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Bonjour à tous et merci pour votre aide.
J'ai une dissertation à faire, je suis en 1ère S : le sujet est :
Dans son essai critique "sur Racine", Roland BARTHES qualifie Bérénice de "tragédie de l'aphasie" ; Jean STAROBINSKI quant à lui souligne dans "l'oeil vivant" "que dans le théâtre français classique et singulièrement chez Racine, les gestes tendent à disparaître au profit du langage, il faut ajouter au profit du regard. les scènes chez Racine sont des "entrevues". les personnes du drame se parlent et s'entre-regardent mais les regards échangés ont valuer d'étreinte et de blessure... ils troublent les âmes. Une contrainte esthétique devient ainsi moyen d'expression"
après avoir fait des recherches, j'ai constaté que selon BARTHES le théâtre de Racine n'est pas un théâtre de l'amour, les paroles deviennent abstraites mais les objets concrets. Pour lui, le langage qui sort de la bouche sont de faux signes, en revanche, la chair symbolise l'espoir, les yeux la vérité. STAROBINSKI a consacré des études à la place du regard dans la littérature française
je cherche une bonne problématique pour ce sujet, ainsi, j'ai pensé travailler sur le thème de la critique littéraire, sa fonction, en analysant les deux citations et en recherchant ce qui rapprochent ces deux auteurs ou ce qui les séparent en prenant comme support l'oeuvre de Racine "Bérénice" et aussi Phèdre peut-être, en faisant une analyse de la tragédie classique de Racine bien différente sur le fond de celle de Corneille. J'ai du mal à comprendre pourquoi BARHTES dit que Bérénice est une tragédie de l'aphasie, est-ce parce que selon lui la parole qui sort de la bouche n'est pas vérité, que la vérité se trouve dans les yeux et donc par là il rejoint STAROBINSKI quant ce dernier donne autant d'importance au regard. Barthes affirme t'il par là que le sens caché de la pièce est à rechercher non pas dans le langage ou la parole mais dans les gestes et dans les yeux, autrement dit aussi dans le regard
suis-je sur la bonne piste ou pas du tout
merci pour votre aide

Magnifique sujet mais complexe
J'ai commencé par la recherche du mot aphasie sur le TLF
Altération plus ou moins profonde de la fonction du langage, sans paralysie des organes de l'articulation, chez un individu atteint de lésion des centres nerveux, et qui se manifeste par la perte plus ou moins totale de la compréhension et de l'usage des signes linguistiques, parlés ou écrits.
N'y-a-t-il pas des moments où Bérénice et Titus subissent une altération du langage par excès d'émotion ?
Je ne crois pas qu'il faille chercher du côté du mensonge, mais peut-être du leurre des mots
Tu pourrais par exemple à partir de ce vers où elle est suffoquée de stupeur
Antiochus.
De vous déclarer
qu'à jamais l'un de l'autre il faut vous séparer.
Bérénice.
Nous séparer? Qui? Moi? Titus de Bérénice !
Elle est dans le discours du "je" (Qui ? moi ?) et elle inverse complètement pour être dans le discours de l'autre ("Titus de Bérénice")
Qu'en penses-tu ?
tu pourrais développer cette idée d'aphasie, elle est sensée être muette de stupeur, de douleur, mais elle parle quand même (le théâtre le veut) Mais elle exprime cette stupeur supposée muette par cette altération du discours
(et au passage saluons le talent de Racine et cette extraordinaire économie de moyen...)
J e regrette beaucoup e ne pas avoit lu Bérénice depuis longtemps, pour quand est ta dissert ? si c'est après le We pas pour lundi je relis tout dimanche ou demain soir et je t'en reparle, quel beau sujet !
