Littérature et esthétique générale
La vraie vie, c'est la littératureIl me semble que l'on fait fausse route en recherchant quelle est la place de la littérature dans la vie, si l'on veut comprendre cette phrase ...
Cette phrase déprécie complétement la vie réelle au profit de la littérature ...
Je crois qu'il faut comprendre "vraie vie" par opposition à la vie réelle ...
Pour ma part, Proust n'oppose pas réalité et littérature. Il montre que la littérature permet de vivre pleinement la réalité. Il écrit, dans Le temps retrouvé : "Une heure n'est pas qu'une heure, c'est un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats. Ce que nous appelons la réalité est un certain rapport entre ces sensations et ces souvenirs qui nous entourent simultanément - rapport que supprime une simple vision cinématographique, laquelle s'éloigne par là d'autant plus du vrai qu'elle prétend se borner à lui - rapport unique que l'écrivain doit retrouver pour en enchaîner à jamais dans sa phrase les deux termes différents."
Je rejoins ainsi l'internaute qui plaçait le temps au coeur de la réflexion proustienne. Pour notre auteur, la littérature est l'indispensable prisme qui permet de décomposer chaque instant de notre vie afin d'en révéler toute la subtilité à notre conscience. Grâce à la littérature, la vie n'est pas un simple rayon de soleil, mais un superbe arc-en-ciel.
Cette question soulève des problèmes pressants, qui débordent sur la sphère politique (hélas). Sartre par exemple se méfiait des poètes parce qu'il les soupçonnait de vouloir fuir le monde, de se désengager, ou de s'engager à revers des réalité, dans une posture mortifère. De là découle en partie sa haine contre Flaubert, lequel n'aimait guère la compagnie bruyante et grossière des foules malotrues ni ne se mêlait aux grandes entreprises politiques de son temps. S'enfermer dans sa bibliothèque, bien au calme, ne voyager que par l'esprit, sans désagréments, voilà bien une attitude contraire à l'esprit d'initiative politique. En ce sens, le poète, ou l'écrivain solitaire, sera toujours perçu comme étant l'ennemi de la cité, quoique en vérité ce soit plutôt la cité qui le poursuive de son hostilité, qui lui fasse un crime de sa propre haine à elle, qu'elle projette hors d'elle-même. Elle s'imagine victime d'un dédain, quand l'homme égaré, lui, ne cherche qu'un peu d'eau fraîche dans le calme bienfaisant des oasis livresques.
Il existe donc des gens pour qui littérature et vie réelle non seulement se différencient mais s'opposent. Cette dichotomie suppose qu'on prenne parti pour l'un ou pour l'autre, selon l'esprit célèbre de la politique, qui veut qu'on soit dans un camp si on n'est pas dans l'autre.
Je propose de casser cette vue. Je verrais plutôt la littérature comme un appendice de la vie réelle; elle en fait partie, elle la prolonge d'une harmonique. Elle ne s'oppose pas plus à la réalité que jour et nuit ne s'opposent tout deux à la vie, dans ce qu'elle a d'englobant. Il existe simplement un contraste nécessaire. S'enfermer dans la littérature ne serait pas seulement néfaste, ce serait surtout impossible, dans la mesure où toute oeuvre s'agrège autour du souvenir de nos perceptions réelles, que celles-ci soient sensibles ou morales. La "vraie vie" des livres suppose la vie réelle comme fondement. Or la vérité ne s'érige pas sur les fondations de l'erreur; il faut donc que la vie réelle soit également la vraie, peut-être à un degré moindre, ou obscurci.
Inversement, la réalité, seule, et sans échappatoire, est suffocante. Même les grands voyageurs emportent souvent dans leurs bagages des livres écrits dans leur langue natale, afin de retrouver par l'esprit la mémoire réconfortante de la vie ordinaire qu'ils ont laissée en plan. C'est que dans toutes situations, il nous faut un instrument à contraste, une lumière pour éclairer la nuit, et une ombre pour apaiser la chaleur du jour. Les livres remplissent ce rôle à merveille. Ils ne sont ni plus vrais ni moins vrais, mais ils sont plus heureux que la réalité, parce qu'ils rétablissent l'équilibre souvent compromis de notre esprit, ils apportent à la vie ce qui, à un instant précis, et dans des circonstances particulières, lui fait défaut.
