Grande question des verbes impersonnels et du COD.
Faut-il dire : "Je fais ce qu'il me plaît" ou "Je fais ce qui me plaît."
"Je sais ce qu'il me reste à faire" ou "Je sais ce qui me reste à faire."
"C'est tout ce qu'il me reste" ou "C'est tout ce qui me reste" ?
etc...
La reprise du "il" impersonnel semblerait la plus logique ; pourtant, mon dictionnaire et les livres "sérieux" semblent accréditer la version avec le qui.
Qui a raison, et qui a tort ?
Bonsoir, Pierre !
C’est dans Grevisse et dans Hanse que cette question est le mieux expliquée. Je vais résumer ce qui s’y trouve et, pour notre édification, y ajouter les citations :
1 On emploie QU’IL lorsque le verbe est ESSENTIELLEMENT impersonnel.
* Il faut CE QU’IL faut. Voilà CE QU’IL vous faut.
* Je ne sais pas CE QU’IL y a.
2 Les fluctuations de l’usage s’observent lorsque le verbe peut être personnel OU impersonnel.
a) QU’ s’impose lorsque ce qui suit le verbe constitue un « sujet réel ».
* Je prendrai CE QU’IL me plaira de prendre. (-> il me plaira de prendre qu’)
* ° CE QUI me plaira de prendre.
Le Robert (Usuels) écrit qu’on emploie à peu près indifféremment :
* Tu sais CE QU’IL va arriver ? (Gallo)
* Tu sais CE QUI va arriver ?
* Qu’est-CE QU’IL se passe ? (Il se passe quelque chose.)
* Qu’est-CE QUI se passe ? (Quelque chose se passe.)
b) On essaye aussi de faire une distinction à propos de PLAIRE.
* Choisis CE QUI te plaît. (= ce qui t’attire, ce qui te donnera du plaisir.)
* Choisis CE QU’IL te plaît. (= ce que tu voudras.)
Hanse considère que cette distinction (logique, selon Grevisse) est plus théorique que réelle.
c) ARRIVER
* Il s’était demandé CE QU’IL arriverait… (Zola)
* CE QU’IL lui était arrivé. (Anatole France)
* Elle ne comprend pas CE QU’IL lui arrive. (Aragon)
* Voyez CE QUI m’arrive. (Académie)
* Qu’est-CE QUI arrive ? (Jules Lemaître)
* QUOI QUI arrivât dans sa vie. (Montherlant)
d) RESTER accepte assez facilement les deux tours :
* Il sait CE QUI / CE QU’IL lui reste à faire.
* Toutes les démarches QUI me resteNT / QU’IL me reste à faire.
* CE QUI / QU’IL lui reste d’argent.
Citations de Grevisse :
* CE QU’IL restait de fromage. (A. Daudet)
* Tous les livres QU’IL me reste à lire. (Renard)
* Durant les trente années QU’IL lui restait à vivre. (Anatole France)
* CE QU’IL lui restait à faire. (Rolland)
* Tout CE QU’IL vous reste à découvrir. (Duhamel)
* C’est tout CE QU’IL restait de l’ancienne chapelle. (E. Henriot)
* Le peu d’argent QUI lui restait. (Stendhal)
* CE QUI me restait à tenter. (A. Daudet)
* Le peu n’énergie QUI lui reste. (R. Martin du Gard)
* Le peu d’heures QUI me resteNT à vivre. (Benda)
* CE QUI lui reste de sainteté. (Maurois)
* Le peu de courage QUI lui reste. (Romains)
e) Grevisse cite également :
* Qui sait CE QUI peut advenir… ? (Musset)
* Voici CE QU’IL advint. (E. Henriot)
* Il en arrivera CE QUI pourra. (Nodier)
* Arrivera CE QU’IL pourra. (Duhamel)
* Je ne saurais dire CE QUI se passait en moi. (Académie)
* CE QU’IL se passa, je l’ignore. (E. Henriot)
* Qu’est-CE QU’IL vous prend ? (Ramuz et Ionesco)
* Qu’est-CE QU’IL leur prend ? (Chamson)
* Qu’est-CE QUI lui a pris. (Aymé)
* Qu’est-CE QUI te prend ? (Ramuz)
* Qu’est-CE QUI vous prend. (Ionesco)
* Nous ne savons pas CE QUI lui a pris. (Sarraute)
* CE QU’IL résultait d’un entretien si important. (Boylesve)
* Elle dit CE QU’IL convenait. (Romains)
* L’État cache CE QU’IL en est du sexe… (Foucault)
f) Grevisse considère comme irréguliers :
* […] apprendre à Jacques CE QUI importait qu’il sût. (Radiguet) -> CE QU’IL importait…
* J’imagine qu’elle connaît CE QUI lui est certainement impossible de connaître. (Queneau) -> CE QU’IL lui est…
CONCLUSION
Personnellement, je préfère QUI, chaque fois que c’est possible.