Regarde aussi au début (scène 2) quand Antiochus dit
Bérénice autrefois m'ôta toute espérance
Elle m'imposa même un éternel silence
bonjour,
merci pour votre contribution, je dois rendre ma dissert pour le 20 février, j'y travaille, vos idées me sont précieuses.
je suis d'accord sur la notion d'aphasie et je compte bien développé cela à travers le texte de Racine "Bérénice". mon problème c'est que je n'arrive pas à écrire la probématique dans l'introduction, tous mes essais ne me semblent pas du tout satisfaisants. j'introduit bien entendu Racine, ce grand Tragédien, je le resitue dans le contexte de son époque, l'importance pour lui du peu de mots pour dire beaucoup et le sens du geste, l'importance des silences qui en disent beaucoup, puis je replace les citations données dans le sujet en montrant que la tragédie de Racine et son oeuvre a donné lieu à des recherches poussées par des simiologues et des interpellations toujours d'actualité. l'importance du regard. Racine construit des oeuvres fortes sans excès de vers ou de discours. le silence traduit l'émotion : la douleur, l'amour, la stupeur, la mort avec l'agonie silencieuse de Bérénice. J'envisage un plan en trois parties prenant appui sur sur la notion de silence, puis le regard et enfin une synthèse pour définir l'effet de cette dramaturgie
qu'en pensez-vous ?
j'ai repensé à cette réplique
Nous séparer? Qui? Moi? Titus de Bérénice !
Ici en fait trois discours, le "nous" en réponse directe à Antiochus "il faut vous séparer" le "je" Qui ? moi ?
qui est dans une suite logique avec le "nous séparer" et cet interloquant "Titus de Bérénice" où elle déplace complètement le point de vue
Donc pour le silence en première partie je partirais de la réplique d'Antiochus
"Elle m'imposa même un éternel silence"
qui déclare son amour au bout de cinq années de silence et à qui Bérénice a ordonné ce silence
Mais il a aussi un "pouvoir" sur elle
et elle sur lui
"Je n'ai qu'à vous parler pour me faire haïr"
Madame, encor un coup, vous louerez mon silence"
Lister les autres répliques sur la parole ou le silence
Une transition interessante c'est après ce silence qu'elle a imposé à Antiochus elle lui ordonne
Pour jamais à mes yeux gardez-vous de paraître
Le regard
Je définirais un emboîtage
Bérénice amoureuse de Totus vue par Antiochus lui-même amoureux d'elle
Un regard absent mais qui pèse sur tous ces personnages celui de Rome sur son Empereur
Lorsque Bérénice dit "il faut nous séparer et c'est lui qui l'ordonne"
C'est le "Titus" empereur qu'elle voit mais en même temps l'homme qu'elle aime
Pour lister relever le champ lexical du regard
Antiochus
Quoi ! vous pourriez ici me regarder...
...
Tu me voyais tantôt inquiet...
Bérénice
...c'est trop cacher mon trouble à votre vue
etc...
En synthèse effets dramaturgiques avec la réplique de Bérénice avec les changements de point de vue nous/je/lui pour montrer l'effet (avec bien sûr d'autres passages, mais celui-ci serait le premier)
Il y a d'autres moments où la tragédie vire de point de vue ; peux-tu les trouver ?
En fait c'est le seul intêret de ce drame où il n'y a pas de mort tragique et soudaine comme dans les autres tragédies raciniennes
Il s'agit "simplement" d'une histoire d'amour condamnée par la raison d'État
Autre changement de point de vue quand Titus découvre par Antiochus que celui-ci est son "rival"
Il y avait donc une comédie des apparences
Qui se change en appel à servir de vertueux EXEMPLES
Là on renoue avec le regard
Hugolino
En fait ton plan correspond à la citation il est donc bon voire même excellent !
Dans le théâtre français classique et singulièrement chez Racine, les gestes tendent à disparaître au profit du langage, il faut ajouter au profit du regard. les scènes chez Racine sont des "entrevues". les personnes du drame se parlent et s'entre-regardent mais les regards échangés ont valuer d'étreinte et de blessure... ils troublent les âmes. Une contrainte esthétique devient ainsi moyen d'expression"
Langage : on a vu comment exploiter les termes du "silence" (aphasie, pour relier à Barthes) ; silence stupéfait de Bérénice exprimé par cette syntaxe rapide et quasi incohérente : Nous ... Qui ? Moi ? Titus de Bérénice ?
etc...
