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Texte :
ORESTE- Aide-moi Electre!
ELECTRE-Ainsi tu es comme tous les hommes, Oreste! La moindre flatterie les relâche, la moindre fraîcheur les soudoie. T'aider? Je le sais, ce que tu voudrais m'entendre dire.
ORESTE-Alors dis-le-moi
ELECTRE- Que les humains sont bons,après tout, que la vie après tout est bonne!
ORESTE-N'est-ce pas vrai?
ELECTRE-Que ce n'est pas un mauvais sort que d'être jeune, beau et prince. D'avoir une soeur jeune et princesse. Qu'il suffit de laisser les hommes à leurs petites occupations de bassesse et de vanité, de ne pas presser sur les pustules humaines, et de vivre des beautés du monde!
ORESTE- Et n'est-ce pas ce que tu me dis?
ELECTRE- Non. Je te dis que notre mère a un amant.
ORESTE-Tu mens! C'est impossible!
Premiere euménide- Elle est veuve. Elle a bien raison
ELECTRE- Je te dis que notre père a été tué!
ORESTE- Tué, Agamemnon!
ELECTRE- Poignardé par des assassins!
deuxieme eumenide- il y a sept ans.C'est de l'histoire ancienne.
Oreste-ET tu savais cela, et tu m'as pas laissé dormir une nuit!
Electre-Je ne le savais pas. C'est là justement le cadeau de la nuit.Elle a rejeté ces vérités sur son rivage. Je saurai désormais comment font les déveniresses. Elles pressent toute une nuit leur frère endormi contre leur coeur.
Oreste-Notre père tué! Qui te l'a dit?
ELECTRE- lui-même
ORESTE-Il t'a parlé avant de mourir?
electre-il m'avait parlé mort, le jour même du meurtre mais cette parole a mis sept ans à m'atteindre.
Oreste-il t'est apparu?
ELectre- NOn. Son cadavre cette nuit m'est apparu! tel qu'il était le jour du meutre, mais c'était lumineux. Il suffisait de lire: il y avait dans son vêtement un pli qui disait: je ne suis pas le pli de la mort, mais le pli de l'assassinat. Et il y avait sur le soulier une boucle qui répétait: je ne suis pas la boucle de l'accident, mais la boucle du crime. Et il y avait dans la paupière retombée une ride qui disait:je n'ai pas vu la mort, j'ai vu les régicides.
ORESTE- Pour notre mère, qui te l'a dit?
ELECTRE- elle-même.Encore elle même.
ORESTE-elle a avoué?
ELECTRE- non je l'ai vue morte.SOn cadavre d'avance l'a trahie. Aucun doute. Son sourcil était celui d'une femme morte qui a eu un amant.
Oreste- quel est cet amant? Quel est cet assassin?
ELECTRE- c'est pour le trouver que je t'éveille. Espérons que c'est le même.Tu n'aurais qu'un coup à donner.
ORESTE- Je crois qu'il vous faut partir, mes filles.Ma soeur m'offre à mon réveil une reine qui se prostitue et un roi assassiné...Mes parents.
première euménide- Ce n'est déjà pas mal. N'y ajoute rien.
ELECTRE- Pardon, Oreste.
deuxieme euménide- elle s'excuse maintenant
troisieme euménide. Je te perds ta vie, et je m'excuse.
Le mendiant- elle a tort de s'excuser. C'est le genre de réveil que nous réservent habituellement nos femmes et nos soeurs. Il faut croire qu'elles sont faites pour cela.
Electre- Elles ne sont faites que pour cela. Epouses, belles-soeurs, belles mères,toutes, quand les hommes au matin ne voient plus, par leurs yeux engourdis, que la pourpre et l'or, c'elles qui les secouent,qui leur tendent, avec le café et l'eau chaude, la haine de l'injustice et le mépris du petit bonheur.
ORESTE- pardon, electre!
deuxième euménide- A son tour de s'excuser. Ils sont polis dans la famille!
première euménide- Ils enlèverent leur tête pour se saluer.
Electre- Et elles épient leur réveil.Et les hommes , n'eussent-ils dormi que cinq minutes, ils ont repris l'armure du bonheur: la satisfaction, l'indifférence, la générosité, l'appétit. Et une tâche de soleil les réconcilie avec toutes les tâches de sang.Et un chant d'oiseau avec tous les mensongères. Mais elles sont là, toutes, sculptées par l'insomnie,avec la jalousie,l 'envie, l'amour, la mémoire:avec la vérité: tu es réveillé, Oreste?
Oreste- je pense que je me réveille. Ou est mon épée?
ELECTRE- bravo, voilà ce que j'appelle un bon réveil. Prends ton épée. Prends ta haine. Prends ta force.
Je pense que ce passe s'organise autour de trois mouvements :
1) la révélation du meurtre d'Agamemnon
2) Une réflexion caustique sur les hommes (Oreste symbolisant l'homme)
3) Les femmes comme moteur de l'histoire et de la vérité (Électre la femme)
Voilà mon plan. Mais j'ai quelques doutes...
