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Bonjour,
Voilà, j'ai un gros problème avec ma dissertation, ça fait déja une semaine que je planche dessus sans résultat...
Voici le sujet:
Dans sa pièce La Machine infernale, Jean Cocteau dit de la tragédie que c'est "une des plus parfaites machines construites par les dieux infernaux pour l'anéantissement mathématique d'un mortel".
Cette définition vous paraît-elle rendre entièrement compte de la tragédie Phèdre de Racine ? Vous aurez soin d'argumenter votre point de vue en l'illustrant d'exemples précis empruntés à la pièce Phèdre.
Je n'attends pas une réponse toute faite, mais quelques idées de plan, les idées générales, etc.
Merci d'avance,
kilya
Dernière modification par webmestre (24/04/2006 14:46)
Quand je disais "Je n'attends pas une réponse toute faite, mais quelques idées de plan, les idées générales, etc.", c'était juste pour dire que je ne souhaite pas qu'on en fasse trop, Juste qu'on me mette sur une bonne piste, ensuite je n'ai en général aucun problème, une fois que j'ai les idées, le problème c'est de les trouver...
Donc voici ce que j'ai déjà fait,
pour le plan :
I/ Etude de la phrase de J. Cocteau
1: la présence de divinités dans les tragédies
2: la préméditation de la mort d'un personnage
3: les procédés utilisés pour y arriver
II/ Application à la pièce Phèdre de Racine
1: l'interaction des divinités depuis plusieurs générations dans la famille de Phèdre
2: son amour impossible avec Hippolyte (dû à la malédiction de Vénus)
3: les morts inévitables d' Oenone, d'Hippolyte, et pour finir de Phèdre
III/ Synthèse
1: la mort de ces trois personnages est bien due à une malédiction divine
2: les dieux ne sont pas les seuls coupables
3: cette phrase rend compte de la tragédie Phèdre, mais pas entièrement.
Voilà, mais je ne suis pas très satisfaite de ce plan...
Bonsoir Kilya,
Pour aller vite au cœur du sujet, Cocteau insiste sur deux aspects essentiels de la tragédie : la mise à mort inéluctable de l'être humain et l'irruption du sacré. Cocteau retient en outre qu'il s'agit d'une mécanique infernale. Mais alors se pose la question de savoir qui est à l'origine de cette machine à broyer. Cocteau répond les dieux, donc une transcendance, une fatalité qu'il recherche du côté des enfers, de la face sombre de la divinité. De fait, dans Phèdre, les dieux infernaux sont présents dont Minos, ces dieux loin d'aider les humains les aveuglent… mais Cocteau passe sous silence une autre composante essentielle de cette mécanique : les passions auxquelles les protagonistes donnent des noms divins…
Ton plan me paraît convenable… à condition de donner un titre autre que fonctionnel à ta troisième partie (par ex. que les humains aident bien les dieux dans ce massacre) et en précisant autrement le point 2 de cette même partie.
Merci beaucoup,
Cependant, dans Phèdre, la divinité qui intervient le plus est Vénus, qui est la déesse romaine de l'amour et de la beauté, donc les divinités intervenantes ne sont pas toutes infernales...
Pensez-vous que cela pourrait être intégré à la dissertation ou que ça n'a pas d'importance ?
Bonsoir Kylia,
D'accord, Vénus est citée mais peut-être autant que Minos (souvent évoqué). Je n'ai pas compté.
Vénus n'est certes pas une déesse du domaine des enfers, mais elle en a toute la coloration. D'abord c'est une déesse jalouse et c'est aussi "Vénus tout entière à sa proie attachée"... donc une divinité carnassière et meurtrière. Elle contribue fortement (sous l'aspect moderne de la passion mortifère) à priver Phèdre de sa lucidité. Pourquoi Phèdre au début de la tragédie n'a-t-elle de cesse que d'aller se cacher dans l'ombre du palais comme dans un tombeau ? parce qu'elle a eu l'intuition que la déesse était l'ennemie intime de sa conscience, un cancer qui ronge sa volonté...
Es-tu convaincue ?
Oui, justement peut-être que Racine joue un peu sur le contraste amour-beauté / jalousie-meurtre...
Et je ne crois pas que Minos soit souvent évoqué (je viens de vérifier), il est juste le père de Phèdre, en fait le plus important est qu'il se soit attiré la colère de Poséïdon(probablement assassin d'Hippolyte).
Dernière modification par kilya (25/04/2006 14:10)
Bonjour Kylia,
Je ne crois pas que Racine joue sur les divers visages de Vénus dans cette tragédie janséniste. Vénus est une figure possible de la prédestination. Jamais dans la bouche de Phèdre Vénus n'est associée à d'autres épithètes ou expressions que péjoratives. Les deux seules mentions moins dénonciatrices de la déesse peuvent être relevées dans la bouche de Théramène, mais désignent quand même dans le langage précieux l'esclavage amoureux.
Minos est cité directement quatre fois et trois fois sous la forme périphrastique de père.
Minos est pour Phèdre l'image de la conscience, du juge suprême qu'elle craint d'affronter. Ce dieu appartient à l'ombre. C'est dans l'univers janséniste un Dieu terrible et vengeur.
Merci beaucoup Jean-Luc pour toutes ces réponses, j'ai juste une dernière question,
Dans l'acte IV scene 6, Phèdre dit :
Où me cacher ? Fuyons dans la Nuit infernale.
Mais que dis-je ? Mon Père y tient l’Urne fatale.
Le Sort, dit-on, l’a mise en ses sévères mains.
Minos juge aux Enfers tous les pâles Humains.
Ah ! combien frémira son Ombre épouvantée,
Lorsqu’il verra sa Fille à ses yeux présentée,
Contrainte d’avouer tant de forfaits divers,
Et des crimes peut-être inconnus aux Enfers ?
Or, dans la mythologie grecque, Minos ne juge que les mortels faussement accusés, pourquoi alors Phèdre serait présentée devant lui ? Elle serait accusée pour des faits qu'elle a réellemnt commis ?...
Ce que Racine a retenu, c'est l'image d'un dieu puissant, juste et surtout intransigeant. C'est l'image de la conscience ténébreuse mais exigeante de Phèdre. Remarque que l'autre composante de cette conscience est la descendance lumineuse et solaire par sa mère Pasiphaé.
Pourtant cette ascendance solaire a été détériorée, souillée irrémédiablement par l'union contre nature avec le taureau. De même l'image de justice du père est obscurcie par l'éloignement et l'intransigeance. De là à en déduire que les dieux broient les humains à commencer par leurs propres enfants : Ce n'est pas la mythologie qui le dit (encore qu'elle présente de telles variantes) car elle propose des versions variées suivant que le dieu est tutélaire ou non, mais c'est l'interprétation pessimiste de Racine qui concentre ses choix sur ce faisceau d'intentions obscures et ambiguës.
Dernière modification par Jean-Luc (25/04/2006 15:52)
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