Il y aurait dans une optique très moderne une interessante étude à faire sur le signifiant et le signifié, étude très barthesienne
Regard : on a vu quelques "entrevues", à toi de voir aussi les étreintes et les blessures
Contrainte esthétique devient moyen d'expression : c'est toute la dramaturgie, donc aussi ici une analyse stylistique
Let's go !
Dernière modification par Léah (14/02/2007 20:41)
merci beaucoup, tous vos conseils m'aident énormément.
voici mon intro :
Voltaire avait peut-être raison, qui disait à son époque que seuls d'excellents comédiens pourraient émouvoir le public avec cette pièce "Bérénice" de Racine. Une pièce de Théâtre a vocation à être vue, non à être lue et à l'époque classique, ces oeuvres n'étaient publiées que lorsqu'elles n'étaient plus représentées. "Bérénice" occupe une place particulière dans l'univers racinien car cette pièce adopte certaines dispositions dramatiques que l'on rencontre rarement. C'est une tragédie sans mort physique et constitue un exercice d'épuration et de concentration dramatique avec une conjonction singulière des rapports amoureux avec les rapports de pouvoir. Jean Racine est né peu avant noël 1639, un an avant le futur roi Louis XIV. En 1667, il connaît le succès avec Andromaque et c'est à partir de ce moment que Racine commence sa carrière d'homme de théâtre. Bérénice est jouée pour la première fois le 21 novembre 1670. Une hypothèse est formulée sur l'origine possible de cette tragédie : elle aurait été inspirée de la relation intense et passionnée que le roi avait vécue, à 19 ans, avec une des nièces de Mazarin, la fougeuse Mancini, qu'il comptait même épouser mais les raisons d'Etat conduisirent à une séparation aussi difficile que mouvementée : "Mais il ne s'agit plus de vivre, il faut règner" (v.1102).
Titus rencontre un problème de langagen l'amour seul ne suffisant pas à trouver le mot ni le ton justes. Et c'est un signe de l'intensité de cet amour que Bérénice ait pu entendre ces paroles en moins d'un jour, alors qu'il en avait fallu huit à Titus (v.473) ! Bérénice n'est qu'amour et souffrance. Racine aborde le thème de la difficulté de la parole surtout caractéristique chez Titus et c'est avec autant de parcimonie que les personnages mesurent aussi leur regard.
Roland BARTHES.... et STAROBINSKI.........
Racine construit des oeuvres fortes sans excès de vers ou de discours, le silence traduit l'émotion : la douleur, l'amour, la stupeur, la mort avec l'agonie silencieuse de Bérénice, le regard interpelle, la contrainte esthétique devient moyen d'expression : c'est toute la dramaturgie.
qu'en pensez-vous ?
merci 
Oui j'avais pensé bien sûr à Marie Mancini
Intro un peu longue ; par ex je supprimerais l'allusion à Andromaque début de la carrière représentée de Racine
Et ici reformuler
elle aurait été inspirée de la relation intense et passionnée que le roi avait vécue, à 19 ans, avec une des nièces de Mazarin, la fougeuse Mancini, qu'il comptait même épouser mais les raisons d'Etat conduisirent à une séparation aussi difficile que mouvementée :
elle aurait été inspirée de la relation que le roi avait vécue, à 19 ans, avec Marie Mancini. Louis comptait l'épouser mais la raison d'État conduisit à une séparation difficile et mouvementée
Voltaire avait peut-être raison, qui disait à son époque
"à son époque" est inutile
Jean Racine est né peu avant noël 1639, un an avant le futur roi Louis XIV
Inutile la date de Louis XIV
traduit l'émotion : douleur, amour, stupeur,
la mort avec l'agonie silencieuse de Bérénice : attention Bérénice à la fin change cette décision et c'est important car là on déplace aussi le regard du lecteur (ou du spectateur) Elle exalte Titus et Antiochus à devenir des "exemples"
Dans la mesure où Racine est le dramaturge de la Cour, ne pas oublier le petit madrigal pour le Roi !
Décidemment il y a beaucoup d'emboîtages de regards dans cette histoire...
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