#11 02/04/2007 04:21

Orientale
101 message(s)
Langue française Il n'y a pas... que + indicatif ou subjonctif ?

Edy, j'adore votre exemple « Y a-t-il dans la salle quelqu'un qui SACHE bien le français ? - Je ! ». Pourrais-je le reproduire ailleurs ?

#12 02/04/2007 10:28

Edy
1431 message(s)
Langue française Il n'y a pas... que + indicatif ou subjonctif ?

Bonjour, Orientale !

Volontiers. C'est une citation anonyme que j'ai entendue à la radio il y a bien trente ans.
Bonne journée !
Edy

#13 02/04/2007 18:59

christineh
139 message(s)
Langue française Il n'y a pas... que + indicatif ou subjonctif ?

Ca se dit ça : savoir le français ?! je préfère : y a-t-il quelqu'un qui connaisse le français?

merci pour votre réponse

#14 02/04/2007 22:12

Edy
1431 message(s)
Langue française Il n'y a pas... que + indicatif ou subjonctif ?

Bonsoir, Christineh !

Sous la rubrique "savoir", le Petit Robert dit ceci :
Etre en mesure de pratiquer une activité grâce à des connaissances théoriques ou pratiques. -> connaître
* Un homme qui sait quatre langues vaut quatre hommes (Madame de Staël)
* Le peu d'espagnol que nous savions.

Et dans mon corpus :
* Il faut d'abord bien savoir le latin. Ensuite il faut l'oublier. (MONTESQUIEU. MES PENSÉES)

Personnellement, j'utilise indifféremment connaître et savoir dans ce cas précis.

Bonne nuit !
Edy

#15 03/04/2007 12:56

Innu Endo
11 message(s)
Langue française Il n'y a pas... que + indicatif ou subjonctif ?

Avec savoir, on peut rajouter :
* "Les gens qui savent le grec sont cinq ou six en Europe ; ceux qui savent le français sont en bien plus petit nombre." Paul-Louis Courier (helléniste et pamphlétaire)
* "Ceux qui écrivent le français sans savoir leur langue n'en ont que plus de mérite." Louis Auguste Commerson
* "Il n'y a pas un seul des auteurs qui veulent bien collaborer avec nous qui sache l'orthographe, j'entends qui la sache exactement et pleinement." Charles Péguy (Pensées)
Innu E.

#16 02/05/2008 01:53

Jehan
10 message(s)
Langue française Il n'y a pas... que + indicatif ou subjonctif ?

Bonsoir, Edy.

Puisqu'il est question de la valeur du subjonctif... Je crois bien que voici peu, nous avons commencé à faire connaissance sur un autre site, en débattant du même sujet. Sans doute me reconnaîtrez-vous... Et bien que débarquant ici plus d'un an après la "bataille", je me
permets de tester ici l'hypothèse que je vous ai soumise par ailleurs. Il me semble qu'une de vos phrases s'y prête.
Comment donc choisir entre:"Y a-t-il une ville qu'il n'A pas visitée ?" et   "Y a-t-il une ville qu'il n'AIT pas visitée ?"

Premier cas de figure: contraste entre une ville unique et  les nombreuses villes potentiellement visitables, suscitant un sentiment,  une appréciation toute personnelle du poseur de question. Par exemple l"admiration étonnée (sous-entendu: quel grand voyageur!)
ou l'agacement dubitatif devant tant de vantardise (sous-entendu: il ne se figure tout de même pas qu'on va le croire!) Pour souligner cette appréciation subjective, le subjonctif est le mode à privilégier:

"Y a-t-il une ville qu'il n'AIT pas visitée ?"

Deuxième cas de figure: toujours une ville unique et de nombreuses villes potentielles. Mais ce contraste est vécu de façon neutre, avec une froideur toute statisticienne. On s'interroge sans s'émouvoir, à titre de renseignement objectif,  sur l'existence de cette unique ville. Ce
peut être la question d'un organisateur de voyages qui s'enquiert du circuit effectué par un client. Pour souligner cette objectivité dénuée de sentiment personnel particulier, on emploie l'indicatif:

"Y a-t-il une ville qu'il n'A pas visitée ?"

Il me semble que cette analyse  corrobore bien la valeur "sentimentale" ( sentiment au sens d'appréciation personnelle) que je pense pouvoir prêter au subjonctif dans cette phrase et dans des phrases de structure sémantique analogue.

Qu'en pensez-vous ?

