte trop pour me permettre de vous offenser et si tel était le cas, mes plus vives excuses.
bien @micalement
henry