Quelqu'un pourrait-il m'aider pour ce commentaire? Je rame
n'oublie pas de parler du renouvellement du mythe et de la subversion du climat tragique (cf. langage familier) ; mais ça tu as peut-être choisi de le garder pour l'intro?
Penses-tu clairette que mes axes sont bons? En lisant l'extrait, que penses-tu? (figures de style etc...)
De plus, je ne sais que dire sur cet extrait? Je le comprends, mais quant à l'analyse, elle me semble difficile.
Le grand Jean-Luc, l'argus de la littérature, pourrait-il me fournir des pistes d'analyse ?
Dernière modification par benjamin (25/03/2007 15:03)
Franchement cela me paraît pas mal du tout quoique j'ai peur que tu ne manques de matière pour la première partie (et aussi qu'elle ne se recoupe avec la troisième : Electre, celle qui fait la lumière, révèle la double vérité du meurtre et de l'adultère). Je serais bien embarrassée pour te soumettre un plan mais si je peux te donner un conseil, tu devrais étudier les rapports du frère et de la soeur, que le dialogue reflète (inégale distribution de la parole, tu vois qu'Electre parle beaucoup plus, il y a un rapport de forces). J'ajoute que ton III me paraît très pertinent. Reste à voir si cette distribution des idées te laisse assez à dire en I et II. Bon courage!
Bonsoir Benjamin,
Je n'ai pas beaucoup de temps, mais je crois que cet extrait est révélateur de la conception du tragique chez Giraudoux :
C'est la chaîne qui redresse l'homme sur ses deux pattes. Ma citation est approximative hélas. Giraudoux voit dans la tragédie le lien par lequel les dieux humanisent l'homme en l'obligeant à quitter son état animal de quadrupède pour le redresser sur ses deux pattes arrière. Oreste doit quitter son petit bonheur étriqué en étant projeté dans un univers tragique par la révélation de sa soeur.
Electre et son entêtement, ses convictions d'extra-lucide, ses arguments qui ne prouvent rien et qui pourtant agitent Oreste, la prêtresse, la pythie, la femme aiguillon, la Némésis moderne...
Le choeur antique qui est devenu les Euménides et le mendiant : le même rôle qui est de commenter l'action mais avec un mélange des genres très moderne.
Les similitudes avec Hamlet : le spectre, les turpitudes familiales, l'épée, le sommeil...
N'oublie pas l'humour surprenant dans l'univers tragique. Mais Electre est selon les propres termes de son créateur une "tragédie bourgeoise".
Ah oui ! Référence à Hamlet ! J'aimerais savoir aussi si Giraudoux ne ridiculise pas aussi Oreste, même en apprenant la mort de son père, il apparait comme hésitant, comme sceptique quant aux propos de sa soeur... Il apparaît comme un anti-héros tragique! Dans toutes les tragédies, les héros s'arment, se donnent eux-mêmes du courage et de la volonté.
De plus, il dit "aide-moi Electre" très amusant. Le héros va au secours de et non a besoin des autres pour.. Cette figure de l'anti héros tragique est un jeu pour Giraudoux.Oreste est dans l'élégie, dans la plainte... ELECTRE NE SUPPORTE PAS CETTE INDIFFERENCE OU ORESTE SE PLONGE ET LUI MONTRE JE PENSE QUE LA LIBERTE D INDIFFERENCE EST LE PLUS PAS DEGRES DE LA LIBERTE ET QUE L EGOISME HUMAIN QUI N EST TOURNE QUE VERS SOI N A RIEN DE BEAU MAIS EST LAID REMPLI DE PUSTULES HUMAINES COMME ELLE DIT.
J'ai l'impression qu' Electre apparait comme celle qui voit tout et qui veut le tout. A chaque qu'elle parle, elle s'adresse à l'humanité comme un juge, un censeur! Elle déteste le compromis et préfére il me semble le malheur et sa vérité qu'un bonheur factice.
Elle est pour moi assez remarquable mais dangereusement fanatique!
NON?
Dernière modification par benjamin (26/03/2007 17:46)
Bonsoir Benjamin,
Je partage ton analyse.
Oreste est un héros pitoyable. Je ne sais si Giraudoux s'amuse. De fait, l'auteur doit tenir compte du mythe originel, or le malheureux Oreste doit finir fou. Il en fait donc un pleutre (il va porter ses coups à l'aveuglette), un personnage falot qui va succomber à l'influence de sa soeur exaltée. C'est une tragédie policière, aussi faut-il trouver des mobiles et des ressorts psychologiques. Il n'empêche que Giraudoux utilise la dérision.
Pour quelles raisons la femme est-elle montrée comme celle qui réveille l'humanité de son sommeil et l'anime de vérité et d'éclat afin de faire triompher la justice et le bonheur véritable?
LA FEMME COMME MOTEUR DE LA VERITE COMME PROPENSION A DIRE LE VRAI...
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