Bien cordialement.

#17 02/05/2008 20:13

Edy
1431 message(s)
Langue française Il n'y a pas... que + indicatif ou subjonctif ?

Bonsoir, Jehan !

Je crois vous reconnaître notamment à l’objet de votre question et à la qualité de votre raisonnement.

La différence de sens que vous voyez entre les deux énoncés est réelle, mais mes grammaires ne formulent pas votre idée d’appréciation personnelle subjective (subjonctif) ou objective (indicatif).

BONNARD considère que, lorsque la phrase principale est interrogative, le subjonctif est motivé par une RESTRICTION À LA RÉALITÉ DU FAIT.
* Y a-t-il un ouvrier qui connaisse mieux ce travail ?

DENIS ET SANCIER disent que le subjonctif place le procès DANS LE DOMAINE DU POSSIBLE, alors que l’indicatif le place dans le monde de ce qui est.
* Y a-t-il quelque chose qui te plaise ici ?

Wagner et Pinchon opposent L’ÉVENTUALITÉ à la réalité.
* Connaissez-vous un homme qui n’ait aimé qu’une femme ? (Musset)

Riegel dit que, avec le subjonctif, l’existence du référent est envisagée comme POSSIBLE, HYPOTHÉTIQUE et même comme DOUTEUSE ; et que l’indicatif met la relative dans le champ d’un constat.
* Connaissez-vous un courtisan qui soit sincère ?
* Connais-tu des gens qui soient contents de leur sort ?

Pour le Larousse, le subjonctif marque L’INCERTITUDE.
* Qui croyez-vous qui prenne les choses à cœur ? (Pascal)

Grevisse se borne à dire que le subjonctif est SOUVENT employé.
* Est-il un trésor qui vaille le sommeil ? (A. France)

Hanse dit simplement que le mode NORMAL de la relative est le subjonctif.
* Y en a-t-il un qui veuille m’accompagner ?

EN RÉSUMÉ : RESTRICTION À LA RÉALITÉ, ÉVENTUALITÉ, POSSIBILITÉ, HYPOTHÈSE, DOUTE, INCERTITUDE. -> SUBJONCTIF

Que votre critère d’appréciation personnelle soit légitime, je n’en doute pas : par sa question, le locuteur apprécie une situation et nuance son propos.
* Y a-t-il une ville qu'il n'AIT pas visitée ?
Que cette appréciation puisse se teinter d’admiration ou d’agacement, je le conçois volontiers.
Avec un bémol : selon moi, ce n’est pas l’APPRÉCIATION du locuteur qui conduit au subjonctif, c’est la RESTRICTION par rapport à la réalité que le locuteur introduit dans son énoncé.
Le sentiment éventuel se surajoute par d’autres moyens.

* Y a-t-il une ville qu'il n'A pas visitée ?
Il s’est agi de formuler un constat objectif.
Votre référence à un organisateur de voyages est bienvenue. La question pourrait aussi émaner d’un commissaire de police, qui enquêterait sur la ville où Arsène Lupin ne s’est pas encore manifesté, afin de lui tendre un piège.

Je me demande si nous ne pourrions pas NOUS ACCORDER SUR CECI :
1 le SUBJONCTIF sera utilisé lorsque le locuteur, faisant ainsi une appréciation SUBJECTIVE, considère que l’objet de la question est dans le CHAMP DES POSSIBLES, comme éventuel, hypothétique, douteux ou incertain ;

2 l’INDICATIF sera utilisé lorsque le locuteur, faisant ainsi une appréciation OBJECTIVE, considère que l’objet de la question est dans le CHAMP DU RÉEL.

Dans certains des exemples cités, le subjonctif peut être remplacé par le CONDITIONNEL.
-> Connaissez-vous un homme qui n’AURAIT AIMÉ qu’une femme ?

Très cordialement,

Dernière modification par Edy (02/05/2008 23:20)

#18 04/05/2008 20:25

Jehan
10 message(s)
Langue française Il n'y a pas... que + indicatif ou subjonctif ?

Bonsoir, cher  Edy.

Je suis plutôt d'accord avec votre conclusion.  Mais c'est votre petit bémol , quelques lignes plus haut, qui m'a interpellé.
Permettez-moi de le contrer d'un petit bécarre...