Autrement dit, la littérature est le point sur lequel on peut s'appuyer pour faire évoluer sa propre conception de la vie.
On peut, par exemple, à travers elle, trouver une autre échelle de valeurs.
Hello, pour ma part je crois que la vrai vie n'est autre qu'une destiné; ont utilise la littérature pour raconter cette vie ou la vie dont nous rêvons d'avoir.. Pensez-vous réellement que sans littérature ont ne peut pas vivre??? 
Brise a écrit :
Pensez-vous réellement que sans littérature ont ne peut pas vivre???
Non, bien des gens s'en passent. Je ne les crois pas malheureux. Mais certains se passent fort bien de croire en Dieu également, et n'ont pas besoin de prières pour enfiler les jours comme des bas de laine. On ne peut pas en conclure que Dieu n'est pas nécessaire. Entre ce que font certains et ce que font les autres, il y a des abîmes difficiles à sonder...
Brise a écrit :
Pensez-vous réellement que sans littérature on ne peut pas vivre???
Personnellement, la littérature m'est devenue nécessaire au fil des ans. Et pour certains écrivains, la littérature est leur raison de vivre. Prenez par exemple Nerval, qui écrivait pour trouver son idéal; mais une fois qu'il s'est rendu compte qu'il ne le trouverait jamais dans la réalité, il s'est pendu. Ou von Kleist qui, n'ayant pas reçu la reconnaissance de Goethe, s'est lui aussi suicidé. La littérature est comme tout art, elle devient indispensable à son créateur. Quant au lecteur, c'est relatif, mais une fois qu'on a plongé dedans, il est difficile d'en sortir.
La littérature, c'est malheureusement une vie de papier. Peut-être, mais quelle vie!
Je trouve le débat bizarre. On juge de la déclaration de Proust en termes de vérité ou d'erreur comme s'il s'agissait d'une vérité scientifique à laquelle tout le monde doit souscrire ou personne. Non seulement je ne suis pas sûr que Zidane ou Sarkozy ou Thérèse de Lisieux conviendraient de ce que la littérature soit la vraie vie, mais, si on demandait à Rabelais ou à Musset ce qu'est la vraie vie, je ne serais pas étonné que l'un réponde le rire et l'autre l'amour.
Et quand on évoque la phrase de Nerval sur le rêve, j'ai l'impression qu'il s'agit d'une fausse résonance, comparable à celles des gens qui disent que çà les fait "rebondir". De cette manière, on peut partir de plusieurs côtés, sans direction précise. Mais la littérature n'est pas le rêve, et la vraie vive correspond à ces moments de l'existence où non seulement on se sent vivre, mais est aussi réellement plus vivant. Dans ces moments, non seulement on n'est pas coupé de la réalité comme dans le rêve, mais on l'étreint et la transforme tout en restant à sa place sans s'imaginer qu'on fait ou fait faire ce qu'en réalité les autres font.
Que la vraie vie de l'un ne soit pas la même que celle d'un autre, c'est l'évidence même, et il me semble de peu d'intérêt de le signaler. Mais ce qui reste commun aux uns et aux autres, c'est qu'au moment où ils sont à leur place, la vie change brutalement et d'un seul coup pour eux et pour les autres.
La littérature peut être cette place. Cela parait certain dans le cas de Proust qui avait une vie de mondain et de malade, certes, mais pour qui la littérature était la vraie vie.
Nénuphar a écrit :
à force de lire, j'ai parfois l'impression (ô combien cruelle...) de passer, pour ainsi dire, "à côté de la vie" en me réfugiant dans les livres... Alors vous pensez bien que lorsque j'ai découvert la citation de Proust " La vraie vie, c'est la littérature ", j'étais plus que contente !!! Un peu comme si j'avais besoin de légitimer ma passion... c'est un peu idiot peut-être mais c'est comme ça !!!
Sur un ton léger, c'est un problème important, la question de son orientation. Une vraie vie est possible là, ou à partir de là, dit Proust, mais est-ce que ce serait ma vraie vie ? Est-ce que j'y trouverais pas seulement une place, mais ma place. C'est la question à laquelle essaye de répondre Rilke dans ses "Lettres à un jeune poète". Elle est clairement distincte de la réussite et du succès: la littérature était la vraie vie de Léautaud, mais pas celle de Chateaubriand.
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