#51 06/01/2008 23:04

bastie_no
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Littérature et esthétique générale La vraie vie, c'est la littérature

Il me semble que l'on fait fausse route en recherchant quelle est la place de la littérature dans la vie, si l'on veut comprendre cette phrase ...

Cette phrase déprécie complétement la vie réelle au profit de la littérature ...
Je crois qu'il faut comprendre "vraie vie" par opposition à la vie réelle ...


Und war es endlich dir gelungen \ Und bist du vom Gefühl durchdrungen: \ Was fruchtbar ist, allein ist wahr -                                            Goethe

#52 13/01/2008 22:48

molhia
Littérature et esthétique générale La vraie vie, c'est la littérature

Pour ma part, Proust n'oppose pas réalité et littérature. Il montre que la littérature permet de vivre pleinement la réalité. Il écrit, dans Le temps retrouvé : "Une heure n'est pas qu'une heure, c'est un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats. Ce que nous appelons la réalité est un certain rapport entre ces sensations et ces souvenirs qui nous entourent simultanément - rapport que supprime une simple vision cinématographique, laquelle s'éloigne par là d'autant plus du vrai qu'elle prétend se borner à lui - rapport unique que l'écrivain doit retrouver pour en enchaîner à jamais dans sa phrase les deux termes différents."

Je rejoins ainsi l'internaute qui plaçait le temps au coeur de la réflexion proustienne. Pour notre auteur, la littérature est l'indispensable prisme qui permet de décomposer chaque instant de notre vie afin d'en révéler toute la subtilité à notre conscience. Grâce à la littérature, la vie n'est pas un simple rayon de soleil, mais un superbe arc-en-ciel.

#53 10/02/2008 18:51

Alph
Littérature et esthétique générale La vraie vie, c'est la littérature

Cette question soulève des problèmes pressants, qui débordent sur la sphère politique (hélas). Sartre par exemple se méfiait des poètes parce qu'il les soupçonnait de vouloir fuir le monde, de se désengager, ou de s'engager à revers des réalité, dans une posture mortifère. De là découle en partie sa haine contre Flaubert, lequel n'aimait guère la compagnie bruyante et grossière des foules malotrues ni ne se mêlait aux grandes entreprises politiques de son temps. S'enfermer dans sa bibliothèque, bien au calme, ne voyager que par l'esprit, sans désagréments, voilà bien une attitude contraire à l'esprit d'initiative politique. En ce sens, le poète, ou l'écrivain solitaire, sera toujours perçu comme étant l'ennemi de la cité, quoique en vérité ce soit plutôt la cité qui le poursuive de son hostilité, qui lui fasse un crime de sa propre haine à elle, qu'elle projette hors d'elle-même. Elle s'imagine victime d'un dédain, quand l'homme égaré, lui, ne cherche qu'un peu d'eau fraîche dans le calme bienfaisant des oasis livresques.
Il existe donc des gens pour qui littérature et vie réelle non seulement se différencient mais s'opposent. Cette dichotomie suppose qu'on prenne parti pour l'un ou pour l'autre, selon l'esprit célèbre de la politique, qui veut qu'on soit dans un camp si on n'est pas dans l'autre.
Je propose de casser cette vue. Je verrais plutôt la littérature comme un appendice de la vie réelle; elle en fait partie, elle la prolonge d'une harmonique. Elle ne s'oppose pas plus à la réalité que jour et nuit ne s'opposent tout deux à la vie, dans ce qu'elle a d'englobant. Il existe simplement un contraste nécessaire. S'enfermer dans la littérature ne serait pas seulement néfaste, ce serait surtout impossible, dans la mesure où toute oeuvre s'agrège autour du souvenir de nos perceptions réelles, que celles-ci soient sensibles ou morales. La "vraie vie" des livres suppose la vie réelle comme fondement. Or la vérité ne s'érige pas sur les fondations de l'erreur; il faut donc que la vie réelle soit également la vraie, peut-être à un degré moindre, ou obscurci.
Inversement, la réalité, seule, et sans échappatoire, est suffocante. Même les grands voyageurs emportent souvent dans leurs bagages des livres écrits dans leur langue natale, afin de retrouver par l'esprit  la mémoire réconfortante de la vie ordinaire qu'ils ont laissée en plan. C'est que dans toutes situations, il nous faut un instrument à contraste, une lumière pour éclairer la nuit, et une ombre pour apaiser la chaleur du jour. Les livres remplissent ce rôle à merveille. Ils ne sont ni plus vrais ni moins vrais, mais ils sont plus heureux que la réalité, parce qu'ils rétablissent l'équilibre souvent compromis de notre esprit, ils apportent à la vie ce qui, à un instant précis, et dans des circonstances particulières, lui fait défaut.

#54 10/02/2008 23:59

lebeau
571 message(s)
Littérature et esthétique générale La vraie vie, c'est la littérature

Autrement dit, la littérature est le point sur lequel on peut s'appuyer pour faire évoluer sa propre conception de la vie.
On peut, par exemple, à travers elle, trouver une autre échelle de valeurs.