Si l'on avait écrit : "Y a-t-il un ouvrier qui connaît mieux ce travail ?" L'interrogation ne supposerait aucune restriction à la réalité du fait. Ce serait une simple demande de renseignement, et seul le mode indicatif qui suit permettrait de le déceler...  Aucun doute relatif à l'existence éventuelle de l'ouvrier.

Mais Bonnard écrit: "Y a-t-il un ouvrier qui connaîsse mieux ce travail ?" L'interrogation (identique dans sa forme jusqu'au "qui") exprime effectivement ici une restriction quant à la réalité du fait : ce n'est plus une demande de renseignement, c'est l'expression du doute du locuteur quant à l'existence d'un tel ouvrier. Mais, n'en déplaise à votre bémol, pas de sentiment surajouté par d'autres moyens:   SEUL le mode subjonctif qui suit permet de déceler ce doute, puisque les autres mots sont strictement identiques.  Et comme la plupart des doutes, ce n'est pas une simple incertitude statisticienne vierge de toute affectivité , il exprime un point de vue,  un sentiment personnel, une appréciation subjective ici non dénuée d'admiration.

Bien cordialement.

#19 04/05/2008 23:55

Edy
1431 message(s)
Langue française Il n'y a pas... que + indicatif ou subjonctif ?

Bonsoir, cher Jehan !

Je suis heureux que vous soyez d’accord sur ma formule.
Laissez-moi cependant faire encore deux remarques :
1 Au second alinéa, vous supprimeriez utilement ÉVENTUELLE, parce que le locuteur considère ici, « sans aucun doute », vous avez raison, que cet ouvrier EXISTE et qu’il suffit de LE TROUVER.

2 Autant je suis d’accord sur « une appréciation subjective » et sur « un point de vue » conduisant à « un subjonctif restrictif », autant j’éviterais de parler d’affectivité, de sentiment personnel et d’admiration.
Vous ajoutez là des conditions que je n’ai trouvées dans aucune grammaire et qui peuvent prêter à confusion avec les situations où le sentiment personnel a toute sa place : dans des propositions indépendantes ou principales et dans des subordonnées complétives, où le subjonctif véhicule l’affectivité que vous voudriez voir aussi dans des relatives.
Le subjonctif des relatives n’est pas incompatible avec du sentiment, mais il s’agira d’un épiphénomène, non d’une condition supplémentaire.
Notre désaccord vient de ce que vous ne prenez pas cette « appréciation subjective » pour ce qu’elle est : un JUGEMENT RESTRICTIF fondé sur l’éventualité, la possibilité, l’hypothèse, l’incertitude et se trouvant DANS LA TÊTE du locuteur. Le DOUTE est une opération de l’esprit, même s’il s’accompagne parfois de sentiments.

Très cordialement,

#20 05/05/2008 01:53

Jehan
10 message(s)
Langue française Il n'y a pas... que + indicatif ou subjonctif ?

Bonsoir, Edy.

Vous travaillez bien tard, vous aussi...

Dès mes tout premiers échanges avec vous, j'avais pris grand soin de vous préciser que j'utilisais le mot  "sentiment" dans le sens qu'il peut avoir quand on dit "Je vous donne mon sentiment là-dessus", c'est-à-dire, selon le Robert, "jugement, opinion qui se fonde sur une appréciation subjective et non sur un raisonnement logique ", avec renvoi à "avis, idée, point de vue".

Puisque vous vous dites d'accord sur  « une appréciation subjective » et sur « un point de vue » conduisant à « un subjonctif restrictif », je ne vois vraiment pas vous persistez à réfuter mon emploi de ce terme dans le cas qui nous préoccupe.

Donc, pourquoi pas "sentiment personnel" , puisque vous acceptez "appréciation subjective"? Et si vous pensez que l'admiration ne rentre pas dans la catégorie des "appréciations subjectives"  et n'a rien à voir avec l'affectivité, il faudra m'en expliquer clairement la raison.

De plus, je ne prétends nullement appliquer  ce mot "admiration" à toutes les phrases du même genre. il m'avait simplement paru approrié à cette citation particulière.

Je ne pense pas vous apprendre que cognitif et affectif sont étroitement liés dans le fonctionnement cérébral. Tout est bien dans la tête, comme vous dites.  Et dans la vie courante un doute a bien plus souvent une coloration affective qu'une coloration purement cognitive. Tout le monde ne raisonne pas continuellement avec l'impartialité souhaitable chez un savant spécialiste.

Bon, c'est pas tout ça... Au dodo!

Très